Présidentielle: l’institution militaire porte le lourd fardeau de la transition démocratique

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Elle n’avait pas vocation de faire de la politique au quotidien, ni de s’immiscer subrepticement dans la vie publique, mais le système Bouteflika, sa gabegie consommée, sa corruption jamais égalée dans l’histoire de l’Algérie indépendante, puis sa chute brutale, ont contraint, une nouvelle fois, l’institution militaire à prendre en main les manettes pour rediriger le pays à bon port.

En l’absence d’un président élu, d’institutions fortes, d’un consensus sur la gestion provisoire des affaires du pays, mais surtout en présence de périls multiformes, d’un contexte régional et international hautement dangereux pour un pays faible ou fragilisé par la décomposition du régime, il n’y avait d’issue politique sérieuse et démocratique que la tenue d’une présidentielle, laquelle dégagera le président élu et légitime qui prendre alors les revendications du peuple à bras-le-corps. C’est exactement ce que l’état-major de l’armée a fait depuis le 22 février, avec cette audace de mener devant le juge tous les intouchables, les privilégiés de la République et les corrompus-corrupteurs qui ont saigné à blanc le pays et ses richesses. Du jamais vu dans les annales de l’histoire récente du pays.

Les images d’un Sellal suppliant le juge, d’un Ouyahia blême et pitoyable, d’un Haddad perdu dans ses petitesses ou encore d’un Mazouz reconnaissant avoir eu recours à la « chkara », resteront dans toutes les mémoires et des générations entières s’en rappelleront avec émoi.

Mais maintenant, trêve de palabres. L’heure est à l’action. La communauté internationale est présente pour constater de visu le bon déroulement du scrutin. Les citoyens sont las de servir de bouc émissaire aux intrigants et aux agitateurs de tous bords ; il est temps de se remettre en selle et de remettre l’Algérie dans la légitimité.

L’élection d’un président élu ne sera pas une fin en soi, loin s’en faut, mais déjà un bon début pour remettre les choses sur rails. C’est ce que cherchait dès le début l’institution militaire.

Toutefois, il ne faut pas que l’état-major de l’armée porte seule cette mission de faire transiter le pays vers un bon port, ou pour le moins un bon redémarrage politique. Beaucoup d’opportunistes se tapissent dans l’ombre pour voir comment elle va se casser les dents.

Heureusement, les « sages » du pays ne manquent pas. Même à quarante-huit heures du scrutin. Ainsi, et malgré leur réticences de voir la présidentielle se dérouler dans de telles conditions, dix-neuf personnalités nationales appellent à ne pas faire d’actions pour empêcher les Algériens d’exercer leur droit de vote le 12 décembre prochain. Le communiqué est signé de la main de dix-neuf   personnalités nationales, menés par des personnalités aussi probes que Ahmed Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdenour, Abdelaziz Rahabi, Nacer Djabi et Mustapha Bouchachi, et exhorte les Algériens à ne pas empêcher leurs compatriotes d’exprimer leur avis et d’éviter tout accrochage, dérapage ou de répondre aux provocations.

Ceci est déjà une bonne chose que de se disculper à la veille du scrutin. Reste que les actions anti-scrutin, qui ont commencé avec les fausses alertes, les affichages hostiles et les appels anonymes sur les réseaux sociaux ne trouvent pas d’écho favorable, et demeurent minoritaires, comme toujours, dans leur envie de déconstruire et ne pas construire, de saper et de ne pas faire avancer les choses.