Industrie: un ministère sous haute influence

Zoutale F.

Huit cadres supérieurs et plusieurs autres responsables du ministère de l’Industrie et des Mines ont été convoqués par la Justice. Les ministres de ce secteur non plus n’ont pas échappé à l’intérêt des magistrats enquêteurs : si Abdessalam Bouchouareb fait consensus autour de sa gestion mafieuse du secteur, motivant un mandat d’arrêt international lancé par Alger à son encontre, d’autres ministres sont en train de répondre aux questions des juges instructeurs, dont Mahdjoub Bedda et Youcef Yousfi, cités en tant que témoins dans l’affaire KIA, en attendant que les enquêtes préliminaires aboutissent à d’autres mises en accusation.

Le ministère de l’Industrie aura été, avec celui des Transports, à la lumière de tout ce que la Justice a révélé jusqu’à aujourd’hui, le secteur le plus pourri par la corruption, la concussion, le copinage, la connivence et la complaisance, le trafic d’influence et l’abus de fonction.

Les marchés de l’automobile octroyés de manière illégale ont été dans une large mesure le noyau de cette corruption à grande échelle dans le ministère de l’Industrie ces dernières, du fait que ces marchés généraient des milliards d’euros de gains nets. Il y trois jours, le juge d’instruction du tribunal de Sidi Mhamed a ordonné la mise en détention de quatre cadres du ministère de l’Industrie ainsi que l’ancien directeur du Crédit Populaire Algérien, qui avait accordé des crédits faramineux au groupe de montage automobile Sovac des frères Oulmi.

Dans cette affaire, pas moins de 52 cadres ont été entendus par la justice. L’ancien premier ministre Ahmed Ouyahia a comparu en tant qu’accusé dans le cadre de la même affaire. L’ancien ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, a également été auditionné par la justice, ainsique l’ancien directeur général du CPA.

LIRE AUSSI Mourad Hallis: un autre coup de Mouad Bouchareb

Le ministère de l’Industrie donne l’image, à l’instar de celui des Transports, d’avoir été mis totalement, ou, pour le moins, dans une large mesure, sous influence. Le cas de Abdeslem Bouchouareb est typique de cette situation. Abondamment dans le dernier livre de Marc Endeweld, « Le Grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron », l’ex-ministre de l’Industrie et des Mines entre avril 2014 et mai 2017, s’est réfugié en France, où il possède un appartement, puis au Liban, est aujourd’hui recherché par la justice.

Abdeslam Bouchouareb, alors ministre de l’Industrie, était un interlocuteur régulier de la « macronie », les réseaux d’affaires du président français Emmanuel Macron, mais aussi de son prédécesseur, François Hollande. Mais pas uniquement que les réseaux français. Doté de prérogatives et de missions spéciales pour booster l’économie algérienne et lui permettre de se diversifier, juge et partie dans l’octroi des agréments pour les concessionnaires automobile et des licences d’importation des kits, et de ce fait, devenu une véritable « île aux trésors », le ministère de l’Industrie a été vite phagocyté par une faune de prédateurs insatiables. L’Algérie, soumise à l’influence corrompue et corruptrice de ces réseaux internes, interconnectés à des réseaux étrangers, a été lamentablement poussée vers une fausse industrie de montage de kits automobile, une industrie qui a travaillé à perte, sans jamais laisser percevoir un seul empan d’intérêt pour l’Algérie et pour les Algériens.

LIRE AUSSI Gaïd Salah met en garde contre ceux brandissant des drapeaux autres que l’emblème national