Panama Papers : nouvelles révélations

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Contrairement à l’image entretenue publiquement suite à l’éclatement de l’affaire des «Panama Papers» en 2016, c’était le chaos et la panique en interne chez Mossack Fonseca, cabinet panaméen au cœur de cescandale financier planétaire ainsi que ses clients. Plongée dans des  secrets bien gardés jusque-là.

Par Lyas Hallas

Le journal allemand Süddeutsche Zeitunga obtenu 1,2 million nouveaux documents datant de 2016 et 2017 du fournisseur panaméen de compagnies offshores Mossack Fonseca qu’il a partagés avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et ses partenaires à travers le monde entier. Ils viennent s’ajouter aux 11,2 millions documents fuités en 2015 et qui ont éclairé les méandres du monde la finance offshore où politiciens corrompus, opérateurs économiques véreux et autres criminels cachent leur argent mal acquis, loin des contrôles fiscaux et des autorités de renseignement financier.

Or, au-delà de la permissivité des procédures internes de Mossack Fonseca qui a accentué l’obscurité de cet abime déjà vertigineux qui est le système de la finance offshore lequel évolue sous les bannières d’Etats insulaires sous influence de différentes puissances économiques et disséminés à travers les cinq continents,  les nouveaux documents montrent surtout la panique et la furie des intermédiaires des clients dont les noms ont été révélés. Ils restituent l’ambiance dans laquelle ont baigné les employés de ce fournisseur panaméen de compagnies offshores et autres services financiers pour des clients cherchant à fuir l’impôt ou à dissimuler leur argent.  Un chaos où le cabinet s’était mis plutôt à identifier des dizaines de milliers de clients dont il n’avait pas jugé utile d’exiger des pièces d’identité et des justificatifs de revenus.

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Ainsi, le cabinet Mossack Fonseca a mobilisé les employés qu’il avait recruté afin de créer des sociétés fictives au profit de clients voulant garder l’anonymat, plutôt pour combler les lacunes de ses registres qui n’étaient pas, jusqu’à l’éclatement du scandale en avril 2016, suffisamment renseignés. Cette opération d’identification, si elle lui a permis de situer un nombre parmi les bénéficiaires de ses services, beaucoup d’autres ont rompu leurs relations commerciales avec lui et sollicité les services d’autres fournisseurs de compagnies offshores basés dans d’autres juridictions (Iles vierges britanniques, Guernesey dans les îles Anglo-Normandes et Chypre etc.). Mais, Mossack Fonseca a, notamment, eu à  gérer la colère de ses clients, transmise par le biais de leurs intermédiaires qui répondait nerveusement aux courriels de ses employés. Will Fitzgibbon et Ben Hallaman, journalistes de ICIJ, en ont compilé quelques perles où la furie se la dispute au sarcasme, contrastant avec l’image entretenue publiquement suite à l’éclatement de l’affaire en avril 2016.L’argument du cabinet et de ses clients, faut-il le rappeler, était que «leurs activités étaient légales et que leurs business offshore répondaient aux exigences réglementaires en la matière».

«Votre compagnie n’est pas responsable…BYE BYE »

Deux mois après l’éclatement du scandale des «Panama Papers », Mossack Fonseca était, selon les nouveaux documents, incapable d’identifier des dizaines de milliers des vrais bénéficiaires des compagnies offshores qu’il a eu à domicilier dans différentes juridictions : 70% des bénéficiaires finaux des 28.500 compagnies actives aux Iles vierges britanniques et 75% de ceux des 10.500 compagnies actives dans la juridiction de Panama… Agacé par la multiplication des correspondances requérant  des documents identifiant son client, Eliezer Panell, avocat basé en Floride, qui a déjà remis plein d’autres pièces administratives au cabinet, a eu cette réplique : «Cela a été ridicule !», Et d’asséner dans le même mail : «Nous ne pouvons pas revenir un jour après avoir demandé des papiers pour demander autre chose. Nous ressemblons à de putains d’amateurs ! Opération mickey mouse !».

«Le client a disparu ! Je ne peux le trouver nulle part!!!!!!», a tonné, de son côté, Nicole Didi une gestionnaire suisse de fortune, partenaire de longue date de Mossack Fonseca lequel lui a sous-traité la constitution de pas moins de 80 compagnies offshores. Cette gestionnaire suisse de fortune qui était parmi les premiers à s’affoler des dégâts occasionnés à son business, lançant son premier obus à l’adresse de Mossack Fonseca dès que les journalistes de ICIJ ont commencé à lui poser des questions sur ses clients, n’a pas cessé de lui écrire durant les 19 mois suivant l’éclatement du scandale, pour trouver des réponses à ses questions. Des réponses qu’elle trouvait peu convaincantes. «Je ne peux pas croire votre compagnie !!!!!!», a-t-il écrit en mai 2017. Ce qui a amené Makya Villarreal, responsable de l’antenne seychelloise de Mossack Fonseca à rompre la relation de travail  avec elle et lui signifier qu’il était temps qu’elle prenne son business et aille ailleurs. «Nous ne répondrons plus aux messages que vous envoyez, et vous devrez résoudre tous vos problèmes par le biais du nouvel agent avec lequel vous choisirez de travailler». Et de lui donner un dernier coup de main en joignant à son mail une liste de 67 fournisseurs de compagnies offshores basés aux Seychelles qui fournissent les mêmes prestations de service que Mossack Fonseca.

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C’est donc une vue de l’intérieur du cabinet et du cercle des sociétés fiduciaires qui traitaient des affaires avec lui que nous offrent ces nouveaux documents. Ils incluent des mails, des copies de passeports, des déclarations patrimoniales et autre fichiers liés à des affaires criminelles et ils décrivent les crispations des semaines d’avant l’éclatement du scandale et le contrecoup de la publication d’une assez importante masse d’informations confidentielles sur les affaires du cabinet et le monde de la finance offshore en général. En somme, un cabinet qui s’agite à la recherche de ses clients qui le fuient. «Votre compagnie n’est pas responsable et n’est pas crédible….BYE BYE», a écrit Jeffrey Davies, un intermédiaire basé au Luxembourg.

Mépris des règles

À fin 2016, le nombre des enquêtes visant Mossack Fonseca, ses intermédiaires et ses clients ouvertes  par les autorités publiques et les entreprises a atteint 150 à travers 79 pays.  Cela a conduit à l’effondrement du cabinet qui a fini par mettre fin à ses activités en mars 2018 et ce, après de longues années de dissimulation de l’argent de dizaines de milliers de clients de par le monde, faisant fi d’une obligation fondamentale celle de l’identification des bénéficiaires des sociétés  dont il a facilité la création. Cela l’exposé à des poursuites judiciaires et à des enquêtes criminelles qui l’ont forcé à dissoudre les sociétés fictives, mettant ses affaires et celles de ses clients dans le chaos. C’est que les règles du  «Know-your-customer» (KYK), processus permettant d’identifier les clients d’une entreprise sont devenues strictes dans le cadre des efforts mutualisés des gouvernements dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme et du blanchiment d’argent.

Bref, il convient de rappeler que le Consortium internationale des journalistes d’investigation et ses plus de 100 partenaires dans le monde ont publié, à partir d’avril 2016  des centaines d’enquêtes journalistiques basées sur les 11,2 millions de documents fuités  de Mossack Fonseca. Des documents couvrant la période allant de 1970 jusqu’à 2015. En mai 2016, le cabinet a annoncé la fermeture de ses bureaux dans l’île de Man, dépendance de la Couronne britannique située dans la mer d’Irlande.  La fermeture des bureaux de Jersey et de Hong Kong n’ont pas tardé à suivre et celle de toute l’officine est intervenue moins d’une année après. Mais, elle continue à se débattre dans de monstrueuses procédures judiciaires dans plusieurs pays à l’image du Brésil où dix de ses employés sont accusés de blanchiment d’argent dans le cadre du scandale dit Lava Jato mais, également en Allemagne dans une cadre d’une une affaire d’évasion fiscale.

Il convient enfin de noter que les 1,2 millions de documents constituant cette seconde fuite ont permis aux journalistes de l’ICIJ et de ses partenaires d’identifier les bénéficiaires de nombreuses coquilles offshores, d’avoir des détails sur leurs patrimoines. Certains ont été révélés lors de l’éclatement de l’affaire en avril 2016. Cela concerne des célébrités à l’image de Lionel Messi ou Jackie Chan, des politiciens à l’image de l’actuel président argentin Mauricio Macri et sa famille, de Mohamed Nizam bin Abdul Razak, frère de l’ancien premier ministre malaisien, Fahad al-Rajaan, l’ancien responsable de l’agence de sécurité sociale  Kuwait, l’oligarque russe  Vitaly Malkin. D’autres  pour la première fois Dariga Nazarbayeva, fille de l’ancien président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayevou encore la famille du célèbre bijoutier français Pierre Cartier. Daraj y a contribué, entre autres, avec trois enquêtes sur le patrimoine de personnes exposées politiquement en Algérie.

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Sommaire:

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