Rebrab: le rêve sidérurgique s’évapore

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Avec son retrait forcé de l’aciérie italienne Lucchini qu’il vient de céder à l’indien JSW,  Issad Rebrab aura compromis son projet sidérurgique. Et, il y a fort à parier qu’il ne tarderait pas à se désister de ses engagements au Brésil où il devait installer des unités pour transformer  le minerai de fer en produits semi-finis avant de les expédier pour être valorisés en Italie. Rétrospective…  

Il aura beau gonfler son chiffre d’affaires dans un forcing en communication pour convaincre de son aptitude à mobiliser les fonds nécessaires au redémarrage du complexe sidérurgique de Piombino en Italie mais cela n’a pas suffi à Issad Rebrab pour amener  les banques à prendre le risque de le financer. Les investissements ainsi consentis depuis la reprise de l’ancienne aciérie Lucchini en 2014 ont été transformés en perte sèche, poussant le magnat de l’huile et du sucre à revendre cet actif au sidérurgiste indien JSW, celui-là même qui était en compétition avec lui pour la reprise de l’aciérie. Issad Rebrab, qui avait présenté une offre quatre fois plus importante que celle JSW en 2014, soit 300 millions d’euros combinés à une promesse d’investir 100 millions supplémentaires pour le développement du complexe, a dû le lui céder à un prix représentant la moitié de l’offre que le sidérurgiste indien avait formulée en 2014 : à peine 50 millions d’euros.


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Or,  toutes les gymnastiques tentées par le patron de Cevital pour crédibiliser son projet ont été vaines et pour cause, le syndicat qui négociait une nationalisation du complexe avant l’arrivée du groupe algérien comme sauveur, avait d’emblée émis des doutes sur ses capacités à réussir le challenge. Le syndicat, qui a jugé fantaisiste le business plan proposé par Cevital, a versé carrément dans la violence verbale quand Issad Rebrab s’était rendu à l’évidence qu’il fallait se désengager du complexe et s’était mis à la recherche d’un repreneur. Le syndicat s’était ainsi fondu d’un communiqué où il a souligné que «le complexe était destiné à être cédé quelqu’un qui connait ce que c’est la sidérurgie». Une manière d’égratigner le raffineur de sucre et des huiles végétales qui est Issad Rebrab et de mettre la pression sur le gouvernement Italien pour veiller à ce que le scénario Cevital ne reproduise plus.

Manœuvres dilatoires au Brésil 

En effet, à défaut de pouvoir mobiliser les fonds pour les investissements prévus en Italie,  Issad Rebrab a vendu aux Italiens un autre projet intégré d’amont en aval en allant  négocier avec une entreprise publique brésilienne la transformation des minerai de fer qu’elle contrôle dans l’Etat de Pará, au Brésil, en produits semi-finis afin de les valoriser dans le complexe toscane de Piombino. Mais, encore une fois, les noces de fer avec l’entreprise brésilienne, Vale en l’occurrence, chaleureuses au début, ont vite tourné au cauchemar. Vale, qui a concédé à Cevital  près de 70% de réduction sur le minerai de fer extrait de ses mines en contrepartie des investissements qu’il s’est engagé d’effectuer dans la région déshéritée de  Pará.  Ce faisant, Vale et Cevital ont convenu de construire une aciérie à Marabá, à Pará, au Brésil. En juin 2016, Vale –qui avait déjà investi environ 300 millions de dollars américains dans l’ingénierie et les études techniques ainsi que le processus d’autorisation et l’acquisition du terrain devant abriter l’usine en question– et Cevital ont signé un protocole d’accord avec le gouvernement de Pará pour faciliter la construction et l’exploitation de la future  aciérie de Marabá.


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Le projet consiste en la construction d’une unité de production, d’une unité de stockage, d’une unité de bobines d’acier, d’une unité de fonte et d’un centre de distribution ainsi que l’installation d’équipements connexes. Le tout pour deux milliards de dollars américains. «Nous avons, la matière première, la technologie et le marché, la quasi-totalité de la production de cette usine sera exportée», a alors déclaré le patron de Cevital.

Cevital, une tête de pont du sud-coréen Posco ?

Mais, avec le retrait forcé de Piombino, il n’a plus ni la technologie, ni le marché et l’objectif de fournir le marché européen en produits semi-finis est devenu une chimère. Le sud-coréen Posco,  engagé par Cevital pour apporter ajustements à l’étude technico-économique réalisée par la société minière brésilienne Vale, a considéré que pour avoir un bon équilibre, Cevital devrait élargir sa gamme de produits et de porter la consommation de minerai à 5,7 millions de tonnes au lieu des 4,5 millions de tonnes initialement prévus. «C’est cette augmentation des quantités de minerai  que a mené à l’impasse», a estimé le secrétaire d’Etat du développement économique, des mines et de l’énergie, Adnan Demachki, cité par la presse brésilienne. Mais, cela a plutôt rompu la confiance l’entreprise Vale et les autorités locales ainsi que la société civile. Le retrait de Cevital de l’aciérie de Piombino qui était déjà dans l’air depuis plusieurs mois a refroidi la société minière brésilienne Vale qui d’ailleurs a commencé à chercher un autre partenaire pour pouvoir tenir ses engagements avec l’Etat de Pará qui l’a exonéré d’impôts avec l’espoir de la voir développer une industrie sidérurgique sur place. Et, selon la presse locale, Vale, sous pression des autorités locales et la société civile qui veulent recouvrer plus d’impôts,  a même revu ses ambitions à la baisse et n’envisage plus qu’un petit projet pour le traitement d’un million de tonnes de minerai. Et de donner en ultimatum à Cevital pour ficeler son offre en soulignant qu’elle ne lui vendrait pas de minerai à un prix inférieur à celui du marché.


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En tout cas, ce sont les difficultés financières de Cevital que la presse brésilienne soupçonne désormais d’être une tête de pont de Posco, troisième producteur mondial d’acier, qui l’ont amené à manœuvrer de la sorte. D’abord en demandant plus de matière première à la société minière brésilienne à bas prix. Ensuite en exigeant un rabais sur les prix du transport ferroviaire vers le port de Saint Louis.

Incapacité financière

Dans ce contexte, il convient de souligner que le  groupe Cevital qui n’a pas pu financer l’usine italienne pour quelques dizaines de millions de dollars n’a certainement pas les moyens de s’engager dans un investissement à deux milliards de dollars au Brésil. C’est d’ailleurs un investissement  qui représente presque son chiffre d’affaires actuel puisque, contrairement à ce qu’il affiche publiquement, communiquant 4 milliards USD de chiffres d’affaires, la réalité est tout autre.

En effet, le groupe a fait moins 3 milliards de dollars en 2016 et la situation est pire en 2017.  A l’exception de l’activité agroalimentaire, cœur de métier du groupe, qui a enregistré une croissance de 8% en 2016, sa concession automobile en Algérie, l’une de ses plus importantes filiales, a perdu les deux tiers de son chiffre d’affaires comparativement à 2015 avant de disparaitre pratiquement en 2017 (-85% comparativement à 2016). Le groupe a réalisé 1,58 milliards USD dans l’agroalimentaire, 538 millions USD dans l’électroménager, 112,3 millions USD dans l’automobile, 92 millions USD dans les fenêtres en double vitrage, 91,3 millions USD dans la logistique,  50,8 millions USD dans le transport maritime de marchandise, 49,3 millions USD dans le verre plat et  36,5 millions USD dans la commercialisation des produits sidérurgiques pour ne citer que les plus importantes activités du groupe.

Bref, le projet sidérurgique brésilien de Cevital est toujours bloqué à cause de son incapacité à le financer à  et il y a fort à parier qu’il se désisterait comme c’était le cas en Italie.

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