Emprisonnement des leaders: Reconfiguration de l’échiquier politique

ouyahia

Par Zoutale F.

Avec la mise sous mandat de dépôt de deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, c’est une page de la vie politique algérienne qui est en train d’être tournée. Quels que soient les avis sur les récentes incarcérations qui ont eu lieu en Algérie, touchant des hommes politiques qui ont été la face visible de l’Algérie politique depuis au moins deux décennies, dans le sillage du hirak national, quels que soient aussi les appréciations que l’on peut avoir sur la « grande lessive » qui s’est opérée, il y a un point sur lequel on ne peut pas être en désaccord:ces changements sont annonciateurs d’un changement imminent dans la vie politique des Algériens. Tous ceux qui ont été éclaboussés par les scandales judiciaires, et même tous ceux qui ont été épargnés par la justice, à ce jour, ne seront certainement plus de la partie à la prochaine rentrée sociale pour les raisons que l’on va évoquer.De ce fait, une nouvelle société politique, plus jeune, plus entreprenante, plus proche des classes populaires connait déjà les douleurs de l’enfantement. Sous nos yeux, se déroule la nouvelle carte de l’Algérie de demain.
La disparition des leaders politiques qui étaient les chefs de partis les plus présents sur la scène politiques depuis au moins dix ans, est le prodrome annonciateur de cette mutation. Avant que la Justice ne les rattrape, ils ont été déjà exclus de la vie du peuple. Le hirak a affiché dès le 22 février ses préférences; mais aussi – et surtout, serions-nous tentés de dire – ses rejets. Dans le chapitre de ses rejets, toute la nomenklatura, tous les visages connus et qui ont trempé dans le pouvoir depuis une vingtaine d’années. Ould Abbès a été le premier à faire les frais de ce rejet populaire sur la place publique. La vidéo qui a tourné en boucle le montrant en train de faire le profil bas pour échapper à un lynchage public en témoigne. Ouyahia a été celui qui a été le plus montré du doigt; Déjà impopulaire depuis le milieu des années 1990, Ouyahia s’est fait lui-même un hara-kiri politique définitif. Il a été exclu publiquement et sociologiquement par le hirak avant même sa mise sous mandat de dépôt
Ces deux seules formations politiques, le FLN et le RND, majoritaire au Sénat, majoritaire à l’Assemblée nationale, faiseurs de présidents et de la vie politique nationale, ont lamentablement périclité, ne sachant jamais comment s’y prendre ni avec les événements qui les ont surpassés, ni avec le hirak, qui les a totalement tétanisé depuis le 22 février.
Eclaboussés par les vicissitudes de la révolution soft du hirak, les deux autres protagonistes du « quatuor présidentiel », le Mpa et Taj, prennent de l’eau, à l’image d’un Amara Benyounès et d’un Amar Ghoul rattrapés par la justice.
Le FFS, autre grand parti du début des années 1990, traverse sa pire période post-Aït Ahmed. Les tiraillements internes se sont affichés au grand jour lors des incidents nocturnes qui se déroulés au siège du parti, donnant la nette image d’un parti qui prend l’eau de tous côtés.

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Si on prend en ligne de compte les résultats des dernières législatives, on se retrouve face à une hégémonie du quatuor présidentiel, même si les élections ont été caractérisées par un faible taux de participation, de l’ordre de 35,37 %, plus inférieur encore à celui des législatives de 2012 (43%). Ces quatre partis totalisent 294 sièges à l’Apn, soit 161 pour le FLN, 100 pour le RND, 20 pour Taj et 13 pour le MPA. Les autres partis se situent loin du lot, avec 14 sièges pour le Front El Moustakbal et le FFS, 11 pour le PT et 9 pour le RCD. Les islamistes se positionnent entre la coalition présidentielle et les partis d’opposition avec 34 sièges et un recul constant aux élections, tant communales que législatives.

L’effet Hirak

Aujourd’hui, la configuration de cette carte politique est en train de voler en éclats. Depuis le 22 février, le hirak a jugé sévèrement les partis politiques et les a éloignés de sa sphère d’influence. Ses références ne se situent plus dans les partis, encore moins parmi les présidents de partis. Le hirak a jugé sévèrement les politiciens, tous les politiciens, en estimant qu’ils ont tous, coalition comme opposition, fait le lit du système. Il faut tenir compte de cette situation qui induit dorénavant de nouvelles « têtes d’affiche » dans le personnel politique.

Le hirak aura sonné non pas uniquement comme un désaveu du système en place, mais aussi comme un désaveu de la classe politique toute entière, incapable de peser lourd pour changer les événements, ou, pour le moins, en améliorer le cours. Ce hirak n’a pas donné un chèque à blanc aux partis politiques d’opposition, aussi « opposés » croient-ils l’être ; n’a pas non plus délégué de représentants parmi le personnel politique traditionnel, mais s’est accaparé lui-même des rênes de ses destinés pour peser sur les événements et s’installer, dans la durée, dans le champ du temporel. Et il n’est pas prêt de lâcher prise de sitôt. Il faut bien se rendre à cette évidence : les « vendredis » du hirak ont définitivement exclu la société politiquedes espaces publiques.Une exclusion qui n’implique pas nécessairement son remplacement. Loin s’en faut.

Les soucis judiciaires des leaders des partis majoritaires, le profil bas affiché par les autres chefs de partis, la nature de cette révolution populaire qui a complètement changé les données en affichant ses préférences pour d’autres leaders, non affiliés à des partis (tels, par exemple, Hamrouche, Taleb El Ibrahimi ou Benbitour), les nouvelles têtes qui peuvent émerger au sein du hirak, les « fax factors », facteurs inconnus dont il faut tenir, théoriquement, compte, sont les prodromes d’un chambardement politique à grande échelle. Les couches populaires sont devenues plus politisées, plus audacieuses dans la revendication, et de ce fait, plus exigeantes politiquement. Désormais, les leaders politiques seront à la peine pour remplir une petite salle de cinéma.

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