Partenariat Agrodiv-Lesaffre: quand la levure de Bouchouareb tourne au vinaigre

La relation entre le groupe public Agrodiv et le français Lesaffre par rapport à l’usine de levure est l’un des dossiers qui résume l’anarchie instaurée par Abdeslam Bouchouareb au niveau du ministère de l’industrie qu’il a occupé pendant un laps de temps relativement long par rapport à ses prédécesseurs, Mohamed Benmeradi et Cherif Rahmani.
Tout a commencé bien avant l’arrivée de Bouchouareb au ministère. L’histoire de la production de la levure date plutôt des années 90, où on a décidé de mettre sous le paillasson les clés des usines de Bouchegouf (Guelma) et Oued Semmar (Alger). On tournait le dos à la production nationale, pour un marché de 130 millions de dollars par an…
Comme pour le textile et tant d’autres produits nationaux, on avait décidé que les deux usines publiques n’avaient aucune chance de rivaliser avec les concurrents internationaux qui mettaient sur le marché algérien des quantités astronomiques de levures et à des prix imbattables.

En 2002, les deux usines sont fermées et le personnel est libéré. Trois ans plus tard, on nous annonçait la reprise des activités grâce à un partenariat qui allait être développé avec le groupe français Lesaffre.
Les négociations vont durer jusqu’à 2010. Mais en vain.
En juillet 2010, la SGP Cegro, annonce une reprise de l’activité à travers un nouvel appel à manifestation d’intérêt pour un partenariat sur l’activité des deux usines. Benmeradi, alors ministre de l’industrie, avait imaginé encore un autre scénario pour sauver les entreprises, à travers l’injection d’enveloppes financières pour moderniser l’outil de production et assurer ainsi l’alimentation d’un marché dont les besoins se situent entre 20 et 30 mille tonnes par an. Benmeradi quitte le ministère sans pouvoir achever cette tâche.
En 2015, Abdeslam Bouchouareb envisage une nouvelle configuration pour la reprise de l’activité. Une usine de production sur le territoire de la wilaya de Jijel (toujours selon la formule de partenariat) et les deux anciennes unités seront reléguées au rang d’empaquetage et de conditionnement.
Rien ne sera concrétisé. Bien au contraire, Bouchouareb va rallonger la vie de la mafia de l’importation de la levure.

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Le poids de Abdeslam Bouchouareb

Les quatre ans de discussions avec le français Lesaffre devaient se solder par un divorce à l’amiable. Lesaffre verse 100 mille euros de dommages et intérêts pour les dégâts occasionnés à l’industrie nationale de la levure. Il ne sera pas sanctionné avec d’autres mesures qui donneraient à réfléchir à d’autres partenaires.
Finalement, le sort des deux usines publiques a été ficelé avec la société turque Pakmaya qui devait en assurer la reprise.
Mais la décision la plus intrigante dans ce dossier est la reprise du partenariat entre le groupe public algérie, Agrodiv et le français Lesaffre.
A un mois de son départ, le 6 avril 2017, Abdeslam Bouchouareb accepte un nouveau deal avec les français à l’occasion de la visite à Alger du premier ministre français, Bernard Cazeneuve.
Ce jour-là, un accord a été signé pour la création à Oran d’une usine de production de levures et des produits dérivés, d’une capacité de 25 mille tonnes par an, entre le groupe algérien Agrodiv et le français français Lesaffre.
Au lieu de chasser définitivement du marché algérien, on offert au groupe français une occasion pour le dominer avec une production équivalente à la totalité de la demande.

Le nouveau ministre de l’industrie aura à traiter un autre dossier litigieux qu’il a hérité dans son département.

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