Renault et importation des véhicules de moins de 3 ans: la trahison de Sellal

Renault et PSA

La décision du gouvernement portant sur l’autorisation prochainement de l’importation des véhicules de moins de trois ans, nous renvois vers la réalité de l’accord conclu par l’ancien premier ministre Abdelmalek Sellal,  à travers son ministre de l’industrie Cherif Rahmani, avec le constructeur français, Renault.

En fait, les algériens ne seront pas autorisés à importer les véhicules français de moins de trois ans. Ils peuvent importer des véhicules de différentes origines, mais pas les françaises.

Cette restriction est le fruit d’un engagement du gouvernement Sellal envers les français de Renault. L’accord du gouvernement avec le constructeur prévoyait en effet, l’interdiction, pendant 10 ans, l’importation en Algérie des véhicules d’origine française de moins de 3 ans. Du coup, les véhicules français de moins de trois ans, ne seront importés qu’à partir de 2024…

L’accord de la honte conclu avec Renault a comporté, par ailleurs, des clauses semblables à celle de la capitulation des Nazis devant les alliés à la fin de la 2ème guerre mondiale.

En dépit du fait que la partie algérienne est détentrice de 51% des actions (34 % par la Société nationale des véhicules industriels, SNVI et 17% par le le FNI), les responsables de Renault lui ont imposé de force la nomination du commissaire aux comptes. Il s’agit d’un cabinet comptable établi en France qui a été choisi et imposé par les responsables de Renault au mandat pluriannuel de commissaire au compte pour l’entreprise Renault Algérie Production (RAP).

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L’autre clause de la honte, paraphée par le Gouvernement Sellal est celle relative à la configuration du conseil d’administration. La loi algérienne exige la présence de représentants des travailleurs dans le conseil d’administration, après élection du comité de participation.

Mais la partie française a catégoriquement refusé de céder sur ce point. Pour Renault, les représentants des travailleurs doivent être comptabilisés sur le nombre des sièges accordés au représentants algériens dans le conseil d’Administration.

A la signature, le 31 janvier 2013, du pacte de partenariat, la partie algérienne a cédé à toutes exigences de Renault. Et la composante légale de l’équipe dirigeante de l’entreprise est devenue à majorité française.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur la composante actuelle du Conseil d’Administration pour réaliser l’ampleur des dégâts occasionnés par le Gouvernement Sellal à l’économie nationale:

Nom Prénom

Date Naiss

Lieu Naiss Qualité
BOUSMAHA ABDELHAK 1957 EL BAYADH MEMBRE DU CA
MEKKI ABDERREZAK 29/12/1944 TEBESSA MEMBRE DU CA
BENDITO ESPINA ARMANDO 05/12/1964 ESPAGNE PDG
NOEL CHRISTEL MAGALI CLAUDIA 19/05/1970 FRANCE MEMBRE DU CA
RICARD USAGE BUREL ISABELLE SOPHIE THERESE MICHELE 24/09/1971 FRANCE MEMBRE DU CA
HENRY JEAN PIERRE 05/06/1963 FRANCE MEMBRE DU CA
TENAENBAUM MATTIEU PAUL ALEXIS 23/10/1977 FRANCE MEMBRE DU CA
BOULOUFA MOHAMED 23/03/1966 HUSSEIN DEY MEMBRE DU CA
FELTEN PASCAL PAUL GILLES 19/04/1968 FRANCE MEMBRE DU CA

Financement algérien

Renault Algérie Production (RAP) a été immatriculée officiellement au CNRC en date du 6 mars 2013, avec seulement un capital de 2,12 milliards de dinars, soit un apport initial de moins de 10 millions d’euros pour Renault.

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Sans aucun actif, Renault s’installe en Algérie en tant qu’industriel de l’automobile avec toutes les facilités qu’elle a exigé à l’Etat et au Gouvernement de Sellal. Même le terrain de Oued Tlélat sur lequel ont été monté les hangars d’assemble, a été cédé en concession par la direction des domaines.

Bref, à la fin 2013, les actifs de l’entreprise se limitaient à ses immobilisations corporelles, estimées à seulement 30,18 millions de dinars. Ces actifs vont passer, l’année suivante à 5,14 milliards de dinars, sur le seul chapitre des immobilisations corporelles.

En revanche, les poste des emprunts et dettes financières allait exploser au cours des deux premières années de l’activité de Renault Algérie Production. L’endettement s’est établi à 1,04 milliards en 2013 et à 6,29 milliards en 2014. Autrement dit, Renault a bénéficié, auprès des banques algériennes, d’un crédit de 50 millions d’euros.

La production (gonflage des pneus) a commencé dès 2014 et a permis à Renault la réalisation d’un chiffre d’affaires d’un peu plus de 1 milliard de dinars. Mais, cette année-là a été marquée par l’annonce de la couleur par l’opérateur français. Tellement ils pillent l’Algérie en amont (lors de l’importation des matières) que le résultat net de l’exercice a atterri dans le négatif à hauteur de -1,59 milliards de dinars….

En 2015, les actifs de Renault Algérie Production ont sensiblement augmenté non pas à travers les immobilisations, qui se sont situés à 6 milliards de dinars, mais plutôt avec les écritures en stocks qui se sont installés à hauteur de 3,9 milliards de dinars. Mais les emprunts et dettes financières de l’entreprise ont grimpé jusqu’à 9,86 milliards de dinars (85 millions d’euros), portant ainsi le total du passif à 16,28 milliards de dinars.

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Au cors de ce même exercice de 2015, le Gouvernement de Sellal avait verrouillé l’importation des véhicules pour parfaire les performances de cette pseudo-usines de montage. Ainsi, le chiffre d’affaires de Renault a été multiplié par 20 par rapport à 2014, puisqu’il est passé de 1 milliard à 20 milliards de dinars… Mais, cette performance ne sera pas perçue de la même manière par le trésor public. Face aux 20 milliards de dinars inscrits au chapitre des revenus, Renault va afficher une facture de 16,65 milliards de dinars en achats consommés et de 1,04 milliards de dinars en services extérieurs et autres consommations. Les malheureux algériens sont consolés par une masse salariale de l’ordre de 95,27 millions de dinars, dont une bonne proportion est consommée par les « expats ». Au final, le résultat net de cet exercice fort en rebondissements, va s’inscrire une nouvelle fois dans le négatif et s’établir à -691,79 millions de dinars, soit un déficit de 6 millions d’euros.

Aucune autre usine de Renault n’a réalisé un résultat aussi mauvais. Mais, le gouvernent complice de Sellal et de son ministre Abdeslem Bouchouarb continuait d’entretenir l’illusion du développement de la sous-traitance et de l’augmentation du taux d’intégration et….

Arnaque à ciel ouvert

En 2016, les choses ne changent pas pour Renault en Algérie. Les dettes de l’entreprise augmentent encore pour atteindre le chiffre de 10,53 milliards de dinars (90 millions d’euros) et l’actif -passé à 21 milliards de dinars (180 millions d’euros)-, est gonflé par le jeu trouble des écritures comptables: 5,05 milliards de dinars sont inscrits au poste 3 des stocks en cours et 7,06 milliards sont déclarés au niveau du poste 21 des immobilisations incorporelles. Donc, aucun investissement conséquent en dehors des petites bricoles destinées à amuser la galerie et à donner des arguments à Bouchouareb pour dire que l’opération Renault a réussi en Algérie.

Cette année-là a été marquée par un nouveau pic en matière de revenus qui se sont établis à 48,95 milliards de dinars (plus de 200 millions d’euros). Mais, comme il était prévisible, la facture des achats consommés a plus que doublé par rapport à l’exercice précédent. Elle est passée de 16,65 à 39,89 milliards de dinars. Idem pour les services extérieurs dont le montant est passé de 1,04 milliards en 2015 à 2,37 milliards en 2016. Les charges du personnel sont passées quant à elles, de 952,97 millions à 1,23 milliards de dinars en 2016, mais la masse dédiée au personnel expatrié est restée très importante et alourdissait les équilibres de la trésorerie de l’entreprise.

Notons également qu’en 2016, Renault Algérie Production déclarait pour la première fois un résultat positif, estimé à 2,96 milliards de dinars, soit un ratio de 6,04% du résultat par rapport au chiffre d’affaires.

A ce jour, le même scénario se répète lors de chaque bilan annuel. Le groupe français est dominant au sein du Conseil d’Administration, les représentants algériens de la majorité des actions sont démobilisés en raison de la trahison de leur gouvernement, le fisc est totalement absent et enfin le commissaire au comptes est là pour assurer le meilleur emballage possible aux jeux d’écriture avec lequel les français bernent les algériens.

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