Vitajus : Le rachat qui continue à nourrir les soupçons

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Créée en 1999 par les frères Belfar à Blida, Vitajus s’était embourbée dans des difficultés financières à partir de 2013 avant d’être reprise en 2015 par Ahmed Melzi, le fils cadet du P-dg de l’EGT Sahel qui gère les résidences d’Etat et patron d’une petite entreprise commercialisant les boissons énergisantes lancée cinq ans auparavant. Ce rachat avait suscité une polémique sur l’origine des fonds mobilisés pour le financer.  

Depuis sa création en 1999, jamais Vitajus n’a pu s’imposer en dehors de la région centre du pays. Elle a réalisé son pic de recettes en 2013 avant de sombrer dans les difficultés financières, enchaînant les pertes. En 2013, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 2,8 milliards DZD (35,6 millions USD), dégageant un résultat net de 90 millions DZD (1,1 million USD), soit une croissance de 6% comparativement à 2012 et un taux de rendement de 3%. L’année suivante, Vitajus a vu son activité se contracter à hauteur de 22% à 2,2 milliards DZD (27,6 millions USD) par rapport à 2013, enregistrant une perte de 12,6 millions DZD (157 milles USD). L’année 2015 a été pire. L’entreprise des frères Belfar a vendu à peine pour 1,45 milliards DZD (14,4 millions USD), cumulant une perte de 388,6 millions DZD (3,8 millions USD).

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Une société à vocation régionale

Dans ce contexte, et indépendamment du fait que la marque Vitajus jouisse d’une certaine aura au centre du pays, il convient de noter que l’entreprise ne créée pas une grande valeur ajoutée. Les achats représentent en moyenne de 75% du chiffre d’affaires. Ce qui veut dire, au sens de l’activité de l’entreprise, ajouter de l’eau aux concentrés des jus qu’elle achète sur le marché.

En tout cas, l’exercice 2015 a  été marqué par le rachat de Vitajus par Ahmed Melzi, fils cadet de Abdelhamid Melzi, P-dg de l’EGT Sahel, entreprise publique de gestion touristique qui gère les résidences d’Etat dont celle de Club des pins à l’ouest d’Alger où sont logés les membres du gouvernement et autres notables de l’Etat, et possède des participations dans de nombreux hôtels à travers le pays. Agé de 30 ans au moment du rachat de l’entreprise, Ahmed Melzi n’était pas un entrepreneur connu. Il gérait une petite entreprise spécialisée dans la commercialisation des boissons énergisantes, à savoir T. Energy qu’il avait lancé cinq ans auparavant. Et ne générait pas assez de cash pour financer une telle transaction.

En effet, utilisée comme véhicule d’investissement, T. Energy a démarré en 2010 avec un capital social de 11,11 millions DZD et un emprunt de 140 millions DZD (1,8 million USD). Elle possédait à son démarrage des terrains et bâtiments évalués à près de 120 millions DZD (1,6 million USD) situés à la zone d’activité de Staoueli. Mais, ses résultats ont évolué en dents de scie, 7 millions DZD, 15 millions DZD, 1,5 millions DZD de bénéfices (95, 200 puis 20 milles USD) respectivement en 2011, 2012 et 2013 avant de sombrer dans les difficultés à la veille du rachat de Vitajus, enregistrant une perte de 15 millions DZD (200 milles USD) pour un chiffre d’affaires de 87 millions DZD (1 million USD) en 2014. Ahmed Melzi a domiciliée dans la même adresse que T. Energy  une autre société au capital de social de 11 millions DZD (157 milles USD) ayant pour objet la production d’eau minérale, Blidjus en l’occurrence, mais elle n’a jamais produit quoi que ce soit.

L’origine du financement?

Comment, donc, Ahmed Melzi a-t-il pu financer le rachat en 2015 de Vitajus pour 2,5 milliards DZD (24,8 millions USD au taux de change de l’époque) ? C’est en tout cas le montant révélé par les travailleurs de l’entreprise qui ont dénoncé l’opération de peur pour leurs emplois en 2015 déjà. En 2018, le nouveau propriétaire a essayé de dissiper les soupçons nourris par l’importance de cet investissement dans une interview accordée à Dziri Magazine. Mais, le montant qu’il a donné reste au-dessus des moyens de son entreprise d’autant qu’il est contredit par la valeur des actifs de Vitajus ainsi que ses dettes.

«Certains ont utilisé la reprise de Vitajus pour polémiquer au sujet de la famille Melzi. Beaucoup d’encre a coulé au sujet du prix d’acquisition de l’usine, annoncé à 2,5 milliards DZD, mais surtout le versement de 900 millions DZD de pots-de-vin. C’est faux, le prix réel de la reprise de Vitajus est de 1,65 milliard DZD (16,4 millions USD). Une grosse partie a été consacrée au rachat de l’entreprise, le reste pour rembourser des dettes contractées par l’entreprise auprès des banques publiques. Le 1,65 milliard DZD couvre tout juste le bâtiment et l’assiette. Il est vrai que le prix d’achat était dérisoire, mais il faut savoir que nous avons pris en charge toutes les dettes (fournisseurs, clients, banques). Où est donc, la place du pot-de-vin ? Nous avons fait appel à une banque privée pour un montage financier», a-t-il déclaré.

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Or, en 2015, Vitajus avait des actifs évalués à 1,9 milliards DZD (18,9 millions USD) dont des terrains évalués à 276 millions DZD, des bâtiments évalués à 143 millions DZD et un outil de production évalué à 332 millions DZD, un stock de matières premières évalué à 428 millions et ses clients lui devaient 583 millions DZD. Elle avait aussi des dettes contraignantes : 1,1 milliard DZD (10,9 millions USD) auprès des banques et 328 millions DZD (3,2 millions USD) auprès de ses fournisseurs.

Que cache T. Energy?

Jusque-là, Vitajus n’a pas décollé. Les 100% de hausse du chiffre d’affaires réalisés au titre de l’exercice 2016, année du rachat, n’ont pas été confirmés l’année suivante  où l’entreprise a vu son activité se contracter à hauteur de 30% selon son DG Riad Brik Chaouch qui s’est exprimé à côté de son patron, dans un même numéro puant le publireportage de Dziri Magazine. Cela n’appuie pas les motivations de rachat exprimées par Ahmed Melzi sur les colonnes de Dziri Magazine, arguant qu’«un bon management pourrait redémarrer entreprise déficitaire si elle dispose de marques respectées». Le moins que l’on puisse dire, son management n’a pas fait ses preuves à T. Energy et les résultats de Vitajus ne sont pas à la hauteur de ses prétentions de départ. Et, cela ne répond pas à la question de savoir comment a-t-il pu financer le rachat de cette entreprise.

Bref, son père fonctionnaire ou son frère Mouloud, associé avec d’autres personnes dans plusieurs entreprises qui ne génèrent pas vraiment beaucoup de cash. La plus importante entreprise de Mouloud Melzi –qui vient de racheter des parts dans le restaurant Hacienda appartenant à l’entreprise gérée par son père Abdelhamid et privatisée au profit de ses employés–, est Maza Froid Ciao qui commercialise des glaces. En 2015, elle a déclaré un résultat net de 2,3 millions DZD (22,8 milles USD) pour un chiffre d’affaires de 164 millions DZD (1,6 million USD).

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