Coup dur pour le Maroc: un navire danois et sa cargaison de pillage coincés à Panama

 

Pour la deuxième fois ce mois-ci, un navire transportant des minéraux du conflit du Sahara Occidental occupé a été retenue par une juridiction nationale. Cette fois c’est le navire danois Ultra Innovation en route vers le Canada.

Le navire danois Ultra Innovation a été arrêté la nuit dernière en vertu d’une ordonnance du tribunal lors de son transit du canal de Panama. Le navire transporte de la roche de phosphate que le gouvernement marocain a pillé au Sahara Occidental, un territoire qu’il maintient sous occupation militaire. La cargaison est probablement destinée à la société canadienne Agrium.

Le navire appartient à la compagnie de transport danoise Ultrabulk, le plus grand transporteur de ces phosphates dans le monde. Vers midi HNEC, le 18 mai 2017, le navire a jeté l’ancre sur la côte Pacifique du canal, près de la ville de Panama.

Le peuple du Sahara Occidental n’a pas permis au Maroc d’exporter les phosphates du territoire.

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Nouveau rapport sur le commerce mondial des phosphates du Sahara Occidental occupé
Pour plus de 200 millions de dollars de phosphate ont été expédiés hors du Sahara Occidental occupé l’an dernier, selon un rapport récent de WSRW. Le Canada est le plus grand pays importateur.
L’incident se produit moins de trois semaines après un évènement similaire survenu en Afrique du Sud. Aujourd’hui, le 18 mai, une audience aura lieu devant un tribunal de Port Elizabeth, en Afrique du Sud, concernant la possession d’une cargaison que le Maroc a essayé d’exporter hors du territoire occupé vers la Nouvelle-Zélande sur un autre vraquier.

Les navires Ultrabulk ont chargé environ un tiers des cargaisons expédiées vers Agrium depuis que la société a annoncé en septembre 2011 qu’elle commencerait à importer du « Maroc ». Ni l’importateur canadien, Agrium, ni l’expéditeur Ultrabulk n’ont jamais répondu aux questions de la société civile quant à savoir si, ou comment ils ont demandé le consentement du peuple du territoire. Les rapports publiés par Western Sahara Resource Watch en 2017, 2016, 2015 ont placé Agrium comme premier importateur de ces produits du Sahara Occidental.

M. Emhamed Khadad, membre du Front Polisario, le mouvement d’indépendance sahraoui, a fait remarquer que « les Sahraouis veulent que leur gouvernement agisse. Nous ne pouvons plus tolérer le mythe selon lequel l’extraction et l’exportation de phosphate est un bénéfice pour la partie de notre peuple sous occupation dans le Sahara Occidental. Et notre peuple vivant dans les camps de réfugiés ne voit rien de ce commerce. Considérez ceci : le minerai de phosphate de haute qualité pour engrais agricole est vendu au profit et bénéfice de la nutrition des enfants des pays comme le Canada et la Nouvelle-Zélande. Pendant ce temps, les propriétaires légitimes de la ressource, y compris les enfants sahraouis, sont confrontés à une sécurité alimentaire médiocre dans les camps de réfugiés. L’injustice de cette situation ne peut être plus évidente. »

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Dès le début des expéditions de cargaisons pour l’entreprise dans le port de Vancouver au cours de la deuxième moitié de 2013, le Polisario a tenté de questionner Agrium, protestant systématiquement contre chaque expédition et en 2016, rejetant une évaluation insuffisante sur le respect des droits de l’homme, effectuée à la demande de l’entreprise, ignorant les faits essentiels de l’occupation et les violations graves des droits de l’homme dans la partie du Sahara Occidental occupée par le Maroc.

Western Sahara Resource Watch a interrogé Agrium concernant la recherche du consentement local par ses courriers du 8 avril 2013, 17 octobre 2013, 5 février 2015, 26 janvier 2016, 11 juillet 2016, 21 mars 2017.

Cependant, Agrium n’a jamais répondu à la question du consentement local. Le même silence a été observé chez Ultrabulk, qui a été abordé au cours des dernières années par l’organisation danoise Afrika Kontakt.

« Le point de départ fondamental pour réfléchir au Sahara Occidental », a déclaré Khadad, « c’est la conclusion de la Cour internationale de Justice en 1975 : le Maroc n’a aucun « droit territorial » sur le Sahara Occidental. Ensuite, s’ajoute cette déclaration de l’Assemblée générale des Nations Unies que le territoire est occupé. Il n’y a rien de complexe sur l’annexion territoriale et la vente de ce qui est une propriété volée – face à nos protestations constantes et répétées – sur la porte d’entrée de notre maison. Après des années d’appel à l’arrêt de ce commerce et à la création d’une surveillance par les Nations Unies de nos ressources jusqu’au respect de l’engagement de permettre un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui, il était temps de recourir à la règle de droit dans l’ordre international ».

Khadad a déclaré que les étapes légales «font partie des mesures en cours visant à faire justice contre l’exploitation illégale des ressources naturelles du Sahara Occidental et à renforcer la règle de droit dans l’avancement de l’autodétermination pour le peuple sahraoui».

La détention des deux navires, en Afrique du Sud le 1er mai et au Panama le 17 mai, heure locale, fait suite à une affaire portée pour le peuple sahraoui devant la Cour de justice de l’Union européenne. L’affaire, avec un appel interjeté par la cour complète, a conclu que le Maroc n’avait aucun droit ou revendication territoriale sur le Sahara Occidental et qu’un accord de libre-échange de l’Union européenne ne pouvait être étendu pour opérer sur le territoire. Le tribunal a notamment souligné que le consentement du peuple sahraoui était nécessaire pour le commerce ou d’autres accords concernant des ressources naturelles.

Le Polisario a annoncé aujourd’hui, dans un communiqué de presse, qu’il allait procéder à des démarches juridiques contre « tous les conspirateurs du commerce illégal des ressources du Sahara Occidental » et qu’il poursuivrait « des armateurs acceptant les futures cargaisons, y compris par des réclamations civiles ultérieures contre eux, dans des pays où ont eu lieu des escales. »

source: www.wsrw.org