Maîtres de l’agro-industrie à Tlemcen: les Kharbouche rattrapés par la Justice

Kherbouche

Par Zoutale F.

Il n’y a pas longtemps, ils recevaient à Tlemcen la visite de ministres et étalaient les entreprises de leur groupe, le Groupe Kharbouche, comme le fleuron de l’agro-industrie en Algérie et un des groupes les plus puissants du pays.

Les enquêtes qui les ciblent aujourd’hui menacent de faire s’écrouler tout cet édifice. Le père ainsi que la fratrie vient d’être ciblés par des ISTN avant l’aboutissement des enquêtes liées à des soupçons de corruption. Les numéros  des dossiers de leurs affaires en justice sont classés comme suit : Karbouche Oualid, affaire N°00053 du 27/04/2019; Kharbouche Rachid Reda, N°00052 du 27/04/2019; Kharbouche Hichem N°00054 du 27/04/2019; Kharbouche Kamel N°00051 du 27/04/2019.

Leur fief se situait à Ain Fezza, à quelques encablures de Tlemcen; c’est de là que prenaient forme projets et stratégies et que se tissaient liens et relations d’affaires. Le site s’y prêtait puisqu’il s’agit d’un haut lieu du tourisme domestique.

Le groupe Kherbouche, spécialisé dans l’agro-industrie, l’ingénierie de l’eau et les réalisations hydrauliques, fait tourner un effectif de plus de 1.400 employés toutes spécialités confondues, et englobe sept filiales, qui activent sur l’ensemble du territoire national. Les filiales Kherbouche ont réalisé de grandes opérations qui leur ont permis d’établir des relations durables avec des firmes internationales comme Culligan, Caprari, Irrimec, Ideal Bombas, Lacroix Sofrel, Seko, OBL, Elbi, Neotek Ponsel, Tracto Technique, Tsurumi…

Il y a quelques années, au fait de sa grandeur, le PD-G du groupe Fethi Kherbouche, annonçait lors d’un Forum organisé par El Moudjahid, deux grands événements inscrits dans le programme de l’entreprise : un accord de partenariat pour la réalisation d’une unité de montage de tracteurs agricoles DEUTZ-FAHR, et une école de formation de techniciens et conducteurs d’engins agricoles dans la région ouest du pays.

Le groupe participait nottament à toutes les foires de l’agro-industrie et se posait comme une locomotive de ce créneau au niveau national, recevant visite et hommages des ministres successifs de l’Industrie et de l’agriculture.

Sale temps pour les « fils à papa »…

L’opération « mains propres » n’en finit pas de soulever des vagues. Les responsables défilent, comme dans une procession en rangs serrés, devant les tribunaux. La mal fait à l’Algérie est énorme ; des milliards de dollars ont atterri dans les poches criminelles au lieu d’aller vers des projets porteurs qui auraient fait du pays un haut lieu de bien-être et de prospérité.

Une des curiosités de cette opération « d’où tiens-tu cet argent ? » réside dans le fait que pratiquement tous les responsables, chefs de gouvernements, ministres, walis, hommes d’affaires et autres initiés de la planète Bouteflika, ont entraîné dans leur chute leurs propres enfants.

Le feuilleton des auditions des hauts cadres de l’Etat impliqués dans des affaires liées à la malversation et à la corruption se poursuit à une cadence rapide. Chaque semaine livre une nouvelle fournée à la prison d’El Harrach, devenue trop exiguë pour tout ce monde. Dernière audition en date, celle des fils de l’ancien Directeur général des résidences d’État du Sahel, Hamid Melzi, son épouse ainsi que ses enfants. Auparavant, les fils de l’ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et celui de l’ex-Wali d’Alger, Abdelkader Zoukh devait aussi comparaître après convocation devant le juge d’instruction du Tribunal de Sidi M’hamed. Ils sont appelés à répondre sur divers lourds chefs, dont, pour le fils d’Ouyahia, des contrats obtenus de manière délictuelle, ainsi que les marchés que sa société a obtenu dans plusieurs secteurs de manière directe et préférentielle. Le fils de l’ex-Wali, quant à lui, est poursuivi pour trafic d’influence et obtention illégale de marchés.

Les dégâts collatéraux sont énormes, fils, filles, épouses, gendres, et même cousins ont été éclaboussés par cette « grande lessive » qui a ciblé les responsables. Au point de mener certains enfants de cette nomenklatura à souhaiter avoir eu pour papa un plombier, un coiffeur ou un simple tâcheron et n’avoir jamais eu à jouer avec de l’argent…

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