Gazoduc GME: fin du diktat marocain

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Les autorités algériennes ont décidé de mettre fin au chantage exercé depuis des années par le gouvernement marocain à propos du Gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui relie l’Algérie à l’Espagne via le Maroc. C’est ainsi que nous apprenons que les pouvoirs publics ont décidé de créer une déviation à partir de la localité d’El Aricha (Tlemcen) et brancher le nouveau gazoduc sur le nœud de Beni Saf. La déviation du GME va, en premier lieu, alimenter le gazoduc sous-marin Medgaz, qui relie la localité de Beni Saf à Almeria en Espagne. Dans une seconde étape, il est envisagé le dédoublement de Medgaz comme c’est le cas du gazoduc qui alimente l’Italie via le territoire tunisien.

Donc, au cas où le Maroc refuserait la prolongation du contrat du GME, l’Algérie serrait prête à passer au plan B.

Odieux chantage

Par cette décision l’Algérie aura mis fin à un long processus de chantage engagé par le Maroc depuis plus de deux ans, en laissant entendre qu’il risque de ne pas renouveler le contrat relatif au gazoduc GME qui doit expirer en 2021.

« Le Maroc ne sait pas encore si le contrat du gazoduc sera reconduit, une fois arrivé à terme en 2021 », avait déclaré en novembre dernier, le ministère de marocain de l’Energie et des Mines.

Le Maroc avait, en effet, planifié l’étranglement de l’Algérie en la privant de l’usage de ce gazoduc qui transporte quelque 10 milliards de mètres cube par an vers l’Espagne et le Portugal. Le Maroc lui-même consomme 640 millions de mètres cubes annuellement de gaz algérien à travers l’alimentation de deux centrales électriques.


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Le Gazoduc Maghreb-Europe, baptisé Pedro Duran Farell, est un ouvrage qui part du gisement de Hassi R’mel et rejoint Cordoue en Espagne en traversant le détroit de Gibraltar.

Le diamètre de la partie terrestre du gazoduc est de 48 pouces. La partie maritime est composée de deux lignes de 22 pouces. La capacité de transport était de 8,5 milliards de mètres cube par an initialement, mais elle a été augmentée à 13,5 en 2005. La longueur totale est d’environ 1 300 km, répartie comme suit: le tronçon algérien (Hassi R’mel-El Aricha) 520 km, le tronçon marocain 540 km, le tronçon maritime 45 km et le tronçon espagnol 270 km.

Le gazoduc, qui est entré en service le 1er novembre 1996, a coûté 2,3 milliards de dollars américains. Le contrat d’exploitation de ce gazoduc est de 25 ans. Dès 2021, le tronçon marocain de GME va revenir au Royaume.

En août 2011, Sonatrach et l’office marocain de l’Electricité ONE ont signé à Alger, un accord de livraison de 640 millions de mètres cube de gaz naturel algérien  au Maroc. Le contrat porte sur une durée de 10 ans. Le gaz algérien est destiné à l’alimentation de deux centrales thermiques de l’Office national de l’électricité (ONE), celle de Ain Beni Mathar combinant le gaz et le solaire d’une capacité de 470 MW et celle de Tahaddart d’une capacité de 385 MW.

Le Maroc percevait des redevances de deux types en contrepartie des droits de passage du gaz algérien: en nature (gaz) et en espèces. Depuis 2011, ces redevances sont perçues en nature.

En faisant planer une certaine menace sur ce gazoduc stratégique pour l’Algérie, le Maroc comptait utiliser cette carte comme moyen de pression sur le pays voisin et tenter de le discréditer auprès de ses client traditionnels en Espagne et au Portugal.

La semaine dernière le Maroc avait annoncé qu’il a réalisé avec le Nigéria « des progrès dans le projet de construction du gazoduc de 5 660 km qui reliera les deux pays ». Cette annonce a été faite à l’occasion de la visite de travail de deux jours au roi Mohammed VI  par le président nigérian Muhammadu Buhari.


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Le Maroc et le Nigéria ont signé un accord pour lancer une conception technique frontale (FEED) du gazoduc, qui impliquera les pays que traversera le conduit, notamment dans l’espace Cedeao et prendra en compte la quantité de gaz disponible pour l’exportation vers les marchés européens. Les sociétés publiques du pétrole des deux pays (NNPC pour le Nigéria, et ONHYM pour le Maroc), ont publié une déclaration commune après la signature officielle de l’accord dans lequel elles ont annoncé que la construction couvrira 25 ans, pour un coût global de 20 milliards de dollars.

Autrement dit, le Maroc ne cache plus son intention de ramener  le gaz nigérian vers les clients ouest-européens et faire barrage au gaz algérien qui traverse son territoire.

Dans les calculs marocains, il est question de remplacer les quantités de gaz algérien consommées au royaume par l’apport que peut procurer l’exploitation du petit gisement de Tendrara (à la frontière algérienne, en face de la Wilaya de Nâama). Découvert par la compagnie britannique Sound Energy, le champ de Tendrara devra produire quelque 600 millions de mètres cube de gaz par an.

Le gaz produit ainsi à Tendrara sera acheminé par le Gazoduc GME, à travers une connexion de 20 pouces pour une distance de 120 km, qui devra être réalisée par une société espagnole.

L’avantage du Medgaz

L’Algérie avait prévu ce scénario dès le début des années 2000 et a de suite constitué un consortium avec ses partenaires européens pour la réalisation du projet Medgaz et relier les cotes algériennes à l’autre rive espagnole par un gazoduc sous-marin.

Le projet a été scindé en trois tronçons: Hassi R’mel-Sougueur sur 298 km, SougueurArzew sur 218 km et Mohammadia-Béni Saf sur 122 km. Le tronçon immergé, Béni-Saf-Almeria, s’étale sur une distance de 210 km et une profondeur sous-marine de 2 150 mètres. Ce gazoduc sous-marin a englouti un budget de 418 millions d’euros.

La partie algérienne du Medgaz aura coûté quelque 440 millions d’euros, pour un budget global de 900 millions. espagnoles pour un coût global estimé à 418 millions d’euros.

Depuis sa mise en service en 2010, l’Algérie a assuré une certaine autonomie et réduit sa dépendance au Maroc dans son business avec les partenaires espagnols.

Le poids de Ali Fassi Fihri

Jusqu’en octobre dernier, ce dossier énergétique était géré par un symbole du Makhzen, en l’occurrence Ali Fassi Fihri. Descendant d’une lignée de hauts dignitaires, il est le frère de Taïeb Fassi Fihri,  conseiller royal. Il est également l’époux de Yasmina Baddou, ancienne ministre de la Santé.

Né en février 1955 à Kenitra (Maroc), il était, entre le 4 octobre 2012 et le 24 octobre 2017, directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), établissement public qui a été créé à la suite du regroupement de l’Office national de l’eau potable (ONEP) et de l’Office national d’électricité (ONE). Accessoirement,  Ali Fassi Fihri fut président de la Fédération royale marocaine de football (2009-2014) et avait comme ennemi juré, Mohamed Raouraoua. Principal dirigeant du Widad Athletic Club (WAC) de Casablanca, Ali Fassi Fihri a fait partie, en 2000, du comité de candidature du Maroc à l’organisation de la coupe du monde de football 2006.

Titulaire d’un doctorat en énergétique à Paris, il est désigné en 1994, à l’Office National d’Électricité (ONE) pour piloter tous les projets énergétiques du royaume. En février 2001, il est nommé Directeur Général de l’Office National de l’Eau Potable (ONEP).

Le 3 mars 1998 Ali Fassi Fihri a été décoré Hassan II,  chevalier de l’Ordre du Trône et décoré une autre fois par Mohammed VI , le 20 janvier 2006, Officier de l’Ordre du Trône.

En 2011, c’est lui qui a convaincu le roi du Maroc de l’option de conversion, en gaz, de la redevance perçue sur le gazoduc GME. Et c’est lui-même qui s’est déplacé à Alger pour signer le contrat avec Sonatrach.

C’est également Ali Fassi Fihri qui a préparé la feuille de route du Maroc pour trouver l’alternative au GME.

Avec l’éviction, en octobre 2017, de Ali Fassi Fihri, le Maroc aura perdu du poids. Car son successeur n’a pas les coudées franches pour manœuvrer contre l’Algérie. Le Maroc va finalement hérité d’un tas de ferraille qui ne servira absolument à rien.

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