Hassi Messaoud donnera plus si on respecte son rythme de production (I)

hassi messaoud

Par REGHIS Rabah (Economiste pétrolier)  

Est-ce le cas ? Le champ de Hassi Messaoud est classé parmi  les  10  super-géants, dans le monde de la stature de Ghawar en Arabie Saoudite, Cantarell du Mexique, Burgan au Koweït et Daqing en Chine pour ne citer que ceux la  Il a été découvert en 1956 et mis en exploitation depuis 1958, en utilisant principalement le balayage par gaz miscible comme méthode de maintien de pression et de récupération améliorée.

Sonatrach  opère ainsi le plus grand projet d’injection de gaz miscible au monde, avec une production à un  taux de soutirage inférieur à 2 %, un des plus bas au monde. Une stratégie qui  vise une production à très long terme à condition de respecter strictement toutes les procédures ainsi que  les principes de conservation et d’optimisation des réserves, en veillant  principalement l’injection de gaz et d’eau en volume et en répartition adéquats.

Les conditions de miscibilité sont strictement respectés et enfin plus globalement en assurant toute la gestion technique et logistique du champ qui devient de plus en plus complexe avec son système réservoir-puits-réseau de surface- installations de surface.

De nombreuses tentatives ambitieuses pour surexploiter ce gisement ont été déjoués pour que ce champ dans ses deux parties, l’une  centrale et l’autre dite  zone complexe poursuivent leur production et donnent le meilleur de lui même. Il faut dire aussi que depuis 2010, date de départ de l’ancien ministre de l’énergie Chakib Khelil  qui a fondé son ambition pour surexploiter ce géant pour atteindre une production de 2 millions de baril par jour, a été vite abandonnée pour revenir au plan de développement initial tout en respectant les caractéristiques petro-physiques des couches productrices et le maintien permanent de la pression du gisement par les travaux de work over. Donc le champ de  Hassi Messaoud a connu des déclins, liés principalement à des problèmes d’exploitations et jamais un déclin fatal  lié aux réserves, en général en phase de plateau depuis des décennies grâce au maintien de la pression par injection d’eau , de gaz miscible, et un programme de forage et de stimulation de puits.

Il  a connu aussi une croissance. Théoriquement si l’on se réfère au plan de redéveloppement aussi bien pour la partie centrale que celle complexe et les upsides le taux de récupération est variable d’une zone à l’autre. Pourquoi ? Les roches géologiques de son réservoir, composé principalement des grés du combrien sont caractérisées par une très forte hétérogénéité. Cette dernière se constate par les différences de niveau de récupération qui atteignent dans certaines zones jusqu’à 40% mais d’autres restent moins productives dans une fourchette allant de 3 à 8%.

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Mais en moyenne le taux n’a jamais descendu moins de 25%, passé à 28  % en 2006 suite à la 3D et des puits horizontaux, à la période 2015 au premier semestre 2017 il devait dépasser 28,5% suite aux études EOR (Enhanced oïl Recovery). « Si ce taux est amélioré de 0,1%, 0,2% à 1% par an, on pourrait récupérer 5 milliards de barils, soit autant que toutes les réserves récupérables de pétrole découvertes en Algérie depuis la loi 86-14 » avait  affirmé un  ancien responsable de Sonatrach  rapporté par  Algérie Watch.(01) Les réserves quant à elle  ont augmenté durant les années 2000 suite à la quasi généralisation du forage horizontal, et des reprises en short radius, avec une stricte gestion de l’injection de gaz et d’eau ayant permis de drainer et de mobiliser et de préserver les réserves. Hassi Messaoud a subi un déclin faible en 2011, lié principalement à la gestion et  à l’exploitation, le déclin  s’est accentué fortement de 2012-2014.Une reprise de la croissance a été réalisée à partir de l’année 2016, avec une mobilisation des réserves. L’année 2018 a malheureusement connu  le retour au déclin Pourquoi justement ?

1- De 2017 à ce jour Hassi Messaoud a perdu prés de 60.000 baril /jour de sa capacité             

En dépit de ses déboires, Chakib Khelil a été appelé en renfort par les Bouteflika pour préparer  un cinquième mandat ne serais ce que par ses orientations et conseils. La première mesure c’est de mettre un des leurs à Sonatrach, caisse principale de financement occulte. En Mars 2017 Amine Mazouzi fut limogé à la surprise générale des organes statutaires du groupe et du Fond Monétaire International (FMI)  qui a considéré cette période comme la plus prospère de l’histoire du mastodonte. Il nomme Abelmounene Ould Kaddour très proche de Khelil mais traîne des casseroles judiciaires pour une affaire d’espionnage mais semble arranger les affaires du cinquième mandat. Depuis Sonatrach a renoué brutalement avec le déclin de ses gisements.

Avec l’équipe en place, incompétente, ayant provoqué la démobilisation du personnel, l’outil de production a été saboté. Pour maintenir un niveau permettant d’honorer la  livraison de gaz, les responsables de Sonatrach  sous la direction de ce P-dg ont décidé d’aller vers le massacre des gisements de Hassi R’mel et Hassi Messaoud. La production de gaz a énormément baissé partout sur les champs gérés par Sonatrach.

Pour compenser ce déclin, les responsables de Sonatrach ont choisi l’option de passer à la violation de la conservation et  préservation des gisements, consistant en le détournement des volumes destinés à la  réinjection, vers la vente. La chute des niveaux des pressions est provoquée par le détournement, au quotidien, d’un volume de gaz destiné à la réinjection pour le maintien de la pression.

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Ce gaz est vital pour les champs de Hassi Messaoud, mais le management de Sonatrach a décidé de le vendre à l’international et sacrifier certains secteurs de Hassi Messaoud. Pour donner une illusion fausse et biaiser les chiffres et le bilan réel de l’équipe. La même chose pour R’hourde El Baguel où des quantités de 6 millions de mètres cube étaient détournés quotidiennement vers les marchés internationaux du gaz. Ait El Kheir a également vu ses champs privés des opérations de cyclage et de maintien de pression. A R’hourde Ennous, sur les 24 millions de mètres cube par jour, destinés au cyclage, conformément au plan de développement approuvé pour la préservation des gisements,  17 millions sont détournés vers le marché de la vente.

Cette situation induit systématiquement une perte immédiate de grandes quantités de condensat et de GPL, ainsi qu’une chute importante de la pression de gisement, ceci provoquera  un épuisement accéléré et irréversible de tous ces gisements avec la perte des réserves qui avaient été mobilisées à prix fort. A Sonatrach, on essaye d’expliquer ce déclin de la production par les retards dans la mise ne production des gisements de Sud Ouest (Touat Gas, Groupement Timimoune et groupement Reggane Nord). Or, l’ensemble de ces projets ne va pas produire plus de 25 millions de mètres cube par jour. (Reggane Nord: 8 millions m3/j, Touat gas: 12,8 millions m3/jour et Timimoun: 4,6 millions m3/jour). En sommes, même si ces gisements commencent à produire immédiatement, il y aura toujours la moitié qui manque sur un déficit déclaré de 50 millions de mètres cube par jour.   (A SUIVRE)                                                                                                    

Renvoi      

(01)-https://algeria-watch.org/?p=10395         

                    

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