Sonatrach-Exon Mobil: l’accord de trop

exxon

Après la raffinerie d’Augusta qui a fait couler énormément d’encre, le patron de Sonatrach, Abdelmoumene Ould Kaddour s’apprête à faire de nouvelles concessions dans l’amont pétrolier, au profit de la compagnie américaine, Exxon Mobile.

Le casse du siècle

Quand Chakib Khelil avait attribué, à la minuscule compagnie canadienne First Calgary Petroleum (FCP), le périmètre de Menzel Ledjmet Est (MLE), tout le monde avait crié au scandale. Car la compagnie canadienne s’était incrustée en tant qu’associé avec Sonatrach dans un périmètre très prometteur qui a déjà été mis en évidence par le groupe pétrolier algérien, à travers un investissement lourd dans la recherche, l’exploration, le forage de puits, la délinéation et l’acquisition sismique.

FCP avait acquis une participation dans ce périmètre pour une poignée de dollars et l’a revendu, quelques années plus tard aux italiens de l’ENI, pour plus de 900 millions de dollars. Un cas rarissime dans les anales du business du pétrole, que le tribunal italien de Milan examine actuellement et tente de lier cette transaction aux commissions perçues par Farid Bedjaoui.

Il y a quelques jours, Abdelmoumene Ould Kaddour, qui traîne un CV aussi lourd que son casier judiciaire,  a offert sur un plateau d’or trois gisements aux mêmes dirigeants de l’ENI. Dans des contions financières plus avantageuses que MLE, Ould Kaddour a cédé des participations à l’ENI dans des gisements que Sonatrach pouvait développer aisément en effort propre, car ils ne nécessitent aucun investissement significatif.

LIRE AUSSI Italie: Sonatrach achète une raffinerie qui a l’âge de son P-dg

Le gisement qui fait mal aux cœur de tous les algériens est certainement celui de Sif Fatima II. Situé dans le bloc 402, ce gisement recèle quelque 100 millions de barils de pétrole en place. Il a été découvert par Sonatrach et son potentiel a été mis en évidence à travers tout l’arsenal technique habituel (forage de puits, délinéation, acquisition sismique) qui a coûté beaucoup d’argent.

Sonatrach va, par enchantement, l’exploiter conjointement avec l’ENI qui ne va dépenser en fait que quelques dizaines millions de dollars, récupérables d’ailleurs en quelques mois d’exploitation.  Il est question de forer seulement des puits producteurs et de tirer une ligne vers le manifold collecteur de Sif Fatima pour traiter le pétrole brut récolté au niveau des installations de BRN (Bir Rebaa Nord, une association entre ENI et Sonatrach) dans le bassin de Berkine.

Ce gisement va produire entre 10 et 12 mille barils par jours, sans la nécessité de recourir à un investissement important.

Pareil pour le gisement Zemlet Larbi (bloc 405b) et l’extension MLE qui ont été cédés à moitié aux italiens de l’ENI. Ces champs ont été mis en évidence par Sonatrach et vont être exploités conjointement avec les italiens à travers un traitement des hydrocarbures au niveau des installations existantes. Autrement dit, aucun investissement en terme d’usines de séparation.

LIRE AUSSI Sonatrach: revoilà Technip

Face aux ces concessions accordées aux italiens de l’ENI, le bradage opéré par Chakib Khelil, des champs de MLE au profit de FCP, devient une affaire de délinquance juvénile.

Nous parlons ici de bradage délibéré de biens de l’Etat avec comme estimation numéraire 10.000  fois la valeur de la cocaïne saisie dans les containers de Kamel El Bouchi.

Ouyahia-Ould Kaddour: un couple harmonieux

Revenons à cette affaire de la raffinerie d’Augusta et sur l’implication directe du premier ministre Ahmed Ouyahia.

Les algériens ignorent le fait que l’acquisition de la raffinerie italienne d’Esso (Exxon Mobil) a été d’abord concoctée par Ould Kaddour et ses proches collaborateurs sans l’association de l’ancien vice président LRP (Liquéfaction-Raffinage-Pétrochimie), Ahmed Fettouhi.

Ould Kaddour écrit à Ouyahia directement une lettre d’intention pour cet investissement à l’étranger. Connu pour ses positions de cafouillage, le premier ministre lui répond favorablement et lui demande de formaliser l’opération à travers une résolution du conseil d’administration.

En dépit de sa diversité, le conseil d’administration est composé essentiellement de Beni Ouioui. Rassemblé en réunion d’urgence, comme s’il s’agissait d’un conseil de guerre, le CA de Sonatrach adopte une résolution qui va prendre acte de la directive du premier ministre. Une démarche qui permet à chacun de dire je n’ai pas voté pour l’achat de la raffinerie.

LIRE AUSSI Sapta: commandes de tôles et de joints de chaussée

Fidèle à son jusqu’auboutisme, Ould Kaddour ne perd pas une minute pour signer, avec Esso (Exxon Mobil),  l’accord de l’achat d’une raffinerie qui a le même âge que lui. S’en suit alors une large campagne de séduction qui a eu raison de toute la contestation née au lendemain de cette transaction.

Au-delà de cette transaction sur la raffinerie italienne d’Augusta, Ould Kaddour s’apprête à conclure, avec Exxon Mobil, un autre accord plus grave, consistant en la cession de parts dans des gisements presque stratégiques pour le pays.

Devant l’absence totale du ministère de l’énergie et d’Alnaft, il n’y aura aucune opposition à ce projet.

Sur la même lancée de l’accord avec l’ENI, Ould Kaddour va accorder des avantages inimaginables à la compagnie américaine dans l’amont pétrolier. Ouyahia se chargera -comme c’était le cas pour les accords conclus avec le français Total- de faire inscrire ces contrats à l’ordre du jour du conseil des ministres et le tour est joué.

LIRE AUSSI EATIT: forte demande en matière première