Renault: croissance continue, déficit chronique

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Malgré la croissance continue que réalise Renault Algérie depuis 2009, le constructeur automobile français affiche des résultats négatifs sinon des taux de profitabilité proche du zéro. Cette filiale rapporte bon an mal an 10 000 euros de bénéfice pour un chiffre d’affaires oscillant entre 500 millions et un milliard d’euros…

De 2009 à 2015, la filiale algérienne de Renault a doublé son chiffre d’affaires, passant de 52,9 milliards DZD (520 millions d’euros environ aux taux de change de l’époque) à 106,02 milliards DZD (975 millions d’euros  environ) avec un pic en 2013 avec 128,45 milliards DZD (1,2 milliard d’euros). Or, Renault a déclaré des bilans négatifs pendant toutes ces années où elle a gardé son leadership sur le marché, commercialisant des milliers de véhicules de tous ses  modèles.

En effet, le constructeur français a déclaré un bénéfice de 22,11 millions DZD en 2009 (217.000 euros), soit un taux de profitabilité proche du zéro (0,0004%), 1,4 million DZD en 2010 (13.500 euros), une perte de 900.000 DZD en 2011 (8.805 euros), une perte de 820 000DZD (8.000 euros) en 2012, un bénéfice de 5,5 millions DZD en 2013 (, soit un taux de profitabilité insignifiant (0,0004) puis une perte de 740.000 DZD (6900 euros) en 2014 avant de réaliser un peu moins d’un million DZD de bénéfice en 2015 (un peu plus de 9000 euros).

Ainsi et à en croire les comptes sociaux de Renault Algérie, tenir une pizzeria en Algérie rapporterait plus d’argent qu’une concession automobile quand bien même elle est leader d’un marché qui absorbe près d’un demi-million de véhicules par an et dont  le constructeur français se taille une part de marché de l’ordre de  10%.  C’est que même les 50 millions d’euros engagés par Renault dans la joint-venture l’associant à la SNVI pour construire l’usine de montage de véhicules à Oran pendant cette période, n’expliquent pas cet écart. D’autant que la vente de véhicules assemblés localement à partir de kits complets importés de ses usines roumaines notamment, constitue une grande partie de son chiffre d’affaires depuis que l’usine est fonctionnelle. Pire, les voitures «made in Algeria» sont plus chères sur le marché que celles importées.


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La faillite de Renault Algérie

Bref, qu’est-ce qui pousse le constructeur français à maintenir une filiale qui ne rapporte pas 10 000 euros sur un chiffre d’affaires de près d’un milliard d’euros sinon de faire profiter ses filiales européennes du dynamisme du marché algérien lequel consomme annuellement près de 40 000 véhicules  Renault ? L’Algérie est un marché où l’on paie en impôt sur le bénéfice (IBS) beaucoup moins de ce qu’on ne paie pour louer des infrastructures dans une zone franche.

Dans ce contexte, il faut noter les conditions dans lesquelles l’acheteur algérien acquiert  son véhicule Renault : Il paie Renault Algérie et attend six mois en moyenne pour se faire livrer, le temps que Renault passe commande après de l’une de ses filiales. C’est-à-dire, sans investir le moindre euro mais, en convertissant les dinars collectés auprès des acheteurs algériens. Bien évidemment, le convertisseur n’est autre que la Banque d’Algérie qui subventionne ses véhicules en dopant la valeur du dinar. Ce qui fait de la filiale algérienne de Renault, comme plein d’autres filiales de multinationales en Algérie, une boite aux lettres  qui aspire les devises gagnés sur les exportations des hydrocabures, seule source des recettes en devises pour le pays, sans le moindre investissement sinon de louer au rabais des locaux pour recevoir les consommateurs algériens. Puisque le service après-vente reste à réinventer en Algérie où les prestations des constructeurs automobiles notamment sont facturées deux ou trois fois plus cher les prix du marché. Et, très peu d’automobilistes recourent à ses services rédhibitoires.

Mais, au-delà de la prime à l’importation dont profitent  le consommateur algérien dans une certaine mesure, c’est le manque à gagner pour le trésor public qui fait bénéficier ces activités purement commerciales d’avantages fiscaux en contrepartie d’une valeur ajoutée aléatoire voire impossible, qui est plus problématique. Des exonérations accordées sous couvert des investissements dans l’implantation d’un réseau de distribution composé, en fait, de showrooms loués par des algériens qui ne sont même pas taxés correctement sur les rentes immobilières qu’ils engrangent. Puisque la boite aux lettres Renault n’a pas vraiment d’actifs en Algérie. Ce sont, d’ailleurs, les zéros qui remplissent la case «capitaux propres» dans les comptes sociaux de Renault Algérie. Elle n’a même pas besoin d’engager ses capitaux, elle utilise l’argent de ses clients algériens.

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