Gaz de schiste: quand Sonatrach vend l’illusion

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Par Yacine Merzougui

Le débat sur la production des gaz de schiste est de retour avec une touche populiste qui n’apporte rien de bon à la situation du pays. Le débat qui devait rassembler les connaisseurs autour d’une table, est finalement jeté à la rue.
Les experts de service et les « chyatine », qui ont mal défendu ce dossier auparavant, ont décidé de se retirer du débat et chacun reprend discrètement son business politique sur un autre terrain.
Au final, on constate que ce sont les incompétents du secteur de l’énergie et de Sonatrach notamment, qui ont provoqué ce débat houleux.

Incapables de gérer le portefeuille Amont et d’assurer une production en hydrocarbure à même d’assurer une rente conséquente au pays, ces cadres parachutés à la tête du secteur à coups d’appels téléphoniques, ont décidé, à l’unisson, de se projeter sur l’illusion. Ils ont convaincu ainsi les autorités de la fatalité du déclin de la production du gaz et du pétrole et que les hydrocarbures non conventionnels constituent l’unique alternative.
L’Algérie est aujourd’hui le seul pays de l’OPEC a ne pas atteindre son quota de production pétrolière. La situation dure depuis plus de trois ans et risque de s’installer durablement dans la contre performance.
Au lieu de rendre le tablier et se prosterner devant l’Éternel, le couple Sonatrach-ministère parvient toujours à trouver la parade.
La première trouvaille est celle liée aux lois qui ont été taxées de frein à l’évolution de Sonatrach et à la ruée des partenaires étrangers. L’Etat, ou de ce qu’il en restait en 2019, avait cédé aux caprices de ces incompétents. Une loi taillée sur mesure a été pendue et approuvée par les deux chambres du Parlement. Les élus et les désignés de ces mêmes chambres ont été contraints à céder encore sur la loi organique relative aux lois de finances, qui autorise l’institution d’une fiscalité spécifique au secteur des hydrocarbures.
En d’autres termes ce lobby du secteur de l’énergie a instrumentalisé tous les appareils de l’Etat pour étaler le tapis rouge aux compagnies étrangères qui sont sensées augmenter la production nationale en hydrocarbures ou plutôt partager la rente avec les algériens.
Dès lors, les gens crédules pensaient que les investisseurs étranges allaient se bousculer aux porter d’Alger. Rien de cela ne risque de se produire. Car, depuis l’ère Ould Kaddour et son fameux Kyass, Sonatach a développé un nouveau modèle de partenariat avec les compagnies étrangères.
De Tiguentourine et TFT à Sif Fatima II, en passant par la reconduction de RKF et la reconversion du contrat de Timimoune, Sonatrach a cédé, pour quelques pognées de dollars, des richesses inestimables qu’elle pouvait exploiter seule.
A travers ce modèle de partenariat, plusieurs compagnies étrangères se sont sucrées sur le dos du trésor public et nulle autre compagnie ne risque d’investir à l’avenir dans le nouveau cadre réglementaire. Elles vont toutes exiger la reconduction du modèle instauré par Ould Kaddour qui est désormais perçu comme un cas de jurisprudence.
Faibles et incapables de remédier à la situation, les successeurs de Ould Kaddour se confinés dans le rôle de l’autruche. Et c’est le blocage de toute la situation. Sonatach est dans l’impasse et sa production primaire ne cesse de baisser. L’avenir est sombre et aucune lueur d’espoir ne pointe à l’horizon.

Pire encore, le ministre de l’énergie n’apporte aucune solution et préfère jouer l’oiseau de mauvaise augure. A chaque apparition, il fait peur aux algériens en mettant en avant, la consommation nationale qui augmente de manière constante et presque linéaire.
Cette consommation va connaitre un pic incontrôlable avec l’entrée en service de nouvelles centrales de production d’énergie électrique et de certains mastodontes industriels énergivores.
Devant son incapacité à proposer des solutions palpables, le lobby de la médiocrité a préféré jeter un pavé dans la marre en mettant en exergue la capacité de recourir au gaz de schiste. Le président de la République en prend acte et engage le débat avec les algériens en disant que la question doit être discutée avec l’ensemble.
Depuis cette déclaration, les initiateurs de l’idée des shales se sont terrés dans leurs tanières et laissé le président seul face aux contestataires. Comme s’ils n’étaient pas concernés.
Dans la réalité, les responsables qui sont incapables de préserver des gisements comme ceux de Hassi Messaoud et contemplent passivement le retard enregistré sur le boosting de Hassi R’mel, ne sont certainement pas en mesure de s’attaquer aux hydrocarbures non conventionnels.
Comment peut-on concevoir que nous passons d’une production gazière à 0.6 dollars le MBTU à Hassi R’hmel et R’hourd Ennous à un gaz de schiste d’un coût de 5 ou 6 dollars le MBTU? Les algériens seraient certainement très ravis de connaître ces nouveaux génies de l’économie pétrolière.
Le débat qui devait avoir lieu sur la reprise de Sonatrach et son redressement, a finalement été détourné vers la fracturation hydraulique et la santé des algériens.
Sur cette question, le lobby de la médiocrité a encore triomphé et gagné un nouveau répit, en attendant de trouver une autre idée géniale qui va prolonger son règne.

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