Entreprises françaises en Algérie : fini, le temps des renflouages

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Le recadrage de Renault Algérie en dit long sur les nouvelles dispositions de l’Etat vis-à-vis des entreprises étrangères activant sur le sol national. Plusieurs sociétés étrangères en quasi-faillite chez elles, avaient pu, grâce à des entourloupes grossières, remonter la pente, décrocher le jackpot et réussir à se renflouer. Les entreprises françaises étaient les premières à bénéficier de ces largesses étatiques au temps du baril à plus de 100 dollars. Mais, les années de vaches grasses semblent arrivées à terme.

Alors que Renault Algérie avait menacé de suspendre ses activités si les quotas des kits CKD/SKD ne sont pas revus à la hausse pour lui permettre de se hisser à la hauteur exigée, l’Etat algérien, qui est actionnaire à hauteur de 51% de cette entreprise, et qui a déjà fait de très larges concessions et donné de nombreux avantages à Renault en matière d’exonérations fiscales et de droits de douanes, a repousser ces mises en garde et mis les choses au point. Désormais, il sera exigé du concessionnaire français, qui a engrangé de gros bénéfices depuis son installation en Algérie, d’arriver à taux d’intégration nationale respectable et sérieux, notamment pour l’année 2020, c’est aussi – et surtout – de générer de la croissance et de la création d’emplois, ainsi qu’un développement du tissu de sous-traitants locaux.

Il y a quelques années, le triple A, Areva, Alstom et Alcatel, était au bord de la faillite et la presse française parlait ouvertement d’un naufrage triangulaire de ces trois fleurons de l’industrie de la France dans le monde. Ces entreprises-mastodontes avaient la formidable puissance des symboles.

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Areva, Alstom, Alcatel, ces trois-là étaient des champions mondiaux, fleurons conquérants et imposant leurs technologies, leurs recherches, leurs innovations dans des domaines stratégiques – le nucléaire, l’énergie, les télécoms. Mais en moins d’une décennie, leur destinée a viré au cauchemar. Si le premier, en quasi-faillite est en phase avancé de démantèlement, les deux autres sont quasi cédés à des entreprises étrangères, américaine et finlandaise. Ces symptômes accusateurs de la désindustrialisation en disaient long sur les erreurs de stratégie, les carences de l’État français, l’essoufflement de l’industrie française.

En Algérie, plusieurs entreprises, parmi la centaine qui avait coudées franches au temps du système Bouteflika, en quasi-faillite chez elles, réussissaient l’opération qui consistait à se remettre entièrement à flot.

Dès sa prise de fonctions, Bouteflika s’était déplacé chez Chirac, en France, et ouvert grandes les portes commerciales aux entreprises françaises, rencontrant tous les pontifes de la Chambre française de Commerce et I’industrie en Algérie (CFCIA), du Medef et de l’économie française, promettant la levée de toutes les contraintes tarifaires et douanières, comme de toutes les pesanteurs juridiques et   administratives. Tout de suite, plus d’une centaine d’entreprises françaises étaient à Alger, Oran et les grandes villes du littoral algérien. En 2003, elles étaient à 180 entreprises, 200, en 2004, pour arriver au chiffre ébouriffant de 400, en 2012. Mais c’est à l’époque du ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb, entre 2014 et 2017, que les entreprises françaises faisaient florès en Algérie, avec 500 entreprises françaises installées et 6000 qui faisaient uniquement du commerce.

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Avec Bouchouareb à Alger, Manuel Valls à Paris, les affaires tournaient au quart de tour ? Mais presque toujours au détriment du Trésor public et au seul bénéfice des Français. On s’en souvient, lors de son intervention à l’ouverture du Forum économique tenu en marge du Comité bilatéral de haut niveau, Abdessalem Bouchouareb avait ouvert toutes grandes les portes du commerce de bazar algérien aux hommes d’affaires français. Métallurgie, cimenteries, gaz, ports, zones franches, les usines de sidérurgie d’El Hadjar (Annaba) et de Bellara (Jijel), le projet pétrochimique prévu entre le groupe Sonatrach et le groupe français Total, tout était consenti aux Français, alors que les prix du baril sur les marchés pétroliers connaissaient déjà un effondrement inquiétant.

L’influence des banques françiases

Les eaux, l’agroalimentaire, les Banques, les Transports, etc. étaient les chasses-gardées des Français. Dans l’Agriculture, on retrouvait Dagris ; dans l’Alimentaire : Danone, Nestlé Waters, etc ; dans l’Automobile & transport: Peugeot SA, Renault SA ; dans les Banque: BNP Paribas, CIC (Crédit Industriel et Commercial), Crédit Agricole, Natexis, Société Générale ; dans les Boissons: Castel Groupe, Diversifié: Bolloré ; Veolia dans l’Environnement ; dans le domaine de l’électronique: Thales. Dans l’Energie & eau : Agip, Anadarko Petroleum Corp, Biwater plc, CEPSA (Compania Espanola de Petroleo SA), CPEEC China petroleum Engineering & construction corp, Gas Natural Sdg SA, GDF SA, Petro-Canada, Repsol YPF, Saur (Société d’aménagement urbain et rural), Schneider Electric SA, Total, Weatherford International, Inc, Dans les Equipements: Legrand SA, Linde AG ; dans les Equipement de télécommunications: Alcatel SA ; dans l’Hôtellerie: Accor, Marriott International Inc. ; dans les Mines & métaux: BHP Billiton ; les Pneumatiques: Michelin ; les Services de transport: CMA-CGM ; les Services informatiques: Microsoft Corp. pour ne citer que les plus visibles.

Pour Alstom, l’Algérie a constitué l’île au trésor, l’île de la dernière chance. Mais il y avait aussi Axa, Alcatel et plusieurs autres, qui, en difficulté en France, ont entamé une remontée spectaculaire et sauvé leurs entreprises d’une faillite certaine.

Le temps des vaches maigres est arrivé, hélas. L’Algérie ne peut plus se permettre les dérives économiques du passé. L’Etat est devenu plus regardant sur les comptes des dépenses publiques, comme sur ceux des achats d’équipements et de contrats signés. Tout acte qu’il n’est pas générateur de croissance, de création d’emplois, ira grossir les dossiers sans suite, affirme-t-on maintenant. La diversification des partenaires est aussi une manière de mettre les entreprises françaises sous pression. Le temps des renflouages est bel et bien révolu…

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