Justice: les bourreaux des corrompus occupent la Cour d’Alger

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Belkacem  Zeghmati et Faycal Bendaas seront installés ce dimanche 19 mai, respectivement au poste de Procureur général près de la Cour d’Alger et à celui de procureur de la République près le Tribunal de Sidi M’hamed (Alger).

Ces nominations interviennent au moment où les deux instances de la justice mènent une offensive inédite dans la lutte contre la corruption. Elles interviennent également suite à la nomination, mardi dernier, de Tarek Kour au poste de président de l’Organe national de prévention et de lutte contre la corruption (ONPLC), en remplacement Sebaibi Mohamed, relevé de ses fonctions en date du 2 mai courant.

Tous ces cadres de la justice ont un point commun: ils ont été victimes du système Louh et de la mafia du système qui a presque institutionnalisé la corruption et le trafic d’influence pour accéder aux richesses du pays.

A commencer par Belkacem Zeghmati qui a eu le courage et l’honnêteté de lancer publiquement le 12 août 2013, un mandat d’arrêt international contre Chakib Khelil, ses enfants et son épouse ainsi que contre le sulfureux Farid Bedjaoui. Ces mesures ont été  prises à la suite de l’instruction de l’affaire Sonatrach II.

20 jours plus tard, soit le 11 septembre 2013, Tayeb Louh est nommé au poste de ministre de la justice avec pour principale mission de museler le procureur général d’Alger, Belkacem Zeghmati qui a osé s’attaquer à Chakib Khelil. L’affaire Sonatrach II est tout de suite étouffée. Un vice de forme est inventé pour rendre caduque la procédure contre Chakib Khelil, qui se trouvait déjà aux Etats-Unis.

Zeghmati résiste malgré tout et mène ses enquêtes avec délicatesse pour ne laisser aucun argument à ses détracteurs.

Le 13 septembre 2015, le général Toufik est limogé et remplacé par le général Bachir Tartag. Un tournant dans l’histoire du pays. Et pour couronner le tout, Tayeb Louh s’arrange pour faire coincider cet événement avec le limogeage de Belkacem Zeghmati de son poste de Procureur Général près la Cour d’Alger.

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La presse des bas fonds, soumise aux ordres de Tayeb Louh et de Said Bouteflika mène alors une campagne inédite pour l’Etat civil et ne taris pas d’éloges sur les « qualités professionnelles du nouveau patron des services de renseignement ».

ennahar

Quant à lui, Belkacem Zeghmati a eu droit à des séances de lynchage politique sur la chaîne Ezzigou qui a consacré des heures et des heures de diffusion sur cet homme qui n’a fait que son travail de lutte contre ceux qui ont pillé les richesses du pays. Au final, cette campagne n’avait d’autre buts que la seule réhabilitation de Chakib Khelil qui a marqué, quelques mois plus tard, un retour triomphal au pays.

Tous des victimes de Tayeb Louh

Pareil pour le nouveau procureur de la République, Fayçal Bendaas qui a souffert le martyrs ces dernières années pour avoir refusé d’appliquer la loi selon la version de Tayeb Louh. Ce garçon, qui a toujours défendu son indépendance, est maintenant à la tête du parquet le plus sollicité du pays. A Sidi M’hamed, il est appelé à lutter contre les corrompus et tous les cercles des oligarques qui ont pillé le pays.

Fayçal Bendaas est appelé également à rétablir la justice au profit des personnes qui ont été lésées par le système Louh. Des centaines, voir des milliers de citoyens ont été jugés et injustement condamnés sur la base de simples appels téléphoniques.

Pour sa part, Tarek Kour, le nouveau patron de l’office anticorruption n’ pas été épargné de l’hégémonie de Tayeb Louh et de son clan. Ce magistrat qui vient de fêter ses 42 ans, est titulaire de plusieurs diplômes, dont la plupart ont été obtenus avec le bonus de major de promotion. Même, lors de son doctorat obtenu aux Etat-Unis, Tarek Kour n’a pas laissé passer l’occasion d’impressionner ses encadreurs et le jury devant lequel il a défendu sa thèse.

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Son malheur est d’abord d’être natif de l’est du pays et d’afficher son entêtement à respecter les lois de la République. Deux critères que Tayeb Louh et ses proches détestent en entendre parler.

Une compétence de classe mondiale

Après deux expériences malheureuses aux tribunaux de Khenchela et de Constantine, Tarek Kour a compris qu’il était rejeté par le système Louh et qu’il devait accepter la fatalité avec une certaine philosophie. Mis à l’écart pendant des années, Kour n’a pas perdu son temps puisqu’il a consacré toute cette traversée du désert à la perfection de ses connaissances dans le domaine du Droit.

Mort-né, l’office de la lutte contre la corruption est appelé aujourd’hui à jouer pleinement son rôle et de diligenter avec fermeté les enquêtes sur la dilapidation des biens publics.

De l’avis de tous, les trois mousquetaires n’ont aucune intension de se livrer à des pratiques de vengeance. Bien au contraire, ils tentent d’inspirer la sérénité dans ce qu’ils vont entreprendre.

Mais, au-delà, gare à celui dont le nom est cité dans les affaires qu’ils traitent. Nul n’est plus à l’abri.

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