Mohamed-Lamine Belghit : « Les élections seront bénéfiques pour l’Algérie »

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Véritable attraction populaire au Pavillon central du Sila, l’historien Mohamed-Lamine Belghit a été particulièrement sollicité par les visiteurs de la Foire internationale du Livre d’Alger, qui vient juste de clôturer ; qui pour une selfie, qui pour poser une question, qui enfin, pour prendre rendez-vous. D’où tout l’intérêt d’avoir un avis autorisé de la part d’un personnage qui jouit d’un aura populaire sans faille auprès de la population.

Vous n’avez pas, au contraire de beaucoup d’autres auteurs, surfé sur la vague du hirak pour sortir un livre et coller à l’actualité du Sila. Pourquoi ?

Oui, j’ai vu qu’il y a beaucoup de livres concernant le hirak, des livres souvent écrit à la hâte pour les éditer à temps. Bon, cela regarde leurs auteurs ; moi, je suis un historien qui décortique les événements à froid. Je pense que tout à un début et une fin ; le hirak a eu un début mais s’est émoussé chemin faisant. Il faut qu’il proclame lui-même sa fin, ou qu’elle se fasse connaitre d’elle-même. Donc, il est nécessaire que le fait social aboutisse à ses extrêmes finalités pour se prononcer. Ceci dit, j’ai collecté une masse importante d’écrits, de photos, d’images, de faits et de slogans en relation avec le hirak ; cela peut faire l’objet d’un bon livre, que beaucoup d’éditeurs attendent, mais c’est toujours en gestation dans ma tête.

Cela veut-il dire que le hirak doit continuer ?

Non, cela veut dire que le hirak doit comprendre que tout à un début, une fin, des objectifs et des débouchés ; cela ne peut pas continuer comme cela, indéfiniment. En tant qu’historien, l’étape cruciale que je vois comme une nécessité actuellement, c’est celle des élections. Malgré que beaucoup critiquent le contexte de ces élections, moi je suis optimiste, et je sais que l’édification de toutes les institutions sera bénéfique pour l’Algérie.

Vous semblez sceptique par rapport à la trajectoire que le hirak a prise…

Oui, c’est un peuple pacifique que nous avons ; mais il faut savoir qu’il y a des gens qui aiment pêcher dans les eaux troubles ; oui, il existe au sein du hirak des « khellatine », et il faut les dénoncer. Il me semble que la main de Dieu nous a accompagnés jusque-là pour nous préserver ; je pense aussi que l’institution militaire a su, par sa connaissance des réalités du terrain, gérer la crise dans toutes ses étapes avec beaucoup de maitrise, à partir du 7e ou du 8e vendredi, où il y a eu réellement une infiltration du mouvement populaire.

Donc, j’estime que ce hirak béni va déboucher à des objectifs sains, et je pense sincèrement que ce sera une bonne chose et que les résultats seront satisfaisants, car, quoi qu’il en soit, nous ne reviendrons jamais à l’époque du « cadre ».

Malgré toute cette illusion d’affluence, on peut dire sans risque de nous tromper que la nouvelle génération lit peu, ou pas du tout…

Oui, c’est vrai, mais, bon, disons, que c’est dans l’air du temps.  C’est l’époque du service rapide, des sandwichs, des petits livres ; on n’a plus le temps d’être patients et de lire les grandes encyclopédies de jadis. Qui possède cette patiente de lire aujourd’hui l’encyclopédie historique « Histoire de l’Islam », de l’imam Edh-Dhahabi, ou celle, en plusieurs volumes, de l’historien Ibn Khaldoun ? C’est difficile de le faire…

Les réseaux sociaux, rapide et propagateurs d’infos, ont pris la relève…

Oui et non ; ils prennent la relève, à leur façon, puis, souvent, travestissent les réalités. Autant ces réseaux sont rapides dans la propagation des informations, autant ils sont coupables d’avoir, souvent, travesti ou enlaidi ces informations. J’ai moi-même été victime de ce type d’info rapide, servi à la hâte pour consommateurs pressés. Il y a un travail à faire en ce sens pour donner à l’information sa dimension et sa valeur réelle, sans qu’elle soit tronquée pour autant…

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