Exclusif: comment Ooredoo distribuait la rente de la publicité (Part II)

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Comme nous l’avons expliqué dans la première partie, l’opérateur qatari Ooredoo ne s’est pas installé en Algérie pour vendre uniquement les cartes SIM et celles de recharge de crédit. Dans sa politique, Ooredoo s’est imposé dans une logique lobbyiste très pointue pour maintenir des point de tangente très perpendiculaires avec le cercle des décideurs.

Après Karim Benmansour, le plus actif des neveux des Bouteflika, et surtout l’entretien des relations privilégiées avec le clan des kabyles de service, à travers le fils de Abdelmadjid Sidi Said, nous allons consacrer la seconde partie de la série des scandales de Ooredoo à d’autres cercles, non des moindres.

Sur des documents internes de l’opérateur qatari, il est évoqué des montants importants attribués à la société FL COM, qu ne signifie absolument rien pour le commun des algérien.

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Et pourtant, en 2014, cette société a bénéficié d’un contrat (réf. 2014/00364) portant sur l’achat des espaces publicitaires au niveau des gares ferroviaires. Ce contrat, de deux ans, allait expirer le 31 janvier 2017 en totalisant un montant global de 355.657.217,18 dinars. Pour cette manne de 35,5 milliards de centimes, Ooredoo avait droit à une visibilité dans les gares de la SNTF, om FL COM a acheté des espaces pour l’affichage publicitaire.

Quel rôle pour Abbes Lemkami?

Dans les dossiers des impôts, FL COM figure comme une EURL appartenant à LAIDOUCI Fethi, qui est unique propriétaire et seul gérant. Pourtant, sur les documents de Ooredoo, il est clairement spécifié que le gérant de FL COM est un certain Abbes Lemkami. Ce dernier a exercé au sein de l’opérateur qatari en qualité de consultant auprès de la direction générale, autrement dit, Joseph Jed.

En date du 01/04/2015, au moment où les algériens pataugeait dans la boue des poissons d’avril, FL COM rentre au quai avec une bonne pêche. Oooredoo venait de lui attribuer un second contrat d’affichage publicitaire pour une durée de 3 ans. Pour ce contrat (Réf. 2015/00344, valable jusqu’au 31 mars 2018), la partie financière a été fixée à 191.295.000 dinars et une note relative à l’impression estimée à 3.510 dinars le mètre carré.

Chez nos amis des impôts, FL COM est domiciliée, depuis sa création le 3 avril 2010, aux Eucalyptus à Alger, avec un capital social de seulement 100 mille dinars. Il s’agit d’une agence de communication et d’édition et de publications d’informations écrites qui n’a aucun actif significatif. Avant 2014, son chiffre d’affaires tournait autour de 11 millions de dinars par an, pour générer quelques miettes de bénéfices.

Mais, à partir de 2015, son chiffres d’affaires va grimper rapidement pour osciller entre 11 et 25 milliards de centimes et son bénéfice net va se dresser dans une fourchette de 4 à 11 milliards de centimes…

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Affolé par l’annonce de notre publication, Abbes Lemkami s’est présenté en nous indiquant que FL COM de Fethi LAIDOUCI est une petite entreprise qui achète des espaces auprès de la SNTF pour les revendre aux annonceurs, dont Ooredoo. Il reconnait toutefois que c’est lui qui a introduit FL COM auprès de l’opérateur de téléphonie Mobile. Selon lui, cette recommandation a été faite par esprit de copinage, ce qui nous renseigne sur les méthodes de gestion de Ooredoo et sa politique de distribution de la rente.

En voulant chercher un peu plus sur le business de Fethi LAIDOUCI, nous somme tombés sur un autre dossier fiscal où son nom apparait comme gérant et associé. La société s’appelle ONESHOT PRODUCTION, domicilié à la même adresse que FL COM, au Eucalyptus à Alger.  Dotée d’un capital social de 1 million de dinars, la société a été créée le 7 janvier 2015, pour activer dans le cinéma et les produits audiovisuels. Associé avec Brahimi Khadidja (61 ans à la création de l’entreprise), LAIDOUCI n’a pas autant de succès puisque sa seconde entreprise a déclaré des bilans négatifs aux deux premières années de son existence. Peut-être que cette faillite est liée au départ, en 2015, de l’ancien parton de Ooredoo, Joseph Jed et son remplacement par l’actuel directeur, qui a préféré l’anonymat.

Quant à Abbes Lemkami, fils de l’ancien officier du MALG, Mohamed Lemkami, nous avons retrouvé ses traces dans un autre dossier fiscal. En juillet 2007, il a fondé, à Baba Hassan (Alger),  la société Clindeal, plus exactement au niveau d’une propriété inscrite au nom de feu Abdelmadjid Ghezala, un ancien officier supérieur de l’ex-DRS.

L’objet d’activité de cette société est très varié. Il va de la publicité à l’ingénierie industrielle, en passant par le consulting en informatique. Dans cette entreprise, simple faire-valoir de boite aux lettres et de cartes de visite, Abbes LEMKAMI est associé avec BESSEGHIR Kamel Bacha et LEMKAMI Rafika.

Divona, l’axe des Nezzar

Avant de s’engouffrer dans les affaires de Abbes LEMKAMI, il est important de poser la question de savoir pourquoi Ooredoo a investi dans un profil pareil. Le garçon n’a ni qualification hors normes, ni expérience dans les grands groupes ni encore moins un bagage intellectuel à même de le propulser au poste de consultant auprès de Joseph Jed. Quelle valeur ajoutée est susceptible d’apporter LEMAKMI à Ooredoo? Aucune, si ce n’est les relation qu’il entretient avec la progéniture du sérail.

En creusant un peu plus dans les fichiers du fisc, nous retrouvons Abbes LEMKAMI une nouvelle fois dans le conseil d’administration de Divona, une société de télécoms, présidée par Lotfi Nezzar, fils du Grand général Major Khaled Nezzar, qui a sauvé le pays des griffes de l’intégrisme et du terrorisme.

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Le 7 avril 2014, la société Smart Link Communication (SLC) de Nezzar a racheté 90% des parts sociales de la société Divona Algérie, filiale de Monaco Télécom. Pour quelque 20 millions de dinars, Nezzar a repris une affaire en or.

Aux cotés de Lotfi Nezzar et Abbes LEMKAMI, siège au conseil d’administration, Karim Cherfaoui, l’ancien directeur de Divona qui a été reconduit dans ses fonctions après la cession des parts.

Avec son capital social de 90 millions de dinars, Divona est aujourd’hui un fleuron du business de Nezzar. L’entreprise des réseaux de télécommunications, dégage régulièrement depuis quelques années, un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard de dinars, assorti de bénéfices conséquents en dépit de la densité des investissements consentis dans le renouvellement de l’outil de production.

AD Display -Metrobus deux faces d’une même pièce de monnaie

Dans les documents internes, figure un autre dossier qui a intrigué le service d’audit. C’est celui de la dualité entre AD Display de Hadj Said et de Metrobus, l’entreprise de son épouse. Mari et femme ont longuement eu les lèvres collés aux mamelons de Ooredoo, pour suçoter en toute quiétude la sève brute.

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Sur le dossier 2014 portant références du contrat conclu le 1er janvier 2015, pour une durée de trois ans avec AD Display, Ooredoo a accordé à Mourad Hadj Said (incarcéré à El Harrach pour malversations) un montant de 700.577.748 dinars, assorti d’une allocation d’impression de 1521 dinars le mètre carré des affiches à placer sur les panneaux. Quant à elle, son épouse a bénéficié, pour une même période contractuelle, d’un budget de 239.300.702,22 dinars, en guise d’achat d’espace.

Les deux sociétés AD Display et Metrobus permettent ainsi au couple des Hadj Said de vivre le rêve tant promis à Ooredoo pour ses clients. Avec à la clé 94 milliards de centimes, le couple force le bonheur. Un simple diagnostic de leur comptabilité permet de conclure à un fait très important: les résultats déclarés aux impôts sont loin d’être sains et les deux société ne respectent même pas leurs engagements fiscaux envers la communauté. Les gérants des deux sociétés ont pris plus d’argent qu’il n’en fallait.

Comment justifier ces contrats? Ooredoo et sa direction ne s’en encombrent pas. Pour les patrons qatari, la distribution de la rente repose sur des critères que les algériens sont loin de comprendre. L’entretien des « réseaux » est plus important que les procédures de passation des marchés.

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