Hassi Messaoud donnera plus si on respecte son rythme de production (II)

Par REGHIS Rabah (Economiste Pétrolier)

Durant cette période allant de 2015  au premier semestre 2017, le déclin des gisements des années précédentes a été contrôlé par Sonatrach, arrêté, avec un retour à une croissance soutenue.  Ces efforts ont été obtenus sans investissements majeurs.

2-Pourtant tout allait très bien ! du constat même du FMI

La performance  de Sonatrach, de 2015 au premier trimestre 2017 en termes d’apports et de croissance,  est la plus importante jamais réalisée par Sonatrach du constat même de ses organes statutaires (02). Les réserves d’hydrocarbures restantes à 2016 ont constitué  pratiquement le même niveau que celles de l’année 2005, qui renseigne sur un taux de renouvellement acceptable, des réserves.

Mais à la différence, elles sont plus complexes à produire, et exigent plus d’expertise et une meilleure gestion en générale avec une meilleure maitrise  des coûts. Un plan d’action a été entrepris afin d’augmenter et de mobiliser les réserves ainsi que  les taux de récupération de l’ensemble des gisements. Sonatrach a retrouvé une capacité de production de plus de 200 Millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) à partir d’octobre 2016, et plus de 205 millions de TEP en décembre 2016. Sonatrach  regagne en 2016 sa position de deuxième  fournisseur de gaz en Italie, et de renouer avec sa tradition d’exportateur majeur d’hydrocarbures sur le bassin Méditerranéen et en Europe.

Pour bien illustrer l’importance de la réalisation de Sonatrach en 2016 qui a vu augmenter sa capacité de production de pétrole de 100 000 barils/j sans investissements majeurs : le partenaire Italien  ENI a consenti un investissement de plus de 11milliards de dollars sur plusieurs années, qui lui a permis d’obtenir une production avoisinant 100 000 barils/j en Algérie. (03)

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Parmi les réalisations,  la reprise de la Raffinerie d’Adrar en effort propre, celle de la production à Khrechba le jour même de l’incident  le 18 mars de la même année ,malgré la démobilisation du personnel des partenaires, après la sécurisation du site. La reprise du revamping de la raffinerie d’Alger, la signature du Boosting de Hassi R’mel  III suite à un retard cumulé, le lancement du FEED (Front-End –Engineering-Design) des 3 nouvelles raffineries et acquisition des licences  des procédés de fabrication. Ainsi que la clôture de l’ensemble des contentieux dont la Signature de plusieurs Accords avec  CNPC, SINOPEC, ANADARKO, PERTAMINA, CEPSA, ENI. L’arbitrage international Repsol / SONATRACH sur la TPE, et SONATRACH/MEDEX,  remportés par SONATRACH, a été d’une importance stratégique. (04) (05).

Dans le chapitre de la réduction des coûts, on cite l’exemple de la réalisation  des travaux pour la mise en production en synergie à travers les installations existantes, d’Erg Issaouane et Bourarhat Nord  (gisements en Association Sonatrach/Medex). La forte croissance réalisée par Sonatrach a eu un impact stratégique hautement important pour le pays, cette croissance a permis à l’Algérie de retrouver sa crédibilité et son atout de producteur fiable, en interne et vis-à-vis de ses partenaires et clients gaziers et pétroliers,  et de tout l’environnement international au moment  où le prix du baril était au plus bas, et les activités hors hydrocarbures connaissaient un ralentissement.

Dans sa livraison du 24 octobre 2017, on écrivait (06) »  L’Algérie vient, en effet, d’enregistrer la meilleure performance du Maghreb, mais également de l’ensemble des pays arabes exportateurs d’hydrocarbures, hors cas particuliers des pays en guerre dont la croissance est par définition très fluctuante (Iraq, Yémen et Libye). Ceci confirme donc la tendance positive déjà observée en 2015, année où seuls les Émirats arabes unis avaient fait mieux. » Beaucoup d’efforts  ont été consentis pour tirer profit de la baisse des coûts de certains services comme le forage pour  pouvoir maintenir en même temps le potentiel de croissance et veiller à l’équilibre la trésorerie. Le Bilan  2016, c’est avant tout,  une réussite pour le pays. Le mérite revient à  toutes les femmes et les hommes et cadres de Sonatrach acteurs directs ou indirect, mais aussi à tout l’environnement au sein des institutions de l’état. Certaines analyses, considèrent ces résultats comme étant de simples chiffres de  statistique, considérant même cette réalisation importante et stratégique pour le pays comme une simple fluctuation, et parfois noyant l’année 2016 dans la période de 2007 – 2019.

3- Le déclin servait d’alibi aux cadres qui développaient un discours anxiogène 

Le déclin, très  commenté  durant la dernière décennie, n’est en réalité qu’apparent dont les causes sont multiples, et très loin de constituer l’unique raison invoquée par les analyses, à savoir l’essoufflement et le vieillissement des gisements et le manque d’investissements. La réalité a montré  que ce déclin apparent n’était plus finalement une fatalité à partir de 2015 et 2016 et que les explications sont multiples et diverses, non pas aussi simplistes comme elles sont souvent présentées.

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Le déclin ou la croissance  de la production des hydrocarbures, est loin de constituer donc  un ensemble de chiffres muets, Il s’agit  de conséquences liées à d’abord à des contextes, à des objectifs, à la stratégie de développement et d’exploitation, au degré de sa mise en œuvre, au rendement des opérations, à la technologie, au comportement du réservoir; ainsi qu’au niveau de compétence et d’engagement à tous les niveaux « managérial »  et « opérationnel », sur toute la chaine de l’amont et de l’entreprise. (07) Il est vrai que la grande majorité des champs en exploitation est constituée de gisements  déjà matures.

De ce fait, la seule conclusion immédiate et réaliste,  c’est que le pétrole et le gaz qui reste à produire est plus difficile à exploiter, seule l’expertise, le savoir-faire, la technologie, peut aider à surmonter ces contraintes et pousser au plus loin les taux de récupération tout en réduisant les coûts d’exploitation.

En définitif, Sonatrach peut retrouver sa totale ou partielle, capacité de production à court et long termes, pour peu que les principes de la conservation et de préservation des gisements aient été respectés depuis 2017, mais surtout par une disposition de la ressource humaine tant managériale qu’opérationnelle idoine sur l’ensemble de la chaîne.
Renvois
(02)-https://maghrebemergent.info/algerie-la-croissance-economique-tiree-par-le-rebondissement-du-secteur-des-hydrocarbures/
(03)https://www.algerie-eco.com/2017/03/19/SONATRACH-ambitionne-de-generaliser-lenergie-solaire-champs-petroliers-gaziers/
[04)http://www.afrique-asie.fr/resiliation-des-contrats-avec-medex-une-nouvelle-victoire-pour-sonatrach/    (05)https://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/10/16/article.php?sid=203424&cid=2
(06)-https://infodujour.fr/economie/10401-lalgerie-une-croissance-de-36-en-2016
(07)-https://www.onepetro.org/conference-paper/WPC-32145?sort=&start=0&q=mazouzi&from_year=&peer_reviewed=&published_between=&fromSearchResults=true&to_year=&rows=25#