Salim Labatcha: le mea-culpa du patron de l’UGTA

labatcha

C’est un Labatcha serein, presque en paix avec tous que nous avions rencontré dans son bureau au moment même où il se faisait interwiewer par une chaîne de télévision. Contesté lors de son élection lors du congrès extraordinaire de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Salim Labatcha sait qu’il a du chemin à faire pour se donner une plus grande légitimité et redorer le blason d’une Centrale syndicale qui a perdu beaucoup avec l’ancien patron.

« Je lis quotidiennement les lettres qui me parviennent de la part de travailleurs, syndiqués ou non, et je me fais un devoir d’y répondre. Quand un souci me parait digne d’intérêt, je suis l’affaire personnellement sur le terrain… »

Aussi, Labatcha ne s’encombre pas de préjugés pour faire son mea-culpa et celui de de l’UGTA, longtemps amarré au jeu politique, s’acoquinant avec le Patronat par-ci, soutenant l’ancienne clique du système par-là. Pour lui, il faut revenir à la base, source unique de légitimité et de crédibilité : « Il n’est plus question de donner des ordres et d’exiger de la base militante d’obéir, c’est un procédé révolu et inique ; maintenant je fais tout en sorte de consulter les militants sur chaque pas à faire. D’ailleurs actuellement, j’attends que des commissions de militants dans chaque wilaya ficèlent des comptes rendus qui s’articulent autour de propositions que nous pourrons faire pour aboutir à une légitimité politique nationale».

Le Patronat ? « Je ne discute pas avec la Patronat. Je suis là pour défendre l’intérêt des travailleurs, par pour plaire aux patrons(…) Nous faisions trop de politique ; moi, je ne vais plus en faire, sauf quand nous sommes consultés pour des sujets qui engagent l’avenir du pays ».

Le hirak gêne-t-il pour autant Labatcha ? « Non, pas du tout, au contraire ; l’Ugta doit tout au hirak, qui nous a contraint à faire un travail sur nous-mêmes, à nous remettre en question ; c’est de la sorte que Sidi Saïd a été débarqué… »

Les autres syndicats autonomes sont-ils des concurrents pour la Centrale syndicale ? « Je ne suis pas dans une logique de concurrence ou de querelle, je suis respectueux des lois, et dans cette perspective, je suis respectueux des syndicats autonomes; je dialoguerais volontiers avec eux l’occasion venue… »

Le Patronat semble avoir compromis l’UGTA dans des aventures suspectes : « Bien sûr que oui, et il n’est que se rappeler l’histoire des PPP (Partenariat Public-Privé, un mode de financement par lequel une autorité publique fait appel à des prestataires privés pour financer et gérer un équipement contribuant au service public) pour s’en convaincre. Nous avions été trainés dans un projet bidon et hautement nuisible à l’Algérie. Sous couvert de hâter ce partenariat, on cherchait à privatiser des entreprises publiques en difficulté, ou que l’Etat n’arrivait plus à financer. Le PPA tendait en fait à faire main-basse sur ces entreprises, dont plusieurs étaient dans le secteur industriel, et je ne vous cacherais pas, et je le dis avec satisfaction, nous avions dû batailler pour faire barrage à cette tentative d’OPA sur les entreprises.

Concernant le pouvoir d’achat des travailleurs qui ne cesse de se dégrader, Labatcha préconise de relancer d’abord, la machine de production : « Nous constatons qu’à chaque augmentation des salaires, il y a en parallèle une augmentation des prix, et cela pose problème ; je me battrais pour un salaire qui permettra au travailleur de gérer son mois, du premier au dernier jour du mois, avec dignité…mais pour cela, il reste à faire tourner la machine de production, car il y a une régression inquiétante de l’économie nationale. Nous avons perdu trop de temps dans les discussions, place maintenant au travail, à la relance économique, pour faire avancer notre économie nationale, et pouvoir de ce fait, exiger des augmentations de salaire pour les travailleurs… »

Plus explicite : « Il faut aller vers une présidentielle au plus vite. Les responsables actuels ont peur, ou non pas le pouvoir de prendre des décisions concernant l’économie nationale, et tout cela est une cruelle perte de temps. L’élection d’un président élu démocratiquement, d’un gouvernement légitime permettra de prendre les décisions sur des dossiers qui sont en souffrance… »

Et les contestataires, les exclus de l’UGTA ? « Il y a deux catégories de mécontents aujourd’hui ; ceux qui était l’ossature de l’UGTA pendant dix, vingt ou trente ans, et qui sont maintenant à côté du hirak, puis il y a ceux qui ont été exclus de l’Ugta par l’ancienne direction pour leur opposition à une décision ou pour un tout autre motif. Les premiers, je les connais, et ce sont des carriéristes syndicaux qui ont atteint l’age de la retraire, ce sont qui ont mené l’Ugta à l’impasse, avant de se réveiller subitement au son du hirak populaire ; donc, il n’y a pas à se leurrer à leur sujet ni à leurrer l’opinion ; quant à la seconde catégorie, les exclus par Sidi Saïd, je les connais aussi et j’en reçois beaucoup dans mon bureau en leur affirmant, avec conviction, bienvenue à vous et bon retour dans votre maison… »

LIRE AUSSI Enafor: OFMC casse les prix du catering