Le Quotidien d’Oran: maintient ses bénéfices

En 2016, le Quotidien d’Oran a réalisé un chiffre d’affaires de 34,4 milliards de centimes en baisse de 11,65% comparativement à 2015, subissant la cinquième contraction depuis au moins 2009 où il avait réalisé un chiffre d’affaires de 55,4 milliards de centimes, soit une baisse cumulée de 38% depuis cette date. Il a néanmoins dégagé un bénéfice de 6,3 milliards de centimes en 2016, en baisse de 10,3% par rapport à 2015. C’est la première baisse significative de son résultat net parce qu’en dépit de la baisse constante du chiffre d’affaires, le journal a maintenu ses bénéfices presque au même niveau sur la période allant de 2009 à 2015: un peu plus ou un peu moins de 7 milliards de centimes.

Dans ce contexte, il convient de rappeler que Le Quotidien d’Oran, fondé en 1994 par 87 hommes d’affaires de l’Ouest, a été pendant de longues années le premier tirage francophone du pays avec 180 000 exemplaires/jours en moyenne et bouillonnant à 40% durant les années antérieures à 2009  avant d’être supplanté par El Watan. Ce fut pour le journal une période d’opulence et la rente publicitaire compensait le volume d’invendus. Il était considéré par les annonceurs comme un support très porteur s’il n’était le plus porteur puisqu’il était aussi le second tirage tous titres confondus derrière le quotidien arabophone El Khabar.  Et ce, parce qu’il était le numéro un de la presse francophone malgré le volume des invendus.


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Il a néanmoins connu des soucis politiques vers la fin du deuxième mandat de Abdelaziz Bouteflika suite à la publication d’un article basé sur le contenu du rapport de la commission mis en place  pour enquêter sur la mort en juin 1996 du général Saidi Fodil, ami de l’ancien président Liamine Zeroual et ancien responsable des opérations extérieures du DRS, pressenti à un moment pour se succéder au puissant général Mohamed Mediene dit Toufik. Il a été désormais mal vu par les annonceurs et l’article insinuant que la mort du général dans un accident de la circulation n’était pas vraiment un accident, a valu au journal d’être à ce jour privé de la publicité de l’opérateur public et aussi des privés qui ont peur de s’afficher sur ses colonnes. Et, même la fausse neutralité qu’il avait affichée pour le quatrième mandat de Bouteflika, ne lui avait pas été d’un grand secours.

Le journal a en tout cas trouvé son second souffle dans ses ventes et il tient bon malgré tout. Le tirage a été presque réduit de moitié et le journal ne tire aujourd’hui que ce qu’il vend. Aucun journal n’a pu le détrôner à l’Ouest du pays et tous les journaux algérois (El Watan, Liberté et Le Soir d’Algérie) sont déficitaires dans cette région, tirant à peine 3000 exemplaires/jour, le minimum pour faire tourner les rotatives et s’assurer d’une présence  dans la région.


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Ses capitaux propres sont en constante progression, passant de 28 milliards de centimes en 2009 à 58 milliards de centimes en 2016. Le journal est presque autonome en matière d’impression, ne sous-traitant à la SIE que les volumes tirés à l’Est du pays, ceux destinés à être diffusés à l’Ouest et au Centre sont tirés par sa rotative acquise au début des années 2000. Le journal  n’a pas de dettes et celles contactées pour cet investissement pour l’acquisition d’une imprimerie (20 milliards de centimes) ont été totalement remboursés en 2013. D’autant que la masse salariale, et si elle a augmenté depuis 2009, passant de 5,7 milliards de centimes en 2009 à 7,4 milliards de centimes en 2016, ne pèse pas beaucoup dans les coûts de fabrication du journal.

Aussi le journal a externalisé l’expertise éditoriale pour améliorer son offre en information. Il a par exemple conclu trois contrats pour la réalisation de suppléments avec Interface Médias (Economie, TIC et Automobile). Le principe est que la production du contenu est payée au prix d’un huitième de page publicitaire par le sponsor du supplément qui bénéficie, lui, d’une insertion hebdomadaire pendant la durée du contrat, soit 10 millions de centimes/semaine. De plus, Le Quotidien d’Oran a accordé à la régie publicitaire d’Interface Médias 40% de commission et l’exclusivité sur toutes les insertions publicitaires dans ses colonnes. En 2015, Le Quotidien d’Oran résilié ce contrat avec Interface Médias qui lui rapportait 10 milliards de centimes annuels de chiffre d’affaires.

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