Mystérieux appels à la désobéissance civile: Qui assumera ?

hirak

Depuis plusieurs jours, sans discontinuer, des appels anonymes à la désobéissance civile sont diffusés sur facebook. Le sujet est depuis lors repris ici et là, sans que l’on sache exactement de quoi cela retourne.

Evidemment, le sujet est d’une importance capitale, voire hautement risqué car touchant de plein fouet à la sécurité intérieure de l’Etat-nation au sein duquel cette désobéissance prend réellement forme ; mais là n’est pas notre propos. Ce qu’il convient de dire ici est de savoir qui assumera les conséquences d’une telle action si elle venait à se produire. Pour avoir connu et vécu la désobéissance civile il y a dix-huit années, l’Algérie n’est pas prête, loin s’en faut, de revivre une seconde fois, pareille mésaventure aux lendemains carrément imprédictibles.

Lorsque le Front islamique du salut avait appelé, il y a dix-huit ans, à la désobéissance civile, ses chefs étaient connus, l’auteur de l’opuscule connu lui aussi, et les tous les belligérants de la partie qui se jouait entre un pouvoir en fin de cycle et un parti qui menaçait de dérouler une hégémonie sans partage sur tout le pays, étaient clairement identifiés. Malgré cela, les choses ont débordé et, au bout de deux semaines, plus personne n’avait le contrôle de la situation.

Qu’en dire maintenant ? Tout d’abord, il y a lieu de s’inquiéter sur l’absence d’encadrement du hirak. De ce fait, dans ce type de bras de force, immanquablement, les choses sont appelés à dériver ; et dans ce cas, tout débordement sera non contrôlable car aucun leader ne pourrait appeler à l’apaisement et aucune personnalité ne sera écoutée puisqu’elle n’avait pas donné le coup d’envoi, et ne peut de ce fait, exiger le coup d’arrêt.

Autre chose, et non des moindres, beaucoup d’acteurs qui ont vécu la désobéissance civile du Fis, une action qui a généré dans les faits, le coup d’envoi de la violence au nom de l’islam, se murent aujourd’hui dans un silence coupable. Eux qui ont été témoins privilégiés, protagonistes ou acteurs du drame qui a endeuillé toutes les familles algériennes durant de longues années, ont le devoir de s’exprimer.

Si la désobéissance civile de 1991 avait ses promoteurs et ses partisans, comme elle avait ses adversaires et ses contradicteurs, ceux qui cherchaient à l’imposer sur le terrain et ceux qui cherchaient à la refouler sur le terrain, celle à quoi on invite aujourd’hui n’a pas de promoteurs connus, encore moins de concepteurs identifiés localement. Ce sont des appels anonymes, de sources souvent inconnues, que l’on relaye sur les réseaux sociaux et qui se propagent de la sorte sans que l’on sache exactement à qui on a affaire ni encore moins son principe générateur. Des politiciens ? des jeunes du hirak ? Des aventuriers ? Des adeptes de l’ « ordo ab chaos » ? S’agit-il d’actions spontanées nées au sein même du hirak ? Ou au contraire, des plans concertés et organisés ?  Ceux qui appellent à la désobéissance sont-ils des gens de l’intérieur ? Des voies externes ? Les deux à la fois ?  Quels sont leurs outils, leurs hommes, les moyens mis à contribution et pour quels objectifs ? S’agit-il uniquement d’une guerre de propagande, aux contours de guerre psychologique pour affaiblir l’adversaire ? Quel est le degré d’adhésion des jeunes, qui ne connaissent pas les contours d’une désobéissance civile, à cette action aux conséquences irréversibles et imprévisibles ?

C’est certainement en s’en référant à ce type de questions que l’on pourrait comprendre le contexte de cette lancinante action qui se dessine insidieusement, et prémunir le pays de tout dérapage incontrôlable et dont les desseins peuvent générer des conséquences incalculables.

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