Triangle Tamanrasset-Adrar-Bordj Badji Mokhtar : Là où le corbeau se suicide…

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Il faut réellement aimer le Sahara pour croire que c’est là l’avenir de l’Algérie. L’avenir en bien ou en mal. Tout peut arriver à partir de cette zone que le profane croit aride et inhospitalière. Ce n’est là que l’impression du début que le désert propage dans l’esprit des gens pour ne garder que ceux qu’il aime et qui l’aiment. Le Sahara est porteur de toutes les promesses, mais aussi de tous les périls. Et il faut réellement engager dès aujourd’hui une politique nationale pour faire basculer les deux facettess vers l’une ou vers l’autre de deux probabilités.

On l’a déjà dit dans un précédent article, ce sont des villes comme Biskra, El Oued et Adrar qui ont fonctionné depuis le début de l’année comme les grandes pourvoyeuses de la capitale et des villes du littoral en produits agricoles, assurant à elles seules plus de 40% de la production nationale. Biskra a affiché durant tout le mois de ramadan les plus bas prix d’Algérie. Ses produits maraichers croissent avec une abondance exceptionnelle, inondant le marché local et faisant baisser les prix pour les mettre à disposition des bourses les plus précaires.

L’Algérie a compris depuis longtemps que sa famille traditionnelle et naturelle est l’Afrique, le Sahara et le Sahel. Les gens du nord ont le regard tourné vers l’Europe, mais dès que vous dépassez le Touât, disons à partir de Gourara et Tidikelt, une chose vous frappe l’esprit : les gens sont plus portés à regarder vers le sud que vers le nord. Toute la philosophie de la région est là : nous sommes bel et bien face à un espace géographique plus ou moins unifié et homogène au point d vue de la culture et des coutumes économiques et sociales. Ce qui est de l’ordre de la logique à Alger, Oran ou Annaba ne fera certainement pas florès au désert.

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Ici l’homme est face à la nature, sans fioritures et sans maquillage.  Il y a la terre, que les gens cultivent pour peu que les eaux viennent en appui.  Récemment, l’Algérie a fini par comprendre que l’aide aux pays sahéliens, alliés stratégiques dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, passe aussi par une coopération économique sérieuse. Mais la politique africaine de l’Algérie fait un pas en avant, deux pas en arrière…

Sous le sable, la plus grande nappe d’eau du monde !

Pendant la période des grosses chaleurs, comme c’est le cas en ce mois de juillet, des pics de chaleur peuvent avoisiner 50° à l’ombre, mais dans « le triangle de feu » Tamanrasset-Adrar-BBM, il n’y a pas d’ombre. Dans certaines zones, on dit que « c’est là que le corbeau se suicide ! ». On n’a jamais su si les oiseaux se jetaient à même le sol dans un saut de la mort, un ultime vol suicidaires ou parce qu’ils croient y voir une eau, en fait, un mirage. Le fait est que certains oiseaux, en périodes de fortes chaleurs, meurent en tombant du ciel,  accablés par le soleil. Mais on n’a jamais eu la moindre preuve que les oiseaux se suicidaient. Ce sont les hommes qui affirment cela, dans une formule plaisante et ancienne ; les oiseaux n’ajoutent pas foi à cette assertion…

Le soleil est accablant, et la coutume des gens du Sahara est de transposer la nuit en jour et le jour en nuit. Le jour commence peu avant le crépuscule et se termine à l’aube. Durant les heures chaudes de la journée, on se replie à l’ombre, on baisse le régime de son métabolisme et on vit au ralenti.

Pourtant cette fausse impression d’inhospitalité cesse dès lors qu’on observe les choses de plus près. Des très grandes civilisations ont été construites par le passé entre Adrar et Gao. Les routes caravanières du sel et de la poudre d’or, les grands marchés de Tidikelt, Tamentit, Abalessa, Tombouctou et Gao sont encore là pour nous rappeler que nous ici dans la région la plus riche du monde, et cinq siècles auparavant uniquement c’étaient des Français, des Italiens, des Espagnols et des Portugais qui venaient au Sahara faire fortune ou trouver du travail. Peu de gens savent que des empires majestueux se sont élevés ici…

Il est déjà programmé que l’Algérie va s’appuyer sur l’agriculture pour s’assurer son indépendance alimentaire, et de ce fait, sa sécurité nationale. Mais pour pouvoir entamer une agriculture saharienne sérieuse, il faut préparer la source de la vie : l’eau !

Ainsi, l’Algérie s’est fixée comme objectif présent d’investit dans la préservation des eaux souterraines et superficielles pour préparer son avenir agraire, et de ce fait, son autonomie alimentaire, principe de base d’un Etat souverain qui ne souhaite pas être à la merci des autres. La construction des barrages, leur réfection et leur rentabilisation va permettre de consacrer des quantités importantes pour l’irrigation. Près de 50 milliards de dinars seront consacrés à cet effet assure un responsable à Adrar.

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Il faut de l’eau, beaucoup d’eau au Sahara pour la faire revivre comme par le passé, car on le sait maintenant, il y a moins de 15 000 ans, le Sahara était une savane tropicale herbeuse qui s’est progressivement asséchée, laissant place au plus grand désert de notre planète. Mais ne vous inquiétez pas, la nature se recycle et ne perd rien de ses potentialités : sous le sable et les rochers se cache une nappe d’eau gigantesque qui parvient en partie à se renouveler, malgré une pression humaine de plus en plus forte. Selon une récente étude publiée dans Geophysical Research Letters et menée par des chercheurs de l’IRD, le système aquifère du Sahara septentrional s’étend sur une surface de presque deux fois la France métropolitaine et recèle, à plusieurs centaines voire milliers de mètres de profondeur, plus de 30 000 km3 d’eau, accumulée au cours des périodes humides qui se sont succédé depuis 1 million d’années. Ce réservoir d’eau souterraine, parmi les plus grands du monde, a permis le développement urbain et agricole des régions semi-arides de Tunisie, d’Algérie et d’une partie de la Libye au cours des trente dernières années.

Ce que l’on sait moins, c’est que les nappes d’eau du système aquifère du Sahara septentrional se renouvellent. En effet, jusqu’à présent, l’eau souterraine du Sahara était considérée comme « fossile », c’est-à-dire non renouvelable, comme du charbon ou du pétrole que nous exploitons jusqu’à épuisement.

La datte, fruit du désert

Ainsi, les puits et forages se sont multipliés et les retraits annuels sont passés de 0,5 km3 en 1960 à 2,75 km3 en 2010, entraînant un abaissement généralisé du niveau piézométrique, atteignant 25 à 50 m selon les endroits. De nombreux puits artésiens et sources naturelles, autour desquels se sont développées les oasis, se sont d’ores et déjà taris.

Un des grands atouts du Sahara, largement encore mal exploités concerne la datte. Dans le domaine bio, le « manger propre et sain » algérien peut faire mouche et s’exporter, et la datte algérienne, peut s’exporter à l’international. A Biskra, Daoussène, Al Ghrouss et surtout Tolga, la « deglet nour » demeure  championne toutes catégories. Ce fruit très sucré du palmier dattier du Sahara algérien, demeure entre tous, un fruit très énergétique. En moyenne plus de 5 millions de tonnes de dattes sont récoltées dans le monde chaque année. L’Égypte en est le plus gros producteur, mais l’Algérie se pose comme un des trois plus grands pays producteurs. En outre, une des variétés de nos dattes locales, la « Deglet nour », est la plus recherché sur le marché mondial.  L’Algérie est connue par la production de la » deglet nour », une sorte de dattes originaire des régions de Biskra (Tolga). L’Europe est surtout approvisionnée par l’Afrique du Nord, principalement Algérie et Tunisie.

Dans le sud de l’Algérie, la datte fait aussi fonction de monnaie. On fait du troc avec, on s’en approvisionne pour les grands traversées et on en garde une bonne quantité à la maison pour prévenir « les jours sombres ».

Promesses économiques à tenir

Le Sahara, ce n’est pas que le pétrole. Le Sahara, actuellement, génère dans des villes comme Biskra, Ouargla, Timimoun et encore Adrar des produits agricoles qui feraient pâlir de jalousie la plaine de la Mitidja. Pastèque, melon, grenade, poivron, pomme de terre, tomates et autres cultures potagères y poussent en quantités qui fait tirer les prix vers le bas.

En deux années de culture rigoureuse, plusieurs de ces villes du sud algérien se sont élevé en pôle agricole affichant, de ce fait, comme par exemple, l’année dernière, des prix jamais égalée dans les villes du nord du pays.

Et si on commençait à réfléchir en termes Sahara ? La récession de l’or noir a laissé entrevoir que ce désert quasi-ignoré recèle en lui l’eldorado et l’avenir du pays.

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