Italie: Sonatrach achète une raffinerie qui a l’âge de son P-dg

Sonatrach a annoncé avoir acquis une raffinerie construite en 1948

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Construite en 1949, la raffinerie d’Augusta, qui souffre d’accidents continus et d’incendies depuis 2008, a été achetée par Sonatrach.

Sonatrach vient d’acquérir auprès de Esso Italiana, filiale italienne de la major  Exxon mobil, la raffinerie de Augusta (Sicile) et les terminaux pétroliers de Augusta, Palerme et Naples ainsi que leurs systèmes d’oléoducs associés. Le transfert de propriété, selon le communiqué diffusé par la compagnie nationale à l’occasion, interviendra à la fin de la l’année en cours. Dans ce contexte, il convient de souligner l’opportunité d’une telle acquisition, réalisée dans le cadre d’une procédure de mise en vente concurrentielle engagée par Exxon Mobil qui a commencé dès 2015 à réduire ses actifs à faible marge en taillant à grands coups dans ses activités de raffinage et de distribution. C’est d’ailleurs la stratégie suivie par l’ensemble des majors pétrolières dans une conjoncture de remontée des prix du brut.

En effet, les marges dans le raffinage ont culminé en 2015 mais se sont dégradées depuis, amenant Chevron, Shell, BP et Exxon Mobil à vendre ces deux dernières années des capacités de raffinage américaines représentant plus d’un million de barils par jour. La conjoncture étant favorable pour réaliser d’importantes plus-values  en cédant les raffineries –le raffinage est resté un segment rentable durant les deux années difficiles qu’a connu le marché pétrolier à partir de fin 2014 et les sites peuvent donc se vendre à un prix relativement élevé, supérieurs à ceux des actifs de prospection et de production–, Exxon Mobil aura réussi un autre bon coup avec Sonatrach. En cédant la vieille raffinerie de Augusta, la major et contrairement à ce qu’elle avait entreprise en Afrique où elle a cédé la majorité de ses stations-services, elle garde l’avantage de la distribution en Europe et pourrait racheter à Sonatrach ses produits raffinés à bas prix puisqu’elle continue à avoir un important réseau de distribution en Italie.

Une transaction problématique pour l’Algérie


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Ceci dit, outre les parts de marché de la raffinerie de Augusta en matière de commercialisation des carburants que Sonatrach n’a pas su négocier dans le package – l’accord ne garantit les sources de revenus que pour les huiles de base à travers un contrat d’offtake de 10 ans concédé par Exxon Mobil parce qu’elle impose à Sonatrach de reprendre la production de ces huiles–, c’est l’installation elle-même qui pourrait devenir problématique pour la compagnie nationale. La raffinerie en question, l’une des plus vieille en Italie nécessiterait des opérations pointues d’entretien vu son âge avancé : près de 70 ans. C’est que le marché algérien ne peut absorber l’ensemble de la production de la raffinerie dont la capacité est de l’ordre de 8 millions de tonnes/an. Les importations algériennes de carburants ne dépassent pas les 5 millions de tonnes/an et Sonatrach, qui est en train de construire de nouvelles raffineries en Algérie, aura à gérer, dès cette année, les conséquences des surcapacités de raffinage sur le marché européen où la compagnie nationale n’a aucune emprise sur le réseau de distribution. Au meilleur des cas, elle braderait ses produits raffinés au profit de Exxon Mobil elle-même. Et, sous-utilisera les capacités installées de cette raffinerie et ne pourra donc rentabiliser l’investissement qui est de 700 millions de dollars selon le chiffre révélé par l’un des relais médiatiques de la compagnie, avant l’expiration du contrat d’offtake des huiles de base.

Il convient enfin de rappeler que Sonatrach attend la livraison de la raffineries’image de la raffinerie de Baraki lancé le cadre d’un programme initié par Chakib Khelil pour la réhabilitation des raffineries existantes. Elle a également lancé un autre programme pour la construction de trois nouvelles raffineries, des projets qui traînent depuis quelques années déjà et il n’y a visiblement aucune volonté à les faire aboutir. Sonatrach, qui a indiqué dans le communiqué diffusé à l’occasion de cette acquisition qu’elle «entend également établir et nourrir un dialogue ouvert et permanent avec l’ensemble des parties prenantes dans cette opération»–c’est-à-dire, le syndicat monté au créneau pour faire valoir les droits des travailleurs–, aura certainement à gérer des conflits sociaux dans la mesure où l’absence d’un marché pour les produits de la raffinerie d’Augusta est une menace à prendre au sérieux pour les emplois qu’elle s’est engagée à maintenir.

Bref, une nouvelle raffinerie de la taille de celle de Augusta coûterait au bas mot quatre milliards de dollars. Si Exxon Mobil l’a cédé à 700 millions, c’est qu’elle représentait un actif  toxique synonyme de perte d’argent…  De plus, la raffinerie est  attaquées, tous azimuts, pour son caractère hostile à l’environnement. Plusieurs procès sont en cours et Sonatrach va probablement payer pour les bêtises environnementales de l’américain ExxonMobil.

Il faut noter aussi que c’est la banque française Société Générale qui a été engagée par Sonatrach comme conseiller dans cette transaction.

Habituée au mensonge sous Ould Kaddour, on ignore ce que cette affaire cache à l’Etat et à l’opinion publique.

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