Raffinerie d’Augusta : un site industriel à problèmes

raffinerie Augusta

Dès l’annonce du rachat par Sonatrach de la Raffinerie d’Augusta en Sicile, les autorités locales de l’île ainsi que les syndicats et les associations de protection de l’environnement, comme l’a rapporté la presse italienne, sont montés au créneau pour signifier à la compagnie nationale que leur priorité reste la dépollution du site et la préservation des emplois.

Or, la banque française Société générale qui a conseillée Sonatrach dans cette transaction  ne semble pas avoir pris en considérations les mises en garde des parties prenantes dans ce dossier, notamment le syndicat qui n’a pas tardé à afficher sa déception, la major Exxon Mobil qui exploitait le site n’ayant même pas eu la courtoisie, pour reprendre les termes de la UIL (syndicat socialiste italien), de l’informer de la cession de la raffinerie à un autre investisseur : «La vente de la raffinerie d’Augusta et les terminaux pétroliers de Palerme et Naples avec à la clé plus de 700 emplois directs est inacceptable».

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C’est, en effet, une vente qui, à se fier à la déclaration commune de Carmel  Barbagallo de la UIL et  Paolo Pirani de UILTEC, vient de mettre aux rapports de confiance entretenus avec les représentants des travailleurs : «Cette vente est une raison de plus pour accélérer le processus en vue de la mise en place de règles européennes et internationales empêchant les multinationales à prendre unilatéralement des décisions susceptibles d’avoir de graves répercussions sociales. On ne peut pas quitter un site aussi important que celui de la Sicile sans même avoir la courtoisie d’en informer les syndicats, les institutions, le gouvernement.  Ces méthodes mettent en tout cas fin aux relations de confiance avec les Syndicats. Nous avons besoin plus que jamais d’une prise de position forte pour la préservation des actifs industriels ainsi que les emplois». (http://www.ilsole24ore.com/art/impresa-e-territori/2018-05-09/esso-vende-all-algeria-raffineria-siciliana-augusta-204116.shtml?uuid=AEKyPqlE&refresh_ce=1)

Ce ne sont néanmoins pas que les syndicats qui se sont plaints mais, Cettina Di Pietro, maire d’Augusta, elle, a indiqué qu’elle s’était réunie immédiatement après l’annonce de la vente avec les responsables de Sonatrach pour leur faire part de ses priorités : «la préservation des emplois et de l’environnement» (http://meridionews.it/articolo/65439/augusta-esso-vende-ma-lascia-un-territorio-avvelenato-situazione-critica-in-18-anni-bonificato-appena-l8/). Et d’ajouter que «lors de sa dernière réunion avec les services du ministère de l’environnement, elle avait remarqué une certaine hâte pour la finalisation de l’autorisation environnementale relative  à cette raffinerie malgré le fait qu’il y a tout un calendrier à respecter. Je réalise aujourd’hui que la cession de la raffinerie était déjà en l’air». Ainsi, si les travaux de dépollution ne seront pas respectés et dans les délais prévus pour protéger les eaux souterraines comme convenu avec l’ancien propriétaire (Exxon Mobil), Sonatrach risque d’énormes amendes et probablement la fermeture du site. D’ailleurs, les élus siciliens œuvrent depuis des années pour la fermeture définitive de ce site polluant qui a profondément altéré les eaux souterraines de l’île et le rachat de la raffinerie par la compagnie nationale a ainsi été très mal vu par ces édiles.

Dans ce sillage, il convient de  l’association Legambiente a révélé dans une déclaration à Meridionews (http://meridionews.it/articolo/65439/augusta-esso-vende-ma-lascia-un-territorio-avvelenato-situazione-critica-in-18-anni-bonificato-appena-l8/)  qu’«une partie importante des sols  de la raffinerie ont été contaminés par divers polluants et que l’eau souterraine a été fortement polluée par les hydrocarbures et les métaux lourds». «Malgré la vente de la raffinerie, les activités de remise en état sont sous la responsabilité de ceux qui sont à l’origine de cette pollution, autrement dit l’entreprise Esso alors que le rôle de la vigilance incombe aux nouveaux venus (Sonatrach, Ndlr). Ce serait la meilleure carte de visite pour la nouvelle entreprise, qui est aussi le premier investissement direct des Algériens en Italie», a conclu l’association Legambiente.

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