Marché du tourisme: ces milliards d’euros qui nous filent sous le nez

Sahara algérien

Le Sahara algérien avait donné par le passé les deux plus grands atouts économiques à l’Algérie : les hydrocarbures et le tourisme. Mais les belles années passent vite. La manne pétrolière, une bénédiction du ciel, ne tarda pas à devenir une malédiction : en s’appuyant sur les seules recettes pétrolières, l’Etat avait choisi d’être un client, et uniquement un client dans les bazars internationaux, reléguant les autres secteurs à un rang subalterne.

Le terrorisme, qui s’inscrivit dans la durée dès 1990, puis le système Bouteflika, qui bénéficia à partir de 2001, d’une exceptionnelle embellie financière après le boom pétrolier sur les marchés mondiaux, cédant à la tentation de la prodigalité et des royalties, terrassa la destination Algérie pour de bon. A cela s’ajoute (puisqu’il persiste à ce jour) le jeu insidieux des agences de notation internationales et des « travel warning » que les capitales occidentales diffusent comme autant de mauvaises notes inscrites sur le carnet scolaire d’un mauvais élève et qui font que le destination Algérie a, aujourd’hui, plus que jamais, besoin d’une diplomatie érudite et avisée, pour se redresser. Car entre temps, 200 milliards d’euros, que représente le marché mondial du tourisme, sont en train de nous filer sous le nez. Pourtant le tourisme méditerranéen demeure le plus prisé, et l’Espagne, la France et l’Italie se partagent la grande part du gâteau, la Turquie, Malte et la Grèce arrivent tout de même à s’en sortir ; enfin, l’Egypte (avec 9 millions de touristes/an), la Tunisie (3 à 5 millions) et le Maroc (2,5 à 3 millions) raclent les fonds des caisses. Et malheur aux retardataires…

Après avoir capté des millions de touristes/an, le tourisme Algérie, qui fut par le passé une des fiertés du pays, sombra peu à peu dans l’anonymat, tant et si bien qu’aujourd’hui, si on arrive à capter 3000 ou 4000 étrangers on peut s’estimer avoir accompli un miracle, alors que le potentiel touristique de l’Algérie, sa part théorique du marché mondial, doit tourner autour des 7 à 10 millions de touristes étrangers/an.

Où est la « fièvre saharienne » de naguère ?

On rappelle aux nostalgiques cette année 1976 durant laquelle l’Algérie a reçut la visite d’Erich Van Daniken, écrivain célèbre pour sa théorie des « anciens astronautes » et réalisateur de documentaires sur les sujets liés aux civilisations à la technologie avancée. C’était l’époque de la vague théorique des anciennes civilisations disparues et des anciens astronautes au Sahara. Après avoir passé près de deux semaines à Illizi et Tamanrasset, EVD s’en retourna à sa Belgique natale et publia son célèbre « Chariots of the gods », qui fit sensation dans le monde entier. S’ensuivit une véritable « fièvre saharienne », et il était du dernier bien pour les touristes, les scientifiques, les étudiants et riches cultivés, et même pour les simples citoyens des pays d’Europe, de venir visiter les grottes de Jebbarine et les peintures rupestres du Tassili qui prouvaient de manière cinglante la fausseté des théories évolutionnistes fumeuses et donnaient leur pleine mesure à celles qui mettaient en avant les civilisations disparues à la technologie avancée.

Aujourd’hui, les temps ont changé, et à la curiosité scientifique s’est substitué le souci sécuritaire. Aussi, l’Algérie veille à ne donner aucune chance à une incursion malveillante.

Des images décourageantes

La fièvre générée par van Daniken et son livre « les Chariots des dieux » est peut-être là une anecdote, mais elle est significative sur la prépondérance du tourisme en Algérie, à une époque où l’architecte français Pouillon venait de finir ses constructions à Zéralda, Sidi Fredj et ailleurs, des constructions qui deviennent autant de joyaux pour capter encore plus de touristes.

Tout cela est du passé ; aujourd’hui, le long chemin désertique qui mène d’Adrar à Bordj Badji Mokhtar fait pitié ; à partir des regs et des hmadas de Touât et Tamentit, les routes sont dans certaines portions difficiles. Entre Timiaouine et BBM, les pistes sont les seules praticables ; sur des centaines de kilomètres, impossibles de trouver une halte qui ferait plaisir ; même pour les autochtones, la vie est difficile, les coupures d’électricité sont fréquentes ; la connexion Internet aléatoire. Pendant les périodes de grosses chaleur, le mercure atteint les 60°, et les climatiseurs tombent en pannent, tout comme les groupes électrogènes. Seuls les traditionnels ventilateurs peuvent être de quelque secours.

Essayer de trouver une carte de la région, une maps pratique pour choisir son coin de visite, et vous vous en revenez bredouille. Essayer de chercher à comprendre pourquoi les choses avancent vers l’arrière, et progresse vers le pire, que vous ne trouverez personne pour vous en dire un traitre mot.

A tout cela, s’ajoute le peu de culture des structures officielles chargées de faire la promotion de la destination Algérie. Un vieux targui, un vénérable kounta ou un berbouchi sont de plus efficaces outils de propagande que les jeunes freluquets des grandes villes du nord, pseudo-diplômés en tourisme mais incapables de vous expliquer les différences ethniques, historiques et linguistiques entre les Berabiches, les Kountas, les touarègs et les bambaras. Connaisseurs autant de l’histoire, que des routes, des événements que des enjeux de la région, ils sont de véritables guides touristiques dans ces zones sans touristes.

Promouvoir le tourisme « historique »

Pourtant, nous vivons aujourd’hui un regain d’intérêt pour le tourisme historique.  L’Algérie, sur ce plan-là, possède des atouts tout à fait exceptionnels. Bir Ghrama, où fut assassiné par une coalition touarègue en 1880, le colonel Flatters et la mission qu’il dirigeait entre l’Ahagar et Gao, l’ermitage du Père de Foucault, Abalessa, le royaume de la reine Tin-Hina, qui envouta tant l’écrivain Pierre Benoit qui en fit sa célèbre Antinéa, et reconnut en Abalessa l’antique et mythique ville de l’Atlantide engloutie. Taghit, son passé princier et ses princes de sang, la traversée des arabes bérabiches d’Adrar à l’Azawad, la prépondérance scientifique et littéraire de la tribu Kounta entre Tamentit et Tombouctou, etc. On peut en énumérer des dizaines et des dizaines de ce type de repères historiques qui feraient venir historiens et chercheurs dans ces zones repliés du désert algérien. Mais à quoi cela servirait ?  Au nord, à Alger, Oran, Biskra et ailleurs rien n’a été entrepris.  Les maisons où vécurent André Gide (Biskra), Etienne Dinet (Boussaâda), Isabelle Eberhardt (Ain Sefra), Albert Camus (Tipaza) et les plus grands peintres, écrivains, poètes et chercheurs, tombent en ruine dans l’anonymat total.

De BBM, on peut faire un grand détour au désert passionnant et impressionnant de Tanezrouft, où vivent les « Algériens sans papiers », ces centaines de familles éparpillées dans le désert malien de Tessalit ou de Taoudenni.

Le Tanezrouft , « désert » en tamazight, est le « désert de l’absolu » : les extrêmes de la vie y sont atteintes en été et en hiver, avec des pics de chaleur atteignant les 65°. Il s’étend sur plus de 600 km est un des déserts les plus inhospitaliers du monde. Vous pouvez y rouler en voiture pendant des heures, vous ne rencontrerez la vie nulle part. Mais ce n’est que leurre et illusion pour des personnes étrangères comme nous. A des heures précises du jour et de la nuit, la vie y reprend ses droits : vous pouvez alors regarder une faune merveilleuse, une flore lunaire dont vous n’en reviendriez pas.

En 1923, une expédition menée par Georges et René Estienne est organisée pour reconnaître un itinéraire entre l’Algérie et le Soudan à travers le Tanezrouft. Cette région fut traversée à pied en 1936 par Théodore Monod. Voilà déjà entre nos mains des atouts à faire ressortir et à faire valoir. Le parcours de Théodore Monod est aujourd’hui très étudié en France et dans plusieurs pays du monde.

Des atouts qui attendent leur heure

Mais toutes ces infortunes n’entament pas les chances du Sahara de revenir en force, pour peu que les mauvaises notes « distillées » intentionnellement par les agences de notation sécuritaire et les « travel warning » des chancelleries occidentales, année après année, contre la destination Sahara, cessent.

Des musées de la préhistoire à l’aire libre, des sites archéologiques faisant partie du patrimoine mondial, des vestiges de villes sont encore présents comme unique témoignages des grandes civilisations nées avant les pyramides ; au sud, au cœur du Sahara, le massif du Hoggar, où le mont Tahat est le point culminant de l’Algérie avec 3 003 mètres : c’est l’une des zones les plus prisées par les touristes étrangers qui viennent en Algérie ; le site Jebbaren à Illizi, qui alimente la controverse des civilisations anciennes aux technologies avancées. etc. les atouts sont là, prometteurs et efficaces, face à l’inefficacité des hommes chargés de faire leur part d’effort.

Un gros marché à prendre…

La Méditerranée est la première destination touristique mondiale, générant annuellement, depuis au moins dix années, des rentrées d’argent avoisinant les 200 milliards d’euros.  C’est-à-dire que l’Algérie doit réussir à tirer son épingle du « jeu de l’attraction », dans un marché qui profite surtout à l’Espagne, l’Italie, l’Egypte, la Turquie, l’Egypte, le Maroc et la Tunisie.

Pour sa nature très diversifiée, son climat et son soleil essentiellement favorables au tourisme, la chaleur des peuples méditerranéens, pour la beauté de ses paysages, pour ses sites naturels, archéologiques, humains et historiques, pour son héritage culturel, mais aussi sa situation géographique entre plusieurs cultures, peuples, climats, continents et mers, la Méditerranée domine le tourisme mondial, et de ce fait, suscite toutes les convoitises et alimente tous les appétits. Les stratégies de puissance se surpassent en ingéniosité pour mettre, de toute évidence, le pactole de leur coté.

LIRE AUSSI Marché des Benzodiazépines: les escrocs en col blanc

1 Rétrolien / Ping

  1. Groupe Algérie Télécom: tous les indicateurs au vert - e-Bourse d'Algérie

Les commentaires sont fermés.