Sonatrach-Total : un accord global et des interrogations

Sonatrach signera ce vendredi un accord global avec la compagnie française Total qui devrait revoir les termes du contrat du champ gazier de Timimoune, celui de l’Ahnet, solder les comptes de TFT et esquisser les contours du partenariat entre les deux compagnies à l’avenir, notamment en matière de pétrochimie. Quelques rappels utiles…

La compagnie française Total a finalement obtenu ce qu’elle voulait en Algérie : un nouvel accord global qui devrait revoir le contrat portant exploitation du champ gazier de Timimoune comme elle le réclamait depuis quelques années déjà à savoir, la conversion vers le régime de la loi 13-01 afin de bénéficier du nouveau régime fiscal et aussi l’accès aux réserves de gaz de schiste que recèle le réservoir sans contrepartie. Le contrat de Timimoune, signé en 2002 sous le régime du «partage de production» encadré par la loi 86-14, n’inclut pas l’exploitation du gaz de schiste soumise par la nouvelle loi à d’autres conditions réglementaires dont le paiement d’un ticket d’entrée que Total ne voulait pas payer. L’entrée en production de ce gisement est retardée justement à cause des négociations houleuses ayant émaillé au sujet de la conversion du contrat. Sonatrach craignait l’effet d’émulation que pourrait créer une telle démarche qui l’expose Sonatrach ainsi que l’Etat algérien à des risques dans la mesure où le manque à gagner qu’engendrerait cette jurisprudence affecterait les revenus de la compagnie algérienne et donc du pays.

Le 5 mars dernier, Farid Djettou, le directeur de la division associations avait transmis à tous les acteurs du secteur des hydrocarbures, un courrier où il est dit: « nous vous informons qu’une réunion a été tenue hier avec ALNAFT en présence de Mr le Président Directeur Général concernant le dossier TFT. Durant cette réunion Monsieur le Président nous a indiqué que l’objectif portant signature de l’ensemble des documents en marges des  JST est maintenu, soit le 16 avril 2018.  A cet effet, nous vous demandons de bien vouloir instruire vos équipes à l’effet d’entreprendre toutes les actions nécessaires afin de finaliser avant la date limite chacun en ce qui le concerne ce qui suit :

  1. Le plan de développement
  2. Le manuel Opératoire
  3. L’accord gaz
  4. Le contrats de transport

Il demeure entendu que cette démarche et valable également pour le contrat Erg issaouene ».

Pourquoi ajouter Erg Issaouene, qui est un champ totalement indépendant du dossier?

L’autre point que devrait aborder le nouvel accord est lié aux contours du partenariat envisagé entre les deux compagnies dans le domaine de la pétrochimie. L’assemblée générale de Sonatrach tenue le 28 décembre 2017 a validé la décision du Conseil d’administration de la compagnie pour recourir aux banques algériennes afin de financer cinq de ses projets pétrochimiques qui seront réalisés en partenariat avec des compagnies étrangères. Ainsi, la réunion de l’assemblée générale a apporté une réponse à des projets qui traînent depuis des années, à l’image du projet porté par la compagnie pétrolière et gazière française Total, à savoir l’usine de vapocraquage d’éthane devant être implantée à Arzew dans la wilaya d’Oran. Ce projet, faut-il le rappeler, a fait l’objet d’âpres négociations entre Total et Sonatrach et plusieurs missions d’officiels français pendant le mandat présidentiel de François Hollande – notamment de Jean-Pierre Raffarin, envoyé spécial du Président pour les relations économiques entre l’Algérie et la France –, dépêchés pour appuyer Total auprès des autorités algériennes. Le projet est retenu dans le plan de développement 2018-2022 qui a été  validé par l’assemblée générale de Sonatrach. Et même si les modalités du choix du partenaire n’ont pas encore été spécifiées, Total est le principal prétendant à l’association avec Sonatrach pour cette usine et l’accord global qui sera signé ce vendredi devrait sceller ce partenariat.

Il convient en tout cas de rappeler que ce retour fracassant de Total après avoir déserté l’amont pétro-gazier algérien pendant des années n’était pas envisageable en ces termes tellement ses intérêts étaient divergents avec ceux de la compagnie nationale.  Et on ne peut l’assimiler qu’à une capitulation pure et simple au vu des concessions que lui a accordé Sonatrach. Outre le champ gazier de Timimoune et l’usine de vapocraquage qui poserait à l’avenir un problème d’approvisionnement en éthane utilisé pour plus de miscibilité des gaz réinjectés en vue de préserver la pression des gisements, c’est l’abandon de procédures d’arbitrage opposant les deux compagnies et leur règlement au détriment de Sonatrach qui  ont marqué la scène économique ces derniers mois.

En effet, c’est surtout l’issu du litige autour du contrat de TFT (Tin Fouyé Tabenkort, bloc 238), dans lequel Total est associé avec Sonatrach et l’espagnole Repsol, qui était la plus surprenante. Ce contrat, d’une durée de 20 ans, devrait expirer le 18 mars de l’année prochaine. Or, afin de le reconduire et l’élargir comme celui de Timimoune aux possibilités qu’offre la nouvelle loi sur les hydrocarbures, Total a mis beaucoup de pression sur Sonatrach. Les négociations autour de ce contrat ont âpres au début mais, Sonatrach, sous Abdelmoumen Oud Kaddour, a tout cédé. Au final, Total et Repsol auront gagné 45 millions de dollars de plus que prévus au détriment de l’Etat algérien, le manque à gagner pour ce dernier s’élèverait à 50 millions de dollars.

 L’accord prévoit également d’enterrer la hache de guerre en ce qui concerne le dossier du partenariat de l’Ahnet où Total devait verser à l’Etat algérien le montant de 100 millions de dollars, après avoir failli à ses engagements contractuels.