Marché des Benzodiazépines: les escrocs en col blanc

 

Le marché des psychotropes rapporte gros. Médecins, pharmaciens et psychiatres s’y engouffrent tête la première. L’alliance entre la psychiatrie et les firmes pharmaceutiques a permis de réaliser plus de 80 milliards de dollars de ventes de psychotropes au niveau planétaire. En Algérie, le trafic des comprimés de psychotropes et des Benzodiazépines rapporte gros aussi, et il n’y a pas que la petite délinquance qui y est impliquée. L’ombre menaçante de gros bonnets s’y profile. Tous les moyens sont bons pour faire fortune en temps de disette économique et sociale. Et il y a de plus en plus de col blanc impliqués dans les réseaux de vente des Benzodiazépines et de plus en plus d’hommes et de femmes sont en prison pour en avoir fait commerce ou pour avoir introduit de l’étranger ces produits prohibés hors du champ thérapeutique.

En amont, les « escrocs » en cil blanc : médecins, psychiatres et pharmaciens ; ce sont eux qui engrangent le gros des bénéfices, évalués à plus de 20 millions d’euros en Algérie, selon un psychiatre et enseignant à l’université de Blida, s’appuyant sur un calcul simple d’épicier et sur les données des ventes relevés sur les bons de commande des pharmacies, et en mettant en dehors de la ligne des comptes, les maigres bénéfices qui reviennent aux petits dealers.

En aval, nous retrouvons, les sous-fifres. Consommateurs et revendeurs qui sont à la fois victimes et bourreaux de réseaux qui les dépassent. Ceux-ci finissent souvent dans les prisons et les meilleurs d’entre eux s’en sortent avec une panoplie (voiture ou petit commerce) avant la contrition.

Jugez-en : un comprimé de Rivotril, le plus prisé chez les jeunes de la capitale et des grandes villes, est revendu à 400 dinars. Les jeunes en prennent deux par jour. La boite de 40 comprimés Rivotril revient à 210 dinars chez les pharmacies. C’est-à-dire que les bénéfices engrangés reviennent à plus d’un million et demi de centimes pour une seule boite uniquement. Les pharmaciens se dotent chez Saidal de cartons entiers, c’est-à-dire de plus de cent boites et 4000 comprimés. Au marché noir des psychotropes, cela rapporte quelque chose comme 1 600 000 dinars, soit 60 millions de centimes pour un carton de boites Rivotril !

Un comprimé d’Artane se vend chez les jeunes à 450 dinars, alors que la boite coute 160 dinars seulement en pharmacie. « La Bleue » 10 mg est vendue au même prix, alors que le Valium, de plus en plus rare est en voie de disparition du marché du trafic des psychotropes.

Les plus en vogue actuellement, à coté du Rivotril, est le « Clari », ou « es-saroukh », selon la terminologie populaire. A l’origine, c’est un puissant calmant utilisé contre les douleurs rhumatismales, mais les jeunes l’utilisent aussi pour ses propriétés psychédéliques. Le comprimé Clari est revendu à 450 dinars l’unité.

Des prix à donner le tournis…

Toutefois, la palme de la cherté revient au Subitex, le plus cher psychotrope vendu sur la place d’Alger. 1200 dinars la pièce ! Qui dit mieux ? Il reste surtout l’apanage des vieux routiers rompus à la coke et aux drogues dures, pour qui le kif demeure un bonbon d’adolescents !

Contrairement au cannabis, c’est un petit business qui se fait chez les pharmacies, mais qui sur l’année rapporte gros. Du Diazépam, du Rivotril ou encore du Benzodiazépine, d’autres substances comme le Subitex, rapportent gros et passent inaperçu, pratiquement. Atarax, laroxyl, nozinan, temesta, lysanxia, pour ne citer que les comprimés les plus en vue sur le marché, rapportent tout aussi bien, sont achetés à des prix plus bas mais en plus grande quantité, ce qui, au final, remonte vers les mêmes bénéfices générés par les psychotropes les plus prisés.

C’est un vol propre, qu’on peut faire opérer en portant le col blanc du médecin. Pas besoin de petits délinquants des quartiers pour faire banco ! Une boite «Roche Bleue » rapporte en dehors des pharmacies jusqu’à 8000 dinars, alors que son prix « normal » tourne autour des 200 dinars.

Avec des médecins complaisants et de fausses ordonnances, on peut se remplir les poches et devenir riches en cinq sec ! Mais souvent, c’est le médecin lui-même, le psychiatre et le pharmacien qui se servent de ces subterfuges pour renflouer les caisses et faire tilt ! Il y a qu’à se rapprocher des services statistiques et presse de la police et de la gendarmerie pour apprécier l’étendue de ce trafic immoral…

B Chaker, enseignant à l’université d’Al Afroun et doctorant en psychiatrie :

« La tentation de faire de l’argent « proprement » est grande »