Le Pr M’hamed Benkherouf décortique six mois de hirak

« Seules les élections remettraient les choses sur la voie de la légalité… »

Benkherouf

Reçu par le Panel de l’Instance de dialogue et de médiation, M’hamed   Benkherouf se met à la disposition de la République. Psychologue de formation, résidant en France, en contact quotidien avec la communauté algérienne établie en France, notamment les harragas avec lesquels il a dialogué pendant de longues années en France, et dont il a été le premier à proposer des outils de prise en charge du phénomène, en amont comme en aval, il comprend de ce fait, les mécanismes profonds de la contestation, ainsi que le processus menant à la réconciliation. Connu surtout pour être l’actuel président de l’Alliance internationale des compétences algériennes établies à l’étranger, il a regard privilégié sur la diaspora et ses apports pluridisciplinaires qui peuvent contribuer à relever le pays.

De passage à Alger pour quelques jours, avant de regagner la Métropole où il exerce et réside, il s’est exprimé avec nous sur le sujet principal qui fait l’actualité de l’Algérie, à savoir comment dépasser l’étape de tâtonnement politique, pour ne pas dire de statuquo, qui caractérise le contexte actuel.

De but en blanc, que peut aujourd’hui apporter la diaspora algérienne établie à l’étranger pour aider une Algérie qui se relève de deux décennies de pouvoir de clans ?

Beaucoup de choses, certainement. La communauté algérienne établie en France, en Europe et partout ailleurs, n’a pas quitté son pays de gaité de cœur. Souvent, ce fut une politique programmée pour inciter les compétences algériennes, l’intelligentsia, les diplômés, à quitter le pays, en leur obstruant toutes les voies de recours.

Donc, si les conditions sont de nouveau offertes à ces compétences, elles aideront l’Algérie par leur savoir-faire et leurs aptitudes. L’Alliance a soutenu le hirak à fond, sans réserve, contribuant à le prolonger à l’étranger. Nous avons les mêmes aspirations, les mêmes vœux que ce hirak populaire, dont finalement nous sommes issus.

Une question qui s’impose d’elle-même : est-il vrai que le flux des migrants algériens clandestins s’est arrêté au lendemain du hirak de manière très visible ?

Oui, oui, le fait est avéré. Nous avons assisté…disons à une baisse drastique des tentatives d’immigration clandestine vers l’Europe. Je suis bien placé pour vous le confirmer. Mais cela ne veut pas dire que les demandes de visa ont cessé ; il en existe toujours…Mais il y a comme un changement dans les mentalités, subitement ; l’Algérien prend conscience tout à coup que ce pays est son pays et qu’il a désormais droit de regard sur la décision politique et économique, qu’il peut changer le cours des choses et qu’il peut contribuer à faire améliorer sa situation et celle de son pays.

Concernant le hirak, après 26 vendredis non-stop, ne pensez-vous pas qu’il est temps d’aller vers les objectifs tracés originellement par ce même hirak ?

Oui, c’est certain, et il est urgent maintenant d’aller vers des élections présidentielles qui remettraient les pendules à l’heure, parce qu’elles vont élire un président qui prendra les décisions souveraines dont tout le hirak se réclame. Nous avons été magnifiques dans notre révolution, elle a fait notre fierté en France et dans toute l’Europe en présentant désormais le visage séduisant de l’Algérien pacifique et civilisé qui donne des leçons de civisme aux Européens. Tout cela est très beau, noble, mais maintenant il faut vite aller à l’essentiel, à savoir que le hirak se prenne en charge, dégage ses représentants et prenne langue directement langue avec le pouvoir actuel, représentant par Abdelkader Bensalah, qui est président légale dans une situation de fait.

Bensalah n’est qu’une étape transitaire, un passage obligé dans le contexte vécu par le pays, et il faut dès lors comprendre cela pour dépasser les frictions qui se posent. L’institution militaire doit aussi faire partie des autorités observatrices, et continuer à cadrer le processus, à défendre les choix du hirak et à le protéger des périls. Les délégués qui seront ainsi dégagés par le hirak pour le représenter seront protégés par l’institution militaire, garante de ce processus historique en marche.

Qu’en est-il de la classe politique dans ce cas ?

La classe politique n’a pas brillé par ses initiatives, ni avant, ni après le hirak, qui l’a exclu de tout compromis. Mais cela n’exclut pas que chacun peut contribuer à sa manière. Il nous faut dépasser les étiquettes faciles, les accusations qui désunissent au lieu de rassembler, les mots qui séparent au lieu de réparer. Il y a un pays à refaire, et tous les Algériens acceptés par le hirak y sont conviés. Comme je l’ai dit, il y a urgence à aller vers un dialogue national dont se dégageront les lignes directrices du futur Etat, puis vers des élections libres et démocratiques qui plébisciteront un président élu, qui, lui, prendra les décisions dégagées par le dialogue national.

Donc, pour vous, le hirak doit réaliser des pas concrets pour aller vers la solution qu’il souhaite…

Evidement que oui ; et pour ce faire, il doit obligatoirement désigner ses délégués. On parle de dialogue, mais quel dialogue ? Dialogue entre qui est qui ? C’est le hirak qui a imposé l’idée du dialogue et il doit être la partie essentielle du dialogue ; à la condition qu’il doit agir vite.

Nous avions vécu par le passé une situation où le « système des clans » qui sévissait avait souvent fait détourner la contestation populaire pour son propre profit. Aujourd’hui, cela ne doit pas se renouveler, et heureusement, le hirak a été assisté dès le début par l’institution militaire, ce qui a interdit toute velléité de récupération partisane ou politique, c’est important de le souligner.

LIRE AUSSI SCIMAT: les tunisiens de SAFAS s’installent dans la durée

Ce contenu n’est accessible qu’aux membres du site. Si vous êtes inscrit, veuillez vous connecter. Les nouveaux utilisateurs peuvent s'inscrire ci-dessous.

Connexion pour les Utilisateurs enregistrés
   
Nouvel utilisateur ?
*Champ requis