Medex : 15 ans en otage d’un bricoleur

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Medex est une petite compagnie tunisienne qui a échappé au filtre que se devait Sonatrach de mettre en place lors de l’appel d’offre afin de s’assurer d’un partenariat digne de son rang. S’il n’était pas le premier bricoleur admis par la compagnie nationale, ce fut celui qui lui a fait perdre le plus de temps…

Le 10 juillet 2002 à Alger, Sonatrach a signé un contrat avec la société Medex Petroleum North Africa Ltd pour l’exploitation des hydrocarbures sur le périmètre dénommé Erg Issaouane et Bourarhat, sur les blocs 226 et 229 B, exactement, situés dans le bassin d’Illizi. Ainsi, Medex, qui appartient à la famille tunisienne Bouchamaoui et qui a choisi pour directeur général, le tunisien Tarek Mekada, un diplômé de l’Institut Algérien du Pétrole (promotion 1974) et fin connaisseur du secteur algérien des hydrocarbures pour y avoir travaillé pendant longtemps, a bénéficié d’un champ dont le potentiel a déjà été mis en évidence par Sonatrach.

En effet, le champ en question a été mis en adjudication dans le cadre du dernier appel d’offre lancé par Sonatrach sous le régime  du «partage de production» encadré par la loi 86-14. Son potentiel mis en évidence par Sonatrach avant sa mise en adjudication a par ailleurs été confirmé par Medex suite aux travaux complémentaires réalisés et les nouvelles découvertes réussies par la suite. En 2009, la société tunisienne a déclaré avoir investi l’équivalent de 213 millions de dollars américains (USD) pour le forage de 30 puits la réalisation d’une campagne de sismique 3D sur plus 900 km2. Ce faisant, les plans de développement des champs d’Erg Issaouane soumis par Medex ont respectivement été approuvés en décembre 2009 pour le bloc 242 et en avril 2010 pour le  bloc 226. Dans sa stratégie technico-économique pour le développement de ces champs, Medex comptait commencer dans un délai de 18 mois à extraire 15.000 barils /jour du réservoir dévonien pour pouvoir financer l’exploitation des champs de gaz de l’ordovicien. Il était question également d’installer une unité de séparation du GPL.


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La banqueroute

Or, Medex ployait sous le poids de la dette et n’était, en réalité, pas en mesure de développer ces champs. Elle avait cumulé des dettes de l’ordre de 131 millions USD avant même la mise en production des premiers puits et s’était trouvée dans l’incapacité à payer ses prestataires parmi les sociétés de services composés, essentiellement de filiales de la compagnie nationale Sonatrach qui observait passivement la situation puisque le contrat d’association a été signé sous le régime de la loi 86-14 et aucune clause ne prévoyait une résiliation unilatérale de Sonatrach au cas de défaillance du partenaire. Tous les contentieux étaient renvoyés systématiquement à des procédures d’arbitrage international.Mais, dans ce contexte, Medex n’a pas tardé à manifester son intention de céder ses actifs, spéculant sur le potentiel que recèlent les gisements. A partir de 2011, Medex a demandé à Sonatrach, et à plusieurs reprises, l’autorisation de communiquer à des acquéreurs potentiels les informations relatifs à ses permis d’Erg Issaouane–cette procédure règlementaire étant instituée pour permettre au ministère de l’énergie de vérifier si l’acquéreur potentiel figure sur la liste des compagnies pétrolières agréés en tant que candidat à l’investissement dans le domaine minier algérien–.Mais, cette opportunité n’a intéressé aucune compagnie pétrolière à cause des montants demandés par Medex, tournant autour de 500 millions USD.

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Erg Issaouene, terreau  de spéculation

Medex, qui naviguait à vue à cause de ses difficultés financières, a, en effet,engagé consultant indépendant –un ancien P-dg de Sonatrach, reconverti dans le consulting–, pour trouver un repreneur à ses actifs algériens. Ainsi, la compagnie tunisienne a présenté une première liste d’acheteurs potentiels en 2011 qui inclut de grandes compagnies pétrolières internationales : Shell, BP, Soyouz Transgas  et  Cnooc. En 2012, elle  a sollicité et obtenu l’accord pour discuter avec Russneft. En 2013, elle revenu avec un autre nom, Dragon Oil, et obtenu l’accord pour discuter avec. Les discussions avec Russneft et Dragon Oil n’ont pas abouti, non seulement à cause du prix demandé par Medex pour conclure la transaction mais, ont également buté sur les modalités de paiement. En 2015,Bouchamaoui a dépêché un émissaire pour négocier avec les Chinois de Itochu, cette tentative n’a pas abouti non plus.

Ce qu’il convient, néanmoins, de retenir c’est que les Bouchamaoui, propriétaires deMedex –les branches de la famille Bouchamaoui y sont représentées par Al Majdi Holding (héritiers de Abdelmadjid Bouchamaoui), Hédi Bouchamaoui Holding (héritiers de Hédi Bouchamaoui) et Bochra Holding (enfants de Rachid Bouchamaoui)– qui sont présents dans plusieurs secteurs d’activité allant de l’agroalimentaire aux produits d’hygiène en passant le tourisme, n’étaient pas leur premier coup que à Erg Issaouene. Ils ont déjà spéculé avec leurs actifs détenus dans la partie tunisienne de ce champ, cédant le 12 février 2014 leurs participations dans les gisements de Zaafrane en Tunisie, en vendant 90 % des actions de Medex Petroleum Limited à la compagnie néerlandaise Mazarine Energy.

Sonatrach récupère le gisement

Il a fallu attendre 2015 pour que Sonatrach porte l’affaire devant la Cour arbitrale internationale. Medex a riposté en réclamant un dédommagement face à la partie algérienne qui voulait avoir une annulation pure et simple du contrat d’association.Le tribunal arbitral s’est prononcé le 13 décembre 2016 en faveur de Sonatrach qui remporte ainsi la bataille. Les contrats de Medex Petroleum North Africa (Medex) portant recherche et exploitation des hydrocarbures sur les périmètres Bourarhat Nord et Erg Issaouane ont été résiliés à ses torts exclusifs. La sentence a mis fin à quinze ans de bricolage sur ces champs pétro-gaziers confiés cette petite société tunisienne pour les développer. Certes, Medex qui a échappé au filtre que se devait Sonatrach de mettre en place lors de l’appel d’offre afin de s’assurer d’un partenariat digne de son rang, n’était pas le premier bricoleur admis par la compagnie nationale. Mais, elle a étécelle qui lui a fait perdre le plus de temps…

Ce dossier d’arbitrage était mené par Djamel Ould Ali, l’ancien chef de pôle au niveau de l’Amont de Sonatrach. Depuis qu’il a remporté ce succès, il est devenu la cible de tous les lobbys. On est allé jusqu’à le toucher dans sa chaire. On lui a attribué des comptes numérotés à Dubaï. Les  lâches qui ont été derrière cette campagne, ont même manipulé  Ould Kaddour pour le mettre à l’écart et le marginaliser.

C’est ainsi que se termine notre série sur les arbitrages de Sonatrach. L’Algérie a toujours  récompensé ses enfants. Djamel Ould Ali, qui a d’ailleurs négocié le contrat de l’ENI, a été sanctionné par Sonatrach, sur instigation de vils commanditaires  et demeurera une tache noire dans l’histoire de du pays. Car l’homme n’a fait que défendre les intérêts de son pays.

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