Salim Labatcha: symbole d’un syndicat au service de l’Etat Profond

Salim Labatcha

Les activités récentes du Secrétaire Général de l’UGTA démontrent l’état de stress qu’il vit et qu’il ne fait que justifier sa présence au poste, en attendant le déconfinement. Et c’est alors que les choses sérieuses vont commencer.
Au moment où les entreprises sont à genoux, l’emploi menacé et où de larges catégories de travailleurs sont dans la précarité, le secrétaire général de l’UGTA n’apparaît publiquement que pour assister à la distribution de l’aide aux populations affectées par le coronavirus.

Candidat d’El Issaba

S’il est coopté à la tête de la centrale syndicale, Salim Labatcha ne doit cet exploit qu’à sa nomination, en 2010, au sein d’une structure fantoche, issue d’un putsch opéré au niveau de la fédération nationale des travailleurs des industries agro-alimentaires (FNTIAA). C’est au nom de cette fédération que Labatcha s’est présenté au Congrès de l’UGTA pour postuler au pouvoir suprême de cette organisation syndicale.
A la FNTIAA, l’arrivée de Salim Laabatacha n’est pas du tout fortuite. Pour se remettre dans le contexte de 2010, rappelons que le SG élu de la FNTIAA, Kamel Benabbou gênait beaucoup le pouvoir de l’époque, notamment en matière de privatisation -ou plutôt le bradage- des entreprises publiques au profit de la Nomenklatura.
Créée en 1994, la FNTIAA s’est opposée, dès 2004, aux opérations de privatisation des entreprises publiques du secteur de l’agro-alimentaire, notamment celles qui présentaient un aspect stratégiques, telle l’ENCG dont l’unité du Port d’Alger a été cédée à Kouninef et la liquidation de la quasi totalité des unités d’Enasucre…
Ce bras de fer entre la FNTIAA et le gouvernement Ouyahia va s’inscrire dans la durée. La discorde autour du démantèlement du tissu industriel étatique a fini par faire bouger les pions de la centrale syndicale.


En date du 13 septembre 2010, Salah Djenouhat (secrétaire national chargé des finances, de l’administration et du patromoine de l’UGTA) éliminer la direction de la FNTIAA et nommer une commission de suivi, dont faisait partie, Salim Labatcha .
A cette époque, personne ne connaissait Labatcha dans le monde des syndicalistes. Petit employé à l’entreprise de l’Aviculture, il est propulsé à la tête de la FNTIAA par une simple décision dictée par la direction de l’UGTA. Et, depuis lors, aucune contestation n’a été constatée lors des opérations de privatisation des entreprises du secteur de l’Agro-alimentaire.
Deux mois après sa nomination au niveau de la commission de suivi, Salim Labatcha est élu, en novembre 2010, au poste de Secrétaire général de la Fédération nationale des travailleurs de l’industrie de l’agro-alimentaire (FNTIAA) lors de son 2e congrès. Lors de ce congrès, l’UGTA a verrouillé le secteur en intégrant à cette fédération, les travailleurs des semouleries et minoteries, ceux des usines de boissons, laiteries, biscuiteries et ceux de la SGP de production animale (Proda).

007 est en mission chez Louisa Hannoune

Après avoir réussi à asseoir son règne absolu sur la fédération de l’agro-alimentaire, Salim Labatcha va se découvrir subitement des penchants trotskystes qui vont de suite le rapprocher du parti des travailleurs. Sans protocoles, Labatcha est candidat du PT à Alger et le système des quotas instauré par le pouvoir de l’époque, lui permettra d’accéder au statut de député.
Parti de rien, Labatcha est propulsé au devants de la scène. Une personnalité politique qui est à même de révolutionner le parti de Louisa Hannoune. Non, il s’agit d’un “traître et mercenaire”, déclare le porte parole du PT en janvier 2016, lorsque Labatcha tentait de renverser Louisa Hannoune à travers un pseudo mouvement de redressement.
Le PT accusait alors, Amar Saadani et Baha’Eddine Tliba de tirer les ficèles de la marionnette. En aparté, des responsables du PT accusaient carrément les entités qui ont succédé à l’ex-DRS, d’être derrière l’agitation de Salim Labatcha.
De toutes les façons, l’opération de déstabilisation du PT a échoué et Labatcha est retourné dans sa grotte pour une longue hibernation.
Il va se réveiller subitement, durant l’été de 2019, pour assister au congrès de Zeralda, alors qu’il n’avait aucun droit d’y participer, du fait que le congrès de la FNTIAA a été reporté à plusieurs reprises et que son mandat avait expiré depuis belle lurette.
Les tireurs de ficelle parviennent quand même à la faire élire au secrétariat général de l’UGTA, en remplacement de Abdelmadjid Sidi Said.

Pari sur Azzedine Mihoubi

Depuis son installation à l’édifice Aissat Idir, Labatcha n’a jamais donné l’impression d’avoir les coudées franches. Raison pour laquelle, il s’est allié à deux hommes, dont le parcours ne diffère pas du sien: Slimane Saggar (organique) qui a été utilisé par l’Etat Profond pour se débarrasser, en 2017, de Tayeb Hemarnia et Hammou Touahria, un opportuniste de Sonatrach, qui est prêt à tout faire, pourvu que Labatcha lui accorde le cumule entre ses fonctions à la centrale syndicale et celles à la fédération des pétroliers.
Début de l’automne 2019. Les entreprises tombaient l’une derrière l’autre sous l’effet du Hirak et de l’instabilité politique.
Dans ce contexte d’une Algérie fragilisée. Salim Labatcha s’entretient avec les « siens » et assume la mission de porter le candidat Azzedine Mihoubi au palais d’El Mouradia. Rien que ça!.
Discret au début de la campagne électorale, Labatcha et ses proches ont joué toutes leurs cartes au dernier virage pour faire aboutir l’option Mihoubi.

Déçu, à l’image de ses mentors de l’Etat Profond, le SG de l’UGTA se terre pendant des mois. Mais, depuis qu’il a senti que le président Tebboune n’est pas le revanchard qu’on lui a décrit, Labatcha est ressorti de sa tanière.

Son seul souci actuel, implanter ses hommes dans les entreprises-clé du pays et tenir l’économie nationale sous son emprise. Une nouvelle carte qu’il joue pour tenter de se maintenir à la tête de l’organisation syndicale.

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