L’incursion sur le marché américain

Anadarko

Les conflits commerciaux avec les Américains ont été l’occasion d’une acquisition d’actions par Sonatrach dans des compagnies clientes et la pénétration du plus important marché des hydrocarbures au monde. Des actions qui ont continué à rapporter des dividendes jusqu’à l’arrivée de Chakib Khelil à la tête du secteur…  

Sortir de la dépendance aux compagnies pétro-gazières françaises qui exerçait un monopole sur le domaine minier algérien était la priorité du jeune Etat algérien et un défi qu’il fallait, coûte que coûte, réussir pour consolider son indépendance. La prospection de nouveaux marchés engagée par l’équipe aux commandes du secteur énergétique appuyée par la diplomatie a ainsi débouché sur les premiers contrats gaziers conclus vers la fin des années 1970 sur le stratégique marché américain. Et, c’est ce qui allait faire échapper ce secteur aux griffes des compagnies françaises et écrire l’une des plus émouvantes histoires du pétrole et du gaz algériens : l’acquisition par Sonatrach d’actions dans des compagnies clientes.


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En effet, d’importants contrats ont été signés par la compagnie algérienne avec des acheteurs américains à l’image de Distrigas, El Paso et Panhandle. D’importants contras que la pression à la baisse sur les prix du gaz a rendu difficile leur exécution. Le prix du gaz naturel liquéfié (GNL) algérien au débarquement en Louisiane était de 7 dollars par millier de pieds cubes (MCF), soit presque le double de son prix sur le marché intérieur américain. Et, alors que les consommateurs commençaient à découvrir les avantages économiques de l’utilisation du mazout, Panhandle a eu du mal à supporter les prix du gaz algérien, violant au passage le pacte «Take or Pay» conclu avec Sonatrach dans ce contrat qui, d’ailleurs, a permis à la compagnie algérienne d’expédier d’importantes quantités de GNL entre septembre 1982 et décembre 1983. C’était le premier litige apparu sur le marché américain. Dans le même contexte, et à cause des divergences sur les prix justement, la livraison de GNL à l’autre client américain, El Paso, a commencé à connaître des perturbations, provoquant un autre litige entre Sonatrach et cette compagnie cliente.

Or, les pressions exercées par Sonatrach sur ses clientes américaines, qui avaient toutes les peines du monde à trouver l’équilibre avec les prix contractuels, ont fini par lui ouvrir le capital de Panhandle et El Paso. Des actions acquises en compensation d’engagements commerciaux non honorés par ces deux acheteurs américains et qui vont se transiger au gré des fusions-acquisitions avant de finir à Anadarko et Duke Energy.


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La vente des bijoux de famille

En effet, Panhandle avait accepté de verser 200 millions de dollars et céder 6 millions d’actions ordinaires à Sonatrach que cette dernière pouvait les lui revendre deux ans plus tard pour 330 millions de dollars, à raison de 55 dollars l’action. Mais, Panhandle a été incapable de racheter ses actions, optant plutôt pour la cession d’un million et demi d’actions supplémentaires à la compagnie algérienne, ce qui a porté sa participation de 11,3 à 13%  dans le capital de sa cliente américaine basée à Houston. Sonatrach a gardé ces actions en dépit des crises qui ont rythmé l’économie algérienne à partir du milieu des années 1980. Le président Chadli avait apposé un niet à ses conseillers recommandant la cession de ces actions aux banques européennes et américaines qui se sont portées preneuses dans le sillage du contre-choc pétrolier de 1986. L’équipe au pouvoir dans les années 1990, période marquée par une situation de cessation de paiement où l’Etat algérien a dû accepter d’humiliantes conditions édictées par le FMI pour redresser son économie, n’a pas cédé à la tentation de les vendre non plus.

Au 31 décembre 2001, Sonatrach détenait directement 12,1 millions d’actions dans le capital d’Anadarko (5%) et indirectement, à travers sa filiale américaine Sopec, 16,1 millions d’actions dans le capital de Duke Energy (2%). En termes de capitalisation boursière, ce portefeuille totalisait 1,3 Milliards de dollars. Ces actions avaient un rendement d’autant plus appréciable qu’elles étaient considérées comme des bijoux de famille. Mais, Chakib Khelil qui allait cumuler les postes de ministre de l’Energie et de PDG de Sonatrach à partir de 2002 était d’un autre avis. Et c’est pendant son règne absolu à la tête du secteur que ces actions ont été vendues sous prétexte qu’«une importante décote de ces actions a été notée à compter du mois de décembre 2001 du fait du ralentissement économique mondial». Pour ce faire, Chakib Khelil a tâché à obtenir une résolution du Conseil d’administration avant de confier l’opération, dans des conditions on ne peut plus opaques, à l’antenne émiratie du fonds d’investissement Russel Investment que venait de créer à Dubai Farid Bedjaoui, neveu de l’ancien ministre des affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui. C’était à la veille de la flambée des prix du pétrole amorcée en 2003 et qui a entraîné la hausse de l’ensemble des valeurs pétrolières dans le monde, aussi bien des majors que celles des parapétrolières et des raffineurs…

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