Tourisme: le cas-type de Cherchell

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Si on devait décerner la palme de la ville la plus sale de l’été, elle sera attribuée certainement à Cherchell. Que vous soyez à Tizirine, aux contrebas de Bab al-Gharb ou près de Sidi Braham, les ordures s’entassent jusqu’au ciel, les rats déambulent les rues, en toute impunité, et le délabrement des chaussées, des murs et des parapets menace de tomber en ruine.

La ville qui devait être placée sur un piédestal pour devenir le symbole d’une destination Algérie séduisante, attrayante et envouteuse, est devenue hélas, l’image d’un tourisme algérien déficient, rébarbatif et répugnant. Hormis le centre-ville, les alentours de l’Académie Interarmes et la Placette des Bellombras, le reste de la ville ne paie pas de mine.

Pourtant, naturellement, sans la touche nocive des hommes, Cherchell possède tous les atouts pour être la perle de l’Algérie côtière et touristique. Ses plages, ses forêts, ses produits agricoles bon marché, ses habitants, gentils et cultivés, ses chalutiers et ses barques, son port et son phare, ses sardines et ses poires naines, tout est fait pour qu’on s’y trouve bien, pour qu’on y revienne encore, et encore.

La Grande place de la ville est parsemée de bellombras, une espèce d’arbres originaire des pampas sud-américaines. Ce sont de grands arbres plantés vers 1880, au développement rapide et à la grande longévité. Vertes toute l’année, ses feuilles sont persistantes et très belles. C’est le côté jardin des bellombras ; côté cour, attention, toutes ses parties en sont toxiques. Le bellombra sert d’ornement, pour faire de l’ombre, comme son nom l’indique, mais ne vous y frottez pas pour autant.

Le port de Cherchell mérite le détour, avec ses chalutiers, ses thoniers et ses sardiniers ; ses pêcheurs enfilant de longues aiguilles pour coudre les filets tailladés par les dents acérés des thons et des bonites. Le phare est un des monuments maritimes les plus anciens d’Algérie.

En longeant les contrebas du port, on débouche sur le marabout Sidi Braham Al Ghobrini, le saint patron de la ville, l’éminence religieuse et spirituelle le plus vénérée depuis des siècles par la tribu puissante des Beni Mnasser, qui a tant et tant combattu la France coloniale jusqu’en 1870.

Plus à l’est, la longue plage de Tizirine, la plus importante de la ville, celle qui capte le maximum de vacanciers. Malheureusement, là, vous tomberez encore de haut. Plage sale, jonchée d’immondices. La foret de roseaux qui sert de paravent naturel est un nid de moustiques d’un type très nuisible. Une seule piqure est vous êtes bon pour aller voir le médecin. L’endroit piqué enfle immédiatement, et si vous grattez encore, vous ne ferez que propagez le mal. A l’est de Cherchell, la ville côtière de Damous n’a pas eu honte de déclarer la guerre à la pandémie du moustique tigre et de déclarer la ville infectée par le fléau.  A Cherchell, les responsables communaux, à commencer par le P/APC, font comme s’ils géraient Tahiti ou les îles Bahamas. Pourtant, il faut déclarer la ville zone sinistrée. Pis encore, on n’a pas vu un seul camion-désinfectant faire un seul tour la nuit pour répandre les pesticides. On fait comme si on était à notre aise à Papeete ou à Hiva Oa.

Si vous voulez « descendre » à la plage de Tizirine, vous devez faire le périlleux saut de la mort. Parce qu’il n’y a pas d’escaliers, mais juste une pente entre les roseaux. Sans parapet. A vos risques si vos enfants trébuchent…

Mais imaginez la saleté le long du mur d’enceinte du musée de la mosaïque, à la sortie est de la ville (voir photo). Un lieu sensé attirer les touristes enlaidi par les ordures qui jonchent le sol.

Pourtant Cherchell mérite mieux. Capitale de Juba II de la reine Cléopâtre Séléné, ville natale d’Assia Djebar, Cherchell des trésors archéologiques et culturels, cité plusieurs fois millénaire, creuset de civilisations, Cherchell fut l’une des plus importantes cités du littoral de l’Afrique du Nord pendant de longs siècles et un des ports les plus importants depuis les Carthaginois. Cherchell, fondée au IVe siècle av. J.-C. par les Phéniciens sous le nom Iol ou Jol, intègre le royaume de Numidie, passe sous le contrôle de la Maurétanie après la chute de Jugurtha en 105 avant notre ère, avant d’être propulsée capitale de la province romaine de Maurétanie Césarienne, qui s’étendait alors jusqu’à l’Océan Atlantique.

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Cherchell (qui s’écrivait Cherchel, avec un seul « l » jusqu’en 1955), c’est d’abord une histoire, une histoire surgit de la mer, cette sans laquelle il n’y aurait pas de Cherchell. Dans son excellent « Guide archélogique des environs d’Alger (Cherchel, Tipasa, tombeau de la Chrétienne) » (1896), Stéphane Gsell nous donne des indications intéressantes : « Peu après l’annexion, l’empereur Claude fit de Césarée une colonie : elle s’appela désormais Colonia Claudia Caesarea. Comme les autres cités de même condition, elle eut son conseil municipal, ou conseil des décurions, ses deux maires ou duumvirs, ses deux édiles chargés de l’entretien des rues et de la police. Restée capitale d’une vaste région qui, sous la domination romaine, a joui d’une grande richesse agricole, ville de fonctionnaires, de soldats, de marchands, d’industriels, d’artistes, elle s’agrandit et s’embellit. Son enceinte, qui fut peut-être construite au second siècle de notre ère, enferma un espace de deux kilomètres et demi de long sur un kilomètre et demi de large, où se pressa une population que l’on peut évaluer, d’une manière bien approximative, il est vrai, à cent cinquante mille habitants. Ce fut, semble-t-il, à la fin du deuxième siècle et au commencement du troisième qu’elle parvint à la plus brillante prospérité ; alors régnait une dynastie qui fit beaucoup pour le pays où était né son chef, Septime Sévère : les nombreuses inscriptions que les gens de Césarée gravèrent en l’honneur de ces princes sont autant d’hommages de reconnaissance. En 218, ils virent un de leurs compatriotes, Macrin, arriver à l’empire ».

Voilà ce que fut en réalité Cherchell, une ville de bâtisseurs et de proconsuls, de chefs de guerre respecté par la Rome impériale, avant de tomber entre les mains des moustiques-tigres. Mais la ville qui résisté aux Carthaginois, aux Romains et aux Vandales, saura bien encore résister aux élus communaux…

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