OHL: un dossier géré par les humeurs

Le contentieux ayant surgi entre Sonatrach et l’espagnol Obrascón Huarte Lain (OHL, filiale du groupe Villar Mir) lors de la réalisation du centre des conventions d’Oran (CCO) est aussi un cas d’école. Comment un projet de 400 millions d’euros passé à une enveloppe de 500 millions sans justification réelle? En tous les cas, la clôture du dossier de cet ouvrage a empoisonné la vie à plusieurs P-dg de Sonatrach.

Mourad Preure, ancien cadre de Sonatrach, s’est concentré dans la thèse de son doctorat (authentique celui-là) sur la surfacturation des projets réalisés pendant l’ère Ghozali. Il devrait soutenir une nouvelle thèse consacrée au seul dossier du centre des conventions d’Oran.

Le projet qui comprend l’étude et la réalisation d’un hôtel et d’un palais  d’expositions doté d’une salle de conférences, était mis en adjudication par Sonatrach en 2008. Lors de l’appel d’offres pour la réalisation de ce projet plusieurs candidats étaient en course. L’espagnol OHL, le français Bouygues, le coréen Keang Nam, l’égyptien Orascom et surtout le chinois CSCEC (il réalise actuellement le projet de la mosquée d’Alger) qui risquait de casser le prix. A la surprise générale, OHL a fini par remporter le contrat pour un montant de 400 millions d’euros et un délai de 24 mois. Le soucis de Sonatrach, disait-on, est de réceptionner l’ouvrage avant la date de la tenue de la 16ème édition du GNL (avril 2010).


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Un seul souci: les délais de livraison

L’infrastructure qui devait être livrée en 2009, était confrontée à de nombreux problèmes liés à l’avant projet sommaire (APS). Principalement les études de sol.

Les plans d’exécution ont été changés et des travaux supplémentaires s’imposaient. La course contre la montre, par rapport au congrès du GNL, a ouvert ainsi les portes à tous les dérapages. Certes, il y avait des travaux supplémentaires qui étaient justifiés, mais d’autres relevaient du superflu.

A la livraison du projet, OHL réclamait quelque 193 millions d’euros supplémentaires par rapport au budget initial. Chakib Khelil, qui était beaucoup plus préoccupé par l’organisation du show, ne se souciait pas de cette facture.

A Sonatrach, le top management était poursuivi en justice pour corruption et mauvaise gestion. Il n’y avait donc plus de décideurs pour solutionner le problème.

Quelques temps après l’organisation du sommet du GNL, Chakib Khelil est limogé. Mais la facture est toujours en suspens.


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Le dilemme 

Dès son installation à la tête de Sonatrach, Nordine Cherouati est confronté à cette affaire de travaux complémentaires pour lesquelles OHL réclame 193 millions d’euros. Le dossier est alors pris en charge par feu Abdelkader Benchouia, qui occupait le poste de vice président Aval.

Les discussions avec le protagoniste espagnol durent des mois et des mois. La progression des négociations, a démontré que deux hauts cadres de Sonatrach constituaient un facteur de blocage dans le règlement de ce litige. Il s’agissait du juriste Ali Ammar et de Mme Tlantikit, actuelle secrétaire générale du ministère de l’énergie, qui occupait un poste important au niveau de l’engineering au sein de la direction générale de Sonatrach. Il décide alors de les écarter de ce dossier et de le gérer lui-même avec une nouvelle équipe.

Avec beaucoup de prudence, Sonatrach prend le dessus sur OHL et obtient une nouvelle proposition du partenaire espagnol de solder les comptes à hauteur de 105 millions d’euros seulement. L’Algérie économise ainsi 83 millions d’euros.

Mais, avant de formaliser cet accord, un changement intervient au top management de Sonatrach.

Le 19 novembre 2011, Abdelhamid Zerguine est désigné à la tête de Sonatrach.

Sur le dossier d’OHL, Zerguine et Youcef Yousfi décident de réhabiliter les deux cadres écartés auparavant, à savoir Ali Ammar et Talantikit.

Devant la faiblesse de Sonatrach et de sa tutelles, OHL va réclamer le payement de 172,18 millions d’euros et 4,9 milliards de dinars. Les dommages et intérêts vont atteindre, plus tard, le montant de 212 millions d’euros. Sonatrach et le ministère de l’énergie allaient céder si ce n’était une note de la présidence de la République qui leur avaient ordonner la reconsidération des conditions de dédommagement  du groupe espagnol.


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L’argument du partenariat

A sa nomination, en mai 2015, à la tête de Sonatrach, Amine Mazouzi est imprégné des contentieux de l’entreprise publique. Entre autres, celui issu de la construction du CCO.

Il consulte alors les sages de Sonatrach et commence d’abord par écarter, de ce dossier épineux, Ali Ammar et Mme Talantikit. Aussitôt la pression baisse de la part des espagnols.

Mazouzi désigne une nouvelle commission qui va négocier avec OHL.  Peu à peu tout le monde revient à la raison. La partie algérienne met en avant le partenariat développé avec le groupe Villar Mir, maison-mère d’OHL, à travers les usines de Fertial et la station de dessalement d’eau de mer de Cap Djinet cogérée par Sonatrach, Solegaz et Inima Aqua, une autre filiale du même groupe espagnol.

En décembre 2016, Sonatrach et OHL signent un accord selon lequel la partie algérienne paye seulement le montant de 100 millions d’euros et le prestataire espagnol abandonne la procédure arbitrale.

L’Algérie aura clôturé ce dossier avec l’économie de 93 millions d’euros.

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