N’gaous : la marque gagnante d’un novice

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Créée en 1979 avec l’assistance de l’entreprise française Cital, N’gaous Conserves a fait l’objet d’une première tentative échouée de privatisation avant d’être rachetée par Ahmed Mazouz qui a fait fortune dans la concession automobile et l’importation de la pièce automobile de rechange. Aujourd’hui leader du marché des jus, c’est un pari gagné pour un novice dans le métier…

Jamais N’gaous Conserves n’a produit autant depuis l’entrée en production de ses installations en 1981. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 12,5 milliards DZD (114,6 millions USD), dégageant un résultat net de 617 millions DZD (5,6 millions USD), soit une croissance de 33% comparativement à 2015 et un taux de rendement de l’ordre de 5% (4,91%). Elle continue ainsi sur sa lancée de l’année 2015 où elle a enregistré une croissance de 31% par rapport à 2014.


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En effet, N’gaous Conserves  a réalisé un chiffre d’affaires de 8,4 milliards DZD (83,6 millions USD) et un bénéfice de 378 millions DZD (3,7 millions USD) en 2015 contre un chiffre d’affaires de 5,8 milliards DZD (57,7 millions USD) et un résultat net de 48 millions DZD (477000 USD) en 2014. C’est pratiquement le même rythme de croissance depuis 2013. L’exercice 2014 a d’ailleurs été marqué par un redémarrage fulgurant de l’entreprise avec un taux de croissance de 1450% puisque N’gaous Conserves, qui appartenait à La Laiterie Trèfle SPA, a réalisé à peine 400 millions DZD (5 millions USD) de chiffre d’affaires pour un résultat net de 10 millions DZD (120000 USD) en 2013. Un dynamisme qui témoigne des changements structurels engagés dans l’entreprise depuis sa reprise par Ahmed Mazouz, patron de la prospère concession automobile G.M Trade. Et, même si elle a doublé son chiffre d’affaires en 2013 comparativement à 2012 où elle a produit pour 190 millions DZD (2,5 millions USD) et dégagé un résultat net de 8,8 millions DZD (114000 USD), cela reste sans commune mesure avec les résultats obtenus à partir de 2014.

Le piège de l’opposition syndicale

Dans ce contexte, il convient de souligner que Trèfle qui a repris N’gaous Conserves par le biais de sa filiale Simagrof en 2007, a affronté une farouche opposition syndicale laquelle a fini par avoir raison de sa volonté. Le syndicat qui a contesté cette privatisation a mené une campagne médiatique contre ce premier repreneur qui comptait parmi les distributeurs des produits de l’entreprise.

En effet, le processus de privatisation de N’gaous Conserves, engagé en 2006 n’a été finalisé qu’en 2007 et l’entreprise est restée à l’arrêt pendant une année avant de reprendre timidement la production sans jamais arriver à décoller réellement. Le syndicat, qui a essayé dans un premier temps de négocier la cession de l’entreprise aux travailleurs, a remis en cause la volonté de Trèfle à la développer, l’accusant de surfacturation des équipements achetés pour renforcer l’outil de production. Des équipements d’occasion rénovés sur site qui ont coûté 365000 euros mais, facturés, selon ce syndicat, à 1,16 million d’euros, soit trois fois leur prix. Le syndicat l’a également accusé de ne pas s’acquitter des dettes de Simagrof auprès l’entreprise –près de 120 millions DZD en 2005 (1,6 millions USD) –, n’hésitant pas à rappeler dans les médias la condamnation des deux associés de l’acquéreur à des peines de prison dans une affaire de contrebande des cigarettes Legend.


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Groupe diversifié

Bref, ce climat de manque de confiance a été prohibitif à l’aune des performances espérées par Trèfle pour l’acquisition de N’gaous Conserves : 1,5 milliard DZD (20 millions USD) et une perte de 11 millions DZD (150000 USD) en 2009,  1,5 milliards DZD et une perte de 2,2 millions DZD (29000 USD) en 2010 et 1,8 milliards DZD (24,7 millions USD) pour un bénéfice de 8,5 millions DZD (117000 USD). Et, il a fini par céder la majorité des parts sociales dans la Sarl Simagrof à Ahmed Mazouz et son fils Naïm, ne gardant qu’une infime participation à travers La Laiterie Trèfle SPASimagrof a d’ailleurs changé son objet social en janvier 2018 pour devenir une société de holding.

N’gaous Conserves, spécialisées dans la transformation des fruits, fabrication et commercialisation des eaux fruitées, jus et conserves, laquelle qui dispose de deux unités de production, N’gaous et Menaa, est désormais adossé à un groupe diversifié, activant dans des secteurs aussi loin les uns des autres : agroalimentaire, produits pharmaceutiques et automobile. Le groupe de Ahmed Mazouz, qui commercialise des marques automobiles chinoises notamment à travers sa concession automobile G.M Trade (270 millions USD de chiffre d’affaires en 2016, 365 millions USD en 2015, 353 millions USD en 2014 et 345 millions USD en 2013), a investi dans une raffinerie de sucre d’une capacité de 2 millions de tonnes/an qui entrera en production le mois de juillet prochain, un investissement 5 milliards DZD (45 millions USD) financé par un emprunt bancaire à hauteur de 4 milliards DZD (36 millions USD). Le groupe, qui en train d’installer unité de montage de camions, a également racheté le laboratoire pharmaceutique Medicomp en février 2016.

Il convient enfin de signaler que la filiale N’gaous Conserves SPA, qui dépendait de l’Entreprise nationale des Jus et Conserve (ENAJUC) avant sa privatisation en 2007, transforme aujourd’hui 800 tonnes/jour d’abricots et de pommes, soit plus de 200 000 tonnes/an ou cinq fois l’objectif fixé à son premier acquéreur lors de sa privatisation. Elle a deux atouts majeurs : une maque aimée par les Algériens et s’exporte dans des marchés aussi exigeants que les marchés européens –elle a exporté pour un million USD en 2014 dont 800000 en Allemagne–, et un réseau de distribution qui assure la disponibilité de ses produits N’Gaous sur tout le territoire national.

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