Le Sahara: un boom agricole sans précédent

Biskra

Zoutale F.

S’il fallait donner une preuve supplémentaire pour confirmer que le Sahara est bel et bien l’avenir de l’Algérie, Biskra vient de le faire. En effet, durant toute la durée de ramadan 2019, cette ville a été le pourvoyeur des Algérois de tous les produits maraichers qu’ils ont consommé en abondance, à hauteur de 40%. Si l’on y ajoute El Oued et Adrar, faites le compte. C’est le Sahara qui est en train de pourvoir les villes du nord en produits agricoles de toutes sortes.

Selon M. Toumi, vice-président de l’Association algérienne des Consommateurs (FAC), Biskra a affiché une récolte abondante et les meilleurs prix d’Algérie, c’est-à-dire les plus bas : 40 dinars pour la pomme de terre, 50 pour la carotte, 50 pour l’aubergine, 80 pour la tomate, 60-70 pour le piment doux, 40 pour l’oignon, 40 pour la salade, 60-70 pour la courgette. Qui dit mieux ? Et ce ne fût pas tout. Des fruits de saison ont mûri sous serre : ainsi, pastèque, melon et fraise ont embelli les tables des marchands et ont été vendus à des prix imbattables.

Un des motifs de ce boom, selon Toumi, est qu’à l’époque Said Barkat, lui-même natif de Biskra, cette ville a bénéficié de facilitations de toutes sortes et les cultivateurs ont été encouragés à s’engouffrer dans ce créneau porteur. En réalité le véritable motif de cette réussite sans pareille réside dans la conviction pour les gens du nord, de la valeur civilisationnelle du travail et des mérites de l’effort et de la sueur, conditions premières de la réussite. Si les petites gens du désert ont réussi là où les agriculteurs du nord pataugent c’est grâce à la foi en leur travail et la foi dans la valeur inégalée du travail.

Nature ou sous serre, l’agriculture au Sahara, pour peu que l’eau réponde présent, donne des résultats inespérés. Actuellement, on estime que Biskra cultive 40% de la production nationale en fruits et légumes ; ce qui est tout simplement époustouflant, puisque ce score lui permet de devenir le jardin potager de l’Algérie. Premier fournisseur national de produits agricoles, la région de Biskra fait des émules, à l’instar d’El Oued, Adrar, Timimoun, Ghardaïa, où la culture sous serre ou naturelle donne des résultats jamais égalés. Ainsi, piments, poivrons, tomates, aubergines, petits pois, fèves, melons, cantaloups, pastèques, etc. poussent à longueur d’année. Avec la wilaya voisine d’El Oued, la couverture des besoins nationaux en fruits et légumes dépasse 55%.

A un moment où l’Algérie négocie un virage dangereux de son existence, l’agriculture et l’autosuffisance alimentaire doivent être inscrites dans le haut chapitre de la sécurité intérieure du pays et marquées du sceau des priorités nationales. Le piège des recettes des hydrocarbures et la rente pétrolière ont mené l’Etat à une impasse qui impose aujourd’hui la nécessité de diversifier l’économie nationale. Or l’agriculture est la première clé qui s’offre à l’Algérie, parce qu’elle est là, réelle, compétitive et performante. Reste à définir une stratégie nationale pour la booster de manière décisive.

LIRE AUSSI Condor: lancement du « Pack Etudiant »