La françalgérie des mallettes: Comment les réseaux français ont pourri l’économie algérienne…

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Par Zoutale F.

Quand on pointe un doigt accusateur sur les réseaux d’affaires de la « françalgérie », les « sarko-trafiquants », réseaux de l’ancien président français Nicolas Sarkozy, allié à la pire pègre politique de l’Hexagone, reviennent immédiatement à l’esprit ; encore aujourd’hui largement pointés du doigt pour diverses affaires impliquant des sources occultes de financement, ces réseaux, toutefois, n’ont que très peu de relation avec Alger de 2019. Avec Macron, ces réseaux sont passés à la vitesse supérieure.

En fait, l’expression « françalgérie » renvoie à une autre, son ainée, la « françafrique » et qui désignait, et désigne toujours, de manière fort péjorative, la relation spéciale entre l’Elysée et les dirigeants africains, ou les réseaux d’affaires des Etats africains lorsque certains président ne sont pas disposés à privilégier Paris. Cette relation spéciale s’opère toujours, on s’en doute, au détriment des Etats et des peuples africains. On qualifie aussi ces réseaux de néo-colonialistes, puisqu’ils font en sorte de laisser la France agir dans leur pays comme au « bon vieux temps de la colonisation ». Cette tradition d’entrisme et de manipulation des réseaux d’affaires et des dirigeants africains remontent au général de Gaulle, à la période de décolonisation (1954-1962) et à son homme-lige Jacques Foccart, appelé « Monsieur Afrique », et qui fut pendant de très longues années secrétaire général de l’Élysée aux affaires africaines et l’un des fondateurs de la «françafrique ».

Donc, lorsqu’on use du terme « françalgérie », les revois historiques, politiques et économiques ne changent pas beaucoup, et on demeure toujours dans la conception de la « françafrique ».

Cette « soft » entrée en matière nous permet de revenir à l’essentiel : où en est-on aujourd’hui, à un moment où l’Algérie découvre, lucide et stupéfaite à la fois, comment fonctionnait la « planète Boutef », comment se gavaient ses oligarques et de quels manières et par quels biais les réseaux français prenaient les meilleurs parts ?

Face à cette « françalgérie » insaisissable, restait à débusquer ses réseaux inconnus, les plus récents, les moins connus, ceux qui ont actionné les Bouchouareb, Haddad et notre clique locale. Dans les profondeurs de cette « françalgérie » évanescente existe un univers indescriptible, celui des transferts de fonds et des mallettes d’argent entre Paris et Alger, celui des contrats juteux et des intercessions intéressées.

Avec une remontée spectaculaire des prix du baril sur les marchés pétroliers à partir de l’année 2000, l’Algérie devait engranger sous Bouteflika un pactole de plus de 1000 milliards de dollars ; ce trésor, hélas, devait aussi mettre en chasse toute la meute des prédateurs occidentaux, spécialement français, toujours les premiers à savoir au centime près ce qu’il y a dans notre cagnotte nationale. Avec des projets colossaux lancés, des chantiers ouverts tous azimuts, la chasse aux contrats était lancée et les réseaux d’affaires français allaient carburer à plein régime.

Il n’y a pas très longtemps, nous avions mené une enquête sur l’ascension fulgurante de Renault en Algérie. Parallèlement, nous terminions une autre, de moindre importance, sur la société d’assurance Axa Algérie. Nous n’avions pas abouti, il est vrai, à des résultats décisifs, mais certains points ressortaient et forçaient l’attention, dont principalement, la présence à la tête de ces entreprises de chefs affiliés à des sociétés initiatiques. Presque en faillite à l’époque, Axa a vite fait de renflouer ses caisses en Algérie, dans le même temps où la marque au losange enregistrait des sommets de bénéfices qui dépassaient toutes les prévisions. A la tête de ces deux entités Laurence Boone et Daniel Keller.

L’énigme Axa

La première, économiste spécialisée en macro-économie, était conseillère économique de François Hollande de 2014 à 2016, et avait tissé de solides réseaux en Algérie au profit de Axa, alors défaillante, avant d’aller prendre le poste de Chef économiste, un poste de haut grade à l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’OCDE, un organisme international qui observe les échanges commerciaux entre pays. Boone a été désignée au poste stratégique de Chef économiste AXA et sa filiale AXA Investment Managers, alors qu’AXA Algérie était au plus mal et mentionnait dans son bilan 2016, publié par Atlas Magazine, la revue d’information d’Atlas Conseil international (ACI), un déficit de 701,4 millions de dinars (plus de 6 millions de dollars), à fin décembre 2016. Détail à saisir au vol : Boone était membre participant de Bilderberg, comme témoigne sa présence dans ce club hyper-fermée de la haute finance en 2015, aux côtés de l’ex-président de la Commission européenne José Manuel Barroso, l’ancien diplomate américain Henry Kissinger (Secrétaire d’Etat sous Nixon), l’ex-patron de la CIA David Petraeus et l’ancien chef de la Banque Mondiale, Robert Zoellick. Sous son aile, Axa Algérie allait retrouver sa brillance et remplir ses caisses, affreusement vides en Algérie.

Le second, Daniel Keller, Grand maitre du Grand Orient de France et PD-G de Renault, pouvait s’adosser à l’entregent et les appuis hyperpuissants des loges. En fait, tous ceux qui font des passages à l’Elysée se retrouvent à la tête de grandes sociétés économiques et partent continuer la même mission d’Etat avec toujours l’appui de l’Elysée. Le même topo est reproduit par exemple avec Julien Pouget, membre du cabinet du chef de François Hollande, partit plus tard rejoindre l’entreprise Total pour de hautes responsabilités. Renault Algérie a enregistré des pics de ventes et des bénéfices jamais égalés sous Daniel Keller, directeur commercial, puis DG de l’entreprise jusqu’à 2016.

La françalgérie carburait sous Sarkozy et Hollande, mais présentait des aspérités et cumulait les scandales. Sous Macron, elle allait prendre des tournures plus insaisissables, moins ostentatoires, mais plus enracinées. Avec Emmanuel Macron, lui-même issu de la banque d’affaires Rothschild, le système des réseaux va se renforcer, s’approfondir et se dilater dans tous les sens, comme expliqué dans « L’ambigu Monsieur Macron » du journaliste d’investigation Marc Endeweld, puis dans son autre livre « Le grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron». Avec « la République des mallettes », de Pierre Péan, cette trilogie livresque pouvait cerner la françalgérie dans certains de ses plans, mais pas dans son ensemble.

Au terme d’une enquête minutieuse, le journaliste Marc Endeweld revient sur les liens que le Président français aurait établis en Algérie et dévoilait le nom de deux oligarques, les hommes d’affaires influents Ali Haddad et Issad Rebrab, qui auraient contribué à renforcer cette françalgérie jamais percée à jour.

Lobbys et agents d’influence

Macron est certainement le président français qui a su utiliser le mieux l’opinion. Utilisée sous forme d’information, entre Paris et Alger pour le seul bénéfice de la France. Pour un homme qui a passé sa vie dans une banque, le souci du gain rapide est naturel. Ainsi, pour affermir son influence sur l’économie algérienne, il a usé d’autres réseaux que la seule finance : les médias. Et pour arracher des contrats juteux, il n’est pas parti se les « arracher avec les dents », pour reprendre une formule chère à Sarkozy, mais il a usé de méthodes plus douces : armes intelligentes pour guerre économique tranquille, serions-nous tentés de dire. Des réseaux non avouables faits de lobbys, agents d’influence, communicants, intermédiaires, intercesseurs, mais surtout de soutiens locaux  « sans tablier »  et des loges maçonnes. Sa proximité avec Jacques Attali, Drahi et Alain Minc est avérée et assumée.

En Algérie, c’est par le biais d’une certaine presse, qui existe aussi bien en format papier qu’en version électronique et audiovisuel, que les réseaux français ont fait florès. François-Aïssa Touazi est l’un de ces agents français qui aurait agi puissamment pour influencer le cours de l’opinion pro-française en Algérie. François-Aissa Touazi est franco-algérien et fils de harki, assure-t-on en France ; il est aussi cofondateur du think tank CapMena, basé à Paris, et se présente comme un expert du monde arabe. Il a souvent accompagné Emmanuel Macron lors de ses voyages à Alger. Cet ancien «conseiller pour le Maghreb» de Douste-Blazy est aujourd’hui un des pivots centraux de la « Macronie », cette planète autour de laquelle gravitent agents d’influence et membres de l’équipe Macron.

De Touazi à TSA

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Toulouse et de l’École des hautes études en sciences sociales, Marc Endeweld n’est pas psychiatre, et de ce fait, il ne fouille pas dans les consciences, mais dans les documents accessibles. Ainsi, en fouillant attentivement dans le passé de Touazi, il lui trouve un lien de parenté… avec qui ? Avec le patron de TSA, Lounès Guemache. Cela peut laisser interdit mais les faits sont là : si les paroles s’en vont, les écrits restent, dit l’adage. En faisant en sorte de ne pas croire en ce que dit Endeweld dans « Le Grand Manipulateur : Les réseaux secrets de Macron », on fouille à notre tour dans les propres écrits des Guemache   depuis une dizaine d’année pour essayer de trouver des pistes ; et des pistes, il y en a plein. Même quand l’un des Guemache était un journaliste anonyme au « Quotidien d’Oran », on lui trouve des affinités avec Touazi. Les Guemache ont été pratiquement les premiers et rares journalistes à avoir fait la promotion de Touazi en Algérie. Déjà, en 2007, sous le titre pompeux « Les grandes écoles françaises bientôt en Algérie » (Le Quotidien d’Oran du 27/01/2007), Hamid Guemache, le frère de Lounès, écrivait d’un ton péremptoire : « L’Algérie se tourne vers la France pour la formation de ses élites. Après la création réussie de l’Ecole supérieure des affaires d’Alger (ESAA) en 2004, les deux pays discutent sur de nouveaux projets. Alors que l’école franco-algérienne de médecine et un Institut supérieur des technologies devraient bientôt voir le jour, ce sont les grandes écoles françaises qui commencent à s’impliquer ». Puis : « Conduite par Aïssa-Alexandre Touazi, conseiller du ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, la délégation a, durant trois jours, discuté avec des écoles algériennes sur de nombreux projets destinés à la formation des élites de notre pays ».  Puis enfin de faire parler Touazi himself : « Il y a un véritable engouement de la part des écoles françaises pour établir des partenariats avec les écoles algériennes».

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C’était il y a douze ans, avant la création de Tout sur l’Algérie (TSA), qui devait vite s’imposer dans le paysage médiatique algérien comme un média incontournable. Avec la création de TSA, Touazi bénéficiera d’une tribune permanente et d’une promotion dont ne se départiront pas les Guemache. Les Guemache étaient aussi les premiers à avoir transcrit de manière correcte son nom : Aïssa-Alexandre Touazi, et non Alexandre-Aïssa Touazi, se conformant à ses pièces d’identité. De ce fait, quand Marc Endeweld affirme que Touazi est cousin des Guemache de TSA, on peut lui trouver des arguments solides.

Ce qui explique dès lors, un peu, mais pas totalement pourquoi le président Macon avait choisi de donner un entretien à TSA, le 6 décembre 2017, alors que ce dernier pliait sous le bras-de-fer qui l’opposait aux autorités algériennes ; en lui donnant un entretien en exclusivité, Macon délivrait au clan Bouteflika un message clair : « Ne touchez pas à nos amis !». En visite de travail et d’amitié à Alger, Emmanuel Macron avait accordé un entretien vidéo à TSA, dans lequel il a abordé la mémoire commune, les visas, l’immigration, et, pour faire simple, il a encensé le rôle de l’Algérie dans la région et a évoqué la lutte contre le terrorisme.

L’entretien n’a pas été uniquement un coup de pub pour Tsa, mais il a permis à Macron de délivrer des messages « dans la rue », à deux mètres de l’historique Milk-bar d’Alger.

Le rôle des télécoms

Chasse gardée par excellence de la « macronie », les médias et les télécoms. On retrouve tout un monde interconnecté entre Alger et Paris, mais qui ne travaille pas, hélas, pour le seul bénéfice de l’Algérie. Au cœur de ce dispositif, figure l’inquiétant Drahi.

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Proche des élites économiques et politiques françaises, Patrick Drahi, franco-israélien né au Maroc, magnat des affaires, « phagocyte » directement ou indirectement, par le biais de ses alliés, les télécommunications des pays voisins.  Président-fondateur de la multinationale spécialisée dans les télécommunications et les réseaux câblés, principal actionnaire de l’opérateur français Altice France, de Virgin Mobile, de l’opérateur israélien Hot, mais aussi à Portugal Telecom, « Altice Dominicana » et l’américaine « Altice USA ». Drahi est aussi, par le biais de « Altice France », propriétaire de plusieurs médias dont Libération, L’Express, BFM TV et RMC, soit un empire médiatique gigantesque et agressif à la fois, et qui lui permet de faire pression sur n’importe quel Etat.

C’est dans ce sillage que Vivendi envisageait le rachat d’Orascom Telecom Algérie dans le cadre d’une alliance avec le groupe algérien Cevital, avant que la transaction ne soit abandonnée. On avait parlé à l’époque d’une rencontre discrète qui aurait réuni un important membre du conseil d’administration du premier groupe européen de médias et de divertissement, Mehdi Dazi, d’origine algérienne, à Alger, avec Issad Rebrab. Mehdi Dazi a été pendant un certain temps la face visible et agissante de ces réseaux d’affaires affiliés à des entités isréliennes, puisqu’il était aussi connu pour sa proximité avec Naguib Sawiris et… l’israélien Phillipe Hababou Salomon.

Réseaux maghrébins

Dans cette même planète, la « Macronie », aux côtés de Touazi, on retrouve deux autres « cautions » : Nicole Guedj, avocate et présidente de la Fondation France-Israël, et Laurence Haim, ancienne correspondante d’iTélé à Washington, proche de Netanyahou. On se serait édifié si l’on pouvait avoir des informations supplémentaires sur un homme comme Bennalla, qui a été admis pour des missions spéciales dans la Planète Macron. Bennalla a fait plusieurs missions en Afrique et a été cité dans des affaires plus obscures les unes que les autres. Ce Marocain d’origine possédait un entregent assez conséquent dans les pays maghrébins et il a été dans la proximité de plusieurs oligarques algériens en 2017 et 2018. Mais les informations sur sa véritable fonction auprès de l’Elysée fait partie des secrets de l’Etat français, et tout ce que l’on sait sur lui n’est que la partie insignifiante de l’affaire. Benalla a été aussi très proche de Rebrab, par le biais de sa société de sécurité, Velours. Après son éviction de l’Elysée, dans le sillage de l’affaire qui porte son nom, Benalla a été récupéré par le franco-israélien Philippe Hababou Solomon. Comme l’a révélé le journal Le Monde, c’était en compagnie de cet ancien conseiller spécial de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma qu’Alexandre Benalla s’est rendu au Congo-Brazzaville, au Cameroun puis au Tchad. En France, la polémique sur son déplacement avec un passeport diplomatique a éclaboussé l’Elysée, mais les enjeux étaient ailleurs.

En réalité, Benalla travaillait en sous-main pour Solomon. Celui-ci, né en Tunisie de parents juifs, était proche des milieux d’affaires et lui-même était devenu un intermédiaire dans les dossiers politiques et économiques délicats. Ami de Bernard Tapie lorsque celui-ci était au sommet de sa gloire, mais aussi de plusieurs présidents africains, dont l’ancien président centrafricain, François Bozizé, et était même devenu le conseiller spécial du président sud-africain Jacob Zuma. La véritable fonction de Solomon était de défricher le terrain politique et économique pour le Mossad. On le retrouve un certain temps consul de la République Centrafricaine en Israël. Un article de « Jeune Afrique » expliquait avant tout le monde la face sulfureuse de Solomon et comment et dans quelles conditions il avait connu Benalla. Solomon travaille aussi pour le compte du Qatar, en lui ouvrant les portes économiques et politiques en Afriques, au Tchad, et de manière plus générale au Sahel, c’est-à-dire aux portes sud de l’Algérie.

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Répertorié dans le fichier des hommes les plus influents entre Paris et Alger, Farid Belkacemi, un franco-algérien qui a fait fortune dans la Bourse, a été un proche de certains patrons d’entreprises algériennes.

Nostalgie de l’ENTV

Arrivés à ce seuil de l’information, on comprend dès lors un petit peu le pourquoi de la frénésie des patrons algériens « adoptés » par les réseaux de la « françalgérie », à monter un média, dans sa version papier, sous le format électronique ou en support audiovisuel. Pratiquement tous les gros bonnets de la place d’Alger ont eu recours à des chaînes de télévision pour se mettre en relief ou former une opinion favorable à leurs idées, ou même à leur propre personnage. La privatisation de l’information par le biais du rachat par les oligarques des grands titres devaient mettre l’information sous le boisseau et maintenir dans le même temps les Algériens en sous-information. Entre 2015 et 2018, des tonnes d’informations, sans aucune utilité, ont dès lors noyé l’Algérien pour opérer un formatage « à la demande ». On comprend aussi depuis lors l’abrutissement quasi-généralisé programmé qui a caractérisé les médias lourds durant ces dernières années, au point de faire renaitre la nostalgie de l’ENTV.

Autre « Monsieur » de la sphère Macron, Maurice Gourdault-Montagne, un diplomate français de carrière et secrétaire-général du ministère français des Affaires étrangères et proche de Driencourt. Ses entrées à Alger auprès des diplomates et des « réseaux utiles » pour la France sont remarquables. Souvenez-vous en, c’était ce Gourdault-Montagne, alertait déjà le « Canard Enchaîné », qui a été accusé d’avoir permis la présence du très controversé Alexandre Djouhri à un diner donné en l’honneur de Macron, lors de sa visite en Algérie. Plus tard, on dira faussement que Macron n’a pas aimé la présence suspecte de Djouhri, homme-lige et champion des intercessions secrètes au profit de la France en Algérie. Mais l’ambassadeur français, Xavier Driencourt dira quand même : « Je reconnais que je n’ai pas fait preuve de discernement dans cette affaire dont je ne suis pas très fier. J’ai juste accepté la proposition de mon ami M. Gourdault-Montagne. ». L’affaire sera bouclée rapidement, car l’Elysée a toujours reconnu en aparté que Djouhri a rendu d’inestimables services à la France, pour reprendre Dominique de Villepin. Pourtant, l’office anticorruption chargé de l’affaire des financements libyens avait transmis dès le mois de décembre 2016 à la Direction de coopération internationale (DCI) du ministère de l’intérieur « une demande aux fins de confirmer les éléments de localisation d’Alexandre Djouhri en Algérie, en vue de solliciter son interpellation par les autorités algériennes ». Mediapart en donnait l’alerte dans le sillage du « Canard Enchaîné ».

Du Medef au FCE

Seules les investigations contenues dans les ouvrages cités, « L’ambigu Monsieur Macron », ou «Le grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron» de Marc Endeweld, «Un Etat dans l’Etat» de Sophie Coignard, ou encore « la République des mallettes », de Pierre Péan, ainsi que certains articles de presse de journalistes qui ont fait un travail sérieux, ont pu laisser entrevoir ce monde opaque : univers glauque, acteurs insaisissables et plans secrets. La partie qui demeure sous l’eau est plus inquiétante encore, bien que les frémissements de surface renseignent sur les vibrations menaçantes des profondeurs.

Proche de la « macronie », le Mouvement des entreprises de France (Medef) agit en véritable catalyseur des réseaux d’affaires algéro-français. Ayant totalement infiltré le FCE algérien, à qui il a soufflé l’idée d’en faire un syndicat patronal, le Medef, qui se réclame de 750 000 entreprises adhérentes, possède une influence considérable dans le débat social français, en se posant comme le porte-parole des entrepreneurs français auprès de l’État et des organisations syndicales.

Les multiples visites de ses principaux représentants en Algérie témoignent d’une influence significative auprès des ministres algériens successifs, notamment ceux de l’Industrie et du Commerce extérieur.

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Le côté inquiétant de ce Medef est que ces chefs sont dans leur majorité affiliés des loges maçonniques, et par ce biais, leur puissance agissante, aussi bien dans les affaires que sur le débat social algérien est en même temps très forte et quasiment invisible.

Sous le titre de « Paris : 40 000 frères y infiltrent les grands groupes, les syndicats et la haute administration », Capital, dans son édition du 9 février 2010, dévoilait des chiffres ébouriffants su la capacité d’agir « de 40 000 maçons », dont « les plus puissants sont installés au cœur des institutions de la République, de la haute administration et des grandes entreprises ». Et de citer les pontifes des loges parisienne, dont certains, comme nous allons le constater, sont connus pour leurs affinités avec des patrons algériens ; nous citerons Bertrand Delanoë, le maire de Paris, affilié au Grand Orient de France (GODF), Jacques Dermagne, président du Conseil économique et social depuis dix ans, plusieurs membres du gouvernement, comme Brice Hortefeux et Patrick Devedjian, etc. « Les frères n’ont pas hésité non plus à investir les organismes patronaux, affirme Capital. Le Medef et la CGPME en sont de véritables réserves. A titre d’exemple, 20% environ des membres de la GLNF seraient chefs d’entreprise ».

Au temps de Sarkozy, le Medef était plus présent en Algérie par le biais de ses chefs, alors que Macron préfère la discrétion absolue de ses seuls collaborateurs, qui, eux, font tourner la machine économique par le biais des réseaux d’affaires.

Ce même réseau Medef, qui joue très souvent le rôle d’interface entre Alger et Paris, encourage les officiels algériens, ainsi que les chefs d’entreprise à s’installer en France. Les facilitations auxquelles accèdent ces patrons algériens dans leur souhait d’acquérir un bien immobilier, renseignent sur leur « prise en charge » par la France officielle.  Rien ne leur est interdit, tout leur est toléré. On n’est plus alors regardant sur la provenance des millions d’euros entre les mains de ces Algériens, alors qu’ils ne possèdent aucun commerce dans l’Hexagone, ni en Europe pour justifier les sommes faramineuses entre leurs mains et qui servent à ficeler vite la transaction. De ce fait, et donnant-donnant, les facilitations d’accès au logement VIP à Paris impliquent des concessions en Algérie, sur le dos du Trésor public, il va sans dire, par le biais de connivence et de complaisance dans l’octroi de contrats et de concessions…

L’investissement du culte

Comme nous l’avions à peine effleuré au début de l’article, sans y prêter attention, le sujet des patrons « initiés à la lumière » est un sujet aussi inquiétant que tabou. Il serait judicieux, puisque nous y sommes, d’aller faire un tour de ce côté précis. A Marseille, la loge « Bélisaire », qui a fonctionné en Algérie pendant très longtemps, et qui n’a été mise en sommeil qu’en…1984, retrouve ses marques et séduits les Algériens dont beaucoup de chefs d’entreprises sont soit des membres à part entière, soit des membres « sans tablier », c’est-à-dire qu’ils servent la cause sans qu’ils y soient admis. A Alger, les diners des élites économiques et des médias avec la fine fleur des salons parisiens font florès. Et ça magouille « en toute convivialité ». Le Rotary Club d’Alger en est un. Présent en France à travers 950 clubs réunissant 34 000 membres dont des dizaines d’Algériens, ses avatars algériens font le jeu économique des Français à leur insu très souvent, et s’insèrent dans ce monde de la haute classe sans en connaitre les objectifs. Plus souvent engouffrés dans ce type de clubs fermés par souci de frimer ou de faire des rencontres d’affaires, ils ne jugent pas utiles de remonter plus haut dans les grades des loges pour en savoir plus. Ce type de réseaux avait infiltré les élites jusqu’à atteindre pratiquement la proximité de la présidence de la République.

Mais, on n’ira pas jusqu’à citer tous les noms des rotariens algériens. Pour le moment, ils disent (et il faut avoir la faiblesse de croire qu’ils disent vrai) professer la convivialité et l’élitisme ; et ce n’est pas une transgression de le faire. Mais ces femmes et hommes rotariens seraient plus édifiés de connaitre leurs pontifes occultes, ceux qu’on qualifie de Maitres Supérieurs, et leurs objectifs avoués et occultes. Nous sommes bel et bien face à un monde glauque et inquiétant dont nous allons vite fermer la porte. Ceux qui préfèrent rester en dehors de la matrice et apprendre plus, il y a des choses à connaitre, des squelettes dans les placards à retrouver et de l’argent du Trésor public algérien à récupérer. Pour ceux qui pensent qu’il y a du rose dans le noir des réseaux français, alors autant leur dire tout de suite que cet article ne leur était pas destiné. Qu’ils retournent dans la matrice, allument la télé et regardent un match de football, puis un film d’action, puis qu’ils se gavent de sucreries et d’infos people. Le monde sera tellement tranquille avec eux…

Le fonctionnement des réseaux d’affaires entre Alger et Paris mérite bien plus d’attention que ces bribes d’informations glanées au prix d’efforts assidus. Chaque empan de vérité gagné sur la conspiration du silence permet à l’Algérie, sinon de récupérer ses milliards de dollars, au moins de faire en sorte que la prédation contre les Algériens cesse…

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