Hirak, résilience, SKD, Etat profond, etc. : les maux pour le dire…

montage électroménager

Le langage est fait de mots, qui eux véhiculent, au quotidien, notre véritable vision des choses et de notre environnement social. Aussi, est-il toujours utile de voir de quel accoutrement nous enveloppons notre langage. Car chaque catégorie de mots, mise en avant, ou, au contraire, mise au placard, traduit soucis, nos désirs et nos dispositions du moment.
Qu’en est-il donc de notre lexique de ces derniers mois, et plus spécialement, depuis le début du hirak ?

Juste avant la chute du système Bouteflika, la mode était au mot résilience. Comme l’économie était à l’honneur, à la faveur de la récession qui a gravement endommagé les articulations du pays, il était de toute première instance de trouver des mots qui pouvaient donner l’impression qu’on en sait plus que les autres. « Résilience » faisait partie de ces mots magiques. Très usité par Sellal, puis par Ouyahia, le mot renvoie à la capacité d’une économie ou d’une zone économique à surmonter rapidement des chocs et perturbations économiques. Sellal et Ouyahia parlaient de résilience pour dire que l’Algérie avaient cette capacité de résister et de dépasser les chocs. C’était de la politique pure, car, et le temps nous donnera raison, les deux chefs de gouvernement n’ont jamais saisi de manière nette ni le sens du mot dans la réalité, ni encore moins avec quels outils ils pouvaient dépasser le mini-choc pétrolier que le pays subissait.

Le hirak est venu à temps nous faire oublier cette catégorie d’hommes qui trônaient dans leurs certitudes là où les meilleurs dirigeants de la planète se noyaient dans leurs doutes.

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Le hirak est devenu emblématique de cette période que nous vivons depuis le 22 février. Mais en réalité, il s’agit d’un « harak » et non pas d’un hirak. On dit il s’est évanoui et n’a plus été capable d’un seul harak, action de bouger. Mais le Harak du Rif et la propagande qu’en faisaient les médias occidentaux déformèrent le mot et le fixèrent sur « hirak ». Lorsque le soulèvement populaire du 22 février survint, le mot était déjà galvaudé et prêt à l’emploi sous cette forme.

Les CKD et les SKD ont été les autres héros, malgré eux, de cette période économique noire. L’industrie algérienne s’est engouffrée sous la « issaba » dans une fausse industrie de montage automobile et de téléphonie, et on importait à gros containers pour des milliards de dinars en kits et accessoires « montables » en Algérie. Le SKD/CKD est un régime préférentiel d’avantages fiscaux accordés au moment de l’importation d’un produit démonté et composé de sous-ensembles (SKD) ou d’un produit complètement démonté (CKD).

Avec la formule SKD/CKD, l’Algérie venait de faire une entrée spectaculaire dans l’univers du leurre et de l’esbroufe. Une fausse industrie prit place dans le quotidien algérien, et lorsque l’illusion d’optique prit finalement, fin, on constata qu’on était devant des usines de montages de rien du tout, entièrement dépendantes des kits importés, et que rien, absolument rien n’a été fait dans le sens de la mise sur pied d’une industrie sérieuse et bénéfique, tant pour l’Etat que pour le peuple.

Les milliers d’Algériens mis au chômage dans les fausses usines de montages pour manque de SKD et en SDK ont maudit ces mots et leurs propriétaires et leurs importateurs…

Reste enfin (la liste est longue, mais nous nous contenterons de peu), le mot le plus fort de cette année : « L’Etat profond ». Inquiétant, vague, imprécis, semblant avancer à visage masqué sous nos pieds, dans les sous-sols, il n’a jamais été sous les projecteurs pour se justifier et rendre compte. Insaisissable et agissant dans l’ombre, il reste le parfait allié des agitateurs et des sectes de conjuration. Aussi, nous allons le tirer du sous-sol où il se terre pour le décortiquer au scalpel.

En fait, l’Etat profond est un concept ancien et nouveau à la fois. Robespierre, quelques jours avant sa mise à mort, avait dénoncé l’Etat profond, ces comploteurs de l’ombre, formant pour ainsi dire un Etat dans l’Etat. En 1962, quelques semaines avant sa mort aussi, JFK dénonçait l’Etat profond, qui détenait selon lui, le véritable pouvoir aux Etats Unis et invitait le peuple à lui prêter main-forte.

Plus près de nous, l’expression est démocratisée par Donald Trump, qui l’utilise à chaque fois qu’il s’en prend aux détracteurs de sa politique. C’est le « deep state » de Trump. En août 2019, Emmanuel Macron critiquait à deux reprises «l’État profond » français à propos des obstacles à sa politique de rapprochement avec la Russie et de la rédaction de communiqués du sommet du G7.

Mais c’était en Turquie que le mot était le plus justement utilisé, par le président Recep Tayyip Erdogan pour critiquer ses adversaires issus de l’ancienne nomenklatura. On peut même dire que le mot est surtout apparu en Turquie. Selon Tancrède Josseran, la paternité de la locution « État profond » reviendrait au Premier ministre turc Bülent Ecevit. Elle désigne au départ selon lui un service précis : la contre-guérilla.

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