Une « bouleversante » année 2019 s’écoule : Annus horribilis…

Hirak

Alors qu’une extraordinaire année 2019 vient de s’écouler, il y a lieu de jeter sur les événements qui l’ont marqué un regard froid, pour apprécier, dans les balises de la raison, les conséquences qui en découleront.

Ce fut une année qui n’a ressemblé à aucune année depuis l’indépendance du pays ; il est vrai que les événements d’Octobre 1988 ont failli déboulonner le système par ses fondements, mais ils ont failli, uniquement, mais ne l’ont pas fait. Là, lors du hirak de février 2019, le système a littéralement volé en éclats…

L’action du hirak a été exceptionnelle à tous points de vue et la chute du système Bouteflika a été une bénédiction pour le pays. La prise en main des choses par l’institution militaire a mis à nu bien des secrets : la République des privilégiés et des intouchables,  le système des connivences et des complaisances, la fausse industrie, dont le montage automobile en a constitué le pic, l’émergence d’une caste oligarchique, le pouvoir de l’argent dans la politique, etc.

Mais il fallait vite revenir à la légalité constitutionnelle, dans un contexte international très regardant sur les détails, et d’une hypocrisie qui n’a d’égal que les intérêts dont il défend les sphères d’influence.

La Justice, qui a été longtemps mise en veilleuse, a déclenché une batterie de mesures salutaires, et qui ont vu défiler devant les tribunaux, toute la caste des Intouchables d’hier. L’emprisonnement d’un Ouyahia en a constitué le must, avec des liesses populaires dans les rues d’Alger et des youyous de joie, comme si le pays venait de recouvrer une seconde indépendance.

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La mise aux arrêts de cette caste a mis à découvert toute une industrie construite sur du sable. S’ensuivit la désintégration des entreprises qui s’y rattachaient, avec son lot (un lot de 500 000 salariés quand même) de travailleurs mis subrepticement au chômage technique et auxquels l’Etat devait trouver des solutions de substitutions.

Au rythme de deux marches populaires par semaine (les mardis estudiantins, puis les vendredis, plus imposantes), l’Algérie se dirigeait allègrement vers l’inconnu ; d’autant plus que le hirak n’avait pas de leaders, mais s’exprimait par un bloc visiblement monolithique, mais qui était traversé par autant de sous-blocs curieux et insaisissables.

La présidentielle a eu pour effet immédiat de concilier les gens avec la chose politique, même si la critique envers les cinq candidats retenus était acide et acérée. Aussi l’élection de Abdelmadjid Tebboune avait été prévisible et vraisemblable tant l’homme présentait des atouts que les quatre autres candidats n’avaient pas.

Maintenant, à lui de trouver la parade. Les larges consultations qu’il a entreprit avec la classe politique lui donneront certainement plus de légitimité, mais il lui faudrait aussi prendre langue -et c’est ce qu’il compte faire- avec le hirak et trouver le moyen de convaincre les derniers réticents sur la justesse de son action politique. Evidemment, resteront les derniers ultras, et ceux-ci constituent dans chaque démocratie le fin fond social opposant. C’est un groupe social qui est là, qui fait du bruit, mais qui est aussi sans réelle incidence sur le cours des événements. D’où la nécessité de savoir composer – ou de ne pas composer – avec pareil réalité sociale…

La présidentielle a remis le pays sur rails, mais avec encore des aspérités à lisser et des divergences à apaiser. C’est le rôle du nouveau président de démonter toute la hauteur dont sait s’habiller un président de tous les Algériens.

Malheureusement, juste après la présidentielle et la victoire de Tebboune, il y eu le décès-surprise du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, qui avait pris sur lui le lourd fardeau de la transition, quitte à bousculer les souhaits du hirak et de le froisser sur plusieurs sujets. Un homme d’une rigueur à toute épreuve, auquel le temps donna raison sur beaucoup de choses.

L’année 2019 ne fut pas que cela, bien au contraire ; les conséquences qui ont découlé sont de loin plus imposantes dans la balance de l’appréciation. De telle sorte que 2020 ne ressemblera pas aux années précédentes sur tous les plans.

En économie, l’Algérie vient de faire des choix stratégiques, pour échapper au piège des seules recettes des hydrocarbures, recettes aléatoires reposant sur le bon vouloir du jeu des stratégies de puissances et des tractations de sous-sol des majors pétrolières ; les prix du baril sur les marchés pétroliers ne sont que la résultante de ce jeu de Monopoly.

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Au plan intérieur, l’économie peut désormais compter sur les prouesses de la production agricole, qui a démontré, tant à Biskra, à Adrar et à Oued Souf (trois villes qui ont pourvu les villes du littoral en 2019 de près de 70% de ce qu’elles ont consommé), que la sécurité alimentaire est à portée de main, pour peu que les choses continuent à aller dans le bon sens et le sérieux.

Au plan politique, c’est le chambardement général. Les partis traditionnels ont vu leur cadenas littéralement sauter. Les deux partis hégémoniques du temps du système Bouteflika, le Fln et le Rnd, ont changé de main. Les Ouyahia, Djemaï et autres Ould Abbès sont en prison pour répondre d’abord, de leurs actes. De même que les autres partis, dits de soutien présidentiel, dont Taj et le Mpa constituaient la face visible.

Aussi, le FFS et le RCD ont concédé beaucoup de recul et ne peuvent prétendre jouer les rôles majeurs même en région kabyle. De même, les partis islamistes ont reculé de manière notable, le Msp demeurant le baromètre politique en la matière.

Le PT, après la mise aux arrêts de sa secrétaire générale, Louisa Hanoune, n’a pu faire un seul pas, renseignant sur son incapacité d’agir, et son incapacité de remplacer un chef qui atteint les extrêmes limites de qu’elle peut donner,  politiquement parlant.

Ainsi la carte politique est à refaire, ce qui constitue une chance inouïe pour les cadres politiques de tous bords longtemps maintenus à l’état de figuration, pour émerger et démontrer leur savoir-faire politique.

Le même constat est à dresser pour le monde syndical ; la désintégration de l’Ugta et la disparition, longtemps souhaitée par tous, de Sidi Saïd, laisse le champ libre aux syndicats autonomes de faire valoir toute l’action qui fut la leur durant les cinq dernières années, au cours desquelles ils ont démontré que ce sont eux, et non pas la Centrale syndicale, qui étaient les maitres du jeu syndical vis-à-vis des pouvoirs publics.

En grosses lignes, la disparition des élites dirigeantes du passé, l’émergence d’un nouvel personnel politique et économique, de nouveaux acteurs sociaux, déroulent aujourd’hui, sous nos yeux la nouvelle carte, l’échiquier de l’Algérie de demain…

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