Projet Ford: le Hirak a eu raison du couple Ouyahia-Aissiou

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Fondée en octobre 2012, la société Atlantis Motor Company du sulfureux Ayoub Aissiou allait transférer près de 200 millions de dollars à l’étranger, à travers l’hypothétique projet de construction d’une usine de montage des véhicules de marque Ford. Pressé à fond par Said Bouteflika, Ouyhia inscrit le projet au programme de la dernière cession du CNI, mais l’histoire se termine avec un goût d’inachevé.

Tout a commencé le 28 novembre 2017, lorsque Ayoub Aissiou avait signé un accord de partenariat avec le constructeur américain Ford pour la construction, au niveau de la zone  industrielles de Sidi Khettab à Relizane, d’une unité de montage des véhicules de cette marque.

Le 15 janvier 2018, Ayoub Aissiou obtient un accord avec Ford International Business Developpment Incorporated, stipulant une prise de participation de l’ordre de 5% dans sa société algérienne,  Atlantis Motor Company. Pourquoi pas 49% comme le veulent tous? On n’en sait rien.

Atlantis: Une coquille vide  

Immatriculée sous le numéro 12B0986083, Atlantis Motos Company a été créée le 30 octobre 2012. Son capita est détenu par Aissiou Ameur et Aissiou Ayoub.

Depuis sa création, cette société a toujours fonctionné comme une station de services. Elle fait dans la commercialisation des pièces détachées et accessoires pour véhicules et la réparation des véhicules légers. Rien ne laisser présager un quelconque partenariat entre cette station de services et le géant américain, Ford.

Yes, we can!, s’exclame alors Ayoub Aissiou. Le 21 janvier 2018, au moment où Ouyahia jurait par tous les saints qu’il n’allait pas présenter sa candidature aux élections présidentielles, Aissiou se rend chez son notaire et chamboule complètement les statuts de l’entreprise. Changement de dénomination, changement de nature juridique, augmentation de capital, cession de parts sociales et incorporation d’associé. Tout cela pour changer de décor et pour assurer un bon emballage à la station e service qui va devenir, par enchantement, un constructeur automobile, de classe mondiale.

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Dès le départ, cette affaire sentait l’odeur de l’arnaque. Comment une entreprise dont les actifs ne dépassent pas les 40 millions (oui millions seulement) et résultat net annuel de 5 millions de dinars, puisse aspirer à développer un partenariat avec des étrangers, pour un investissement de 200 millions de dinars?. Même avec la consolidation solidaire des autres sociétés lui appartenant, Ayoub Aissiou était encore loin du compte pour pouvoir engager une telle opération.

Et pourtant, avant même l’approbation du projet par le Conseil National d’Investissement (CNI), Aissiou obtient un accord avec un consortium de banques (Trust et AGB) pour un prêt de 200 millions de dollars.

Aussitôt, Ayou Aissiou prépare le dossier d’investissement qu’il va déposer chez Youcef Yousfi, au ministère de l’industrie. Yousfi va enchaîner avec une série de déclarations publiques dans le sens de la crédibilisation du projet utopique concocté par Ayoub Aissiou.

L’effet Hirak

Aussitôt transmis à la chefferie du Gouvernement, pour son éventuelle programmation au CNI, le dossier du projet Ford laisse entrevoir des zones d’ombre dès son examen préliminaire. La main magique de Yousfi et surtout le génie de Aissiou qui consiste à toujours retomber sur ses pieds, permettront de lever certaines réserves et de faire avancer le dossier vers sa phase finale d’examen en conseil.

Au passage, Aissiou laisse des plumes sur les montants proposés. On n’est plus dans cette logique de flambeurs de casinos. Les 200 millions de dollars proposés au départ vont rétrécir à 170 milliards de dinars seulement.

Mais, bien que son beau-père Ould Zmirli soit un cadre influent au RND, Ayoub Aissiou est rejeté, lui et son projet Ford, par Ahmed Ouyahia. Ce dernier refuse de programmer le dossier Ford dans les différentes cession du CNI, qu’il président en sa qualité de premier ministre.

Après des mois de vaines tentatives, Aissiou parvient à trouver une issue vers Said Bouteflika. Convaincu des bienfaits de ce projet, le conseiller du président ordonne à Ouyahia la programmation et l’approbation du projet Ford.

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Sournois comme à son habitude, Ouyahia retarde, à mars 2019, la tenue de la cession du CNI. Mais, quand on pensait que tout allait pour le mieux, la rue explose dans l’après midi d’un vendredi 22 février. Le peuple réclame le changement. Choquée certes, la mafia du système tient le coup.

Le 4 mars 2019, Ouyahia débarque dans son Bureau et décide de la tenue de la cession du CNI, qu’il a programmée pour le 13 du même mois. Ayant appris la nouvelle, Aissiou est aux anges, puisque son projet est inscrit à la tête de l’ordre du jour de la cession.

Quelques jours plus tard, soit le 8 mars, la population redouble de présence dans la rue, à l’occasion de la fête de la femme.

Le lendemain, 9 mars, le président Abdelaziz Bouteflika est retour en Algérie, après un long séjour dans un hôpital suisse. Le jour suivant -10 mars- le gouvernement Ouyahia est contraint à la démission avec un billet aller simple et aucun espoir de revenir aux affaires.

C’est ainsi que c’est achevé un rêve qui a duré plus d’une année. Ce maudit Hirak a empêché Aissiou d’accéder à la cagnotte dont il était tout près.

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