CONTRIBUTION: les effets de la réduction du programme de forage

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Par Said Beghoul

Comme toutes les compagnies pétrolières mondiales, Sonatrach est confrontée à une situation financière délicate, imposée par la pandémie Covid-19. Le propriétaire, l’état Algérien, a décidé de réduire le budget 2020 de l’entreprise de moitié, passant de 14 Mds $ à 7 Mds $, afin de préserver le niveau des réserves de change du pays qui ne sont plus que d’une cinquantaine de milliards de dollars et qui pourraient s’éponger totalement vers fin 2021 au rythme actuel des dépenses.

Il est évident que l’activité forage d’une entreprise pétrolière consomme en moyenne 60% à 70% du budget E&P annuel ou pluriannuel et c’est donc là que Sonatrach n’aurait pas hésité à procéder aux coupes budgétaires en mettant en veilleuse 26 puits d’exploration et 30 puits de développement ( selon certains médias).

Sachant que le coût moyen d’un puits d’exploration en Algérie est de 10 millions $ et celui de développement est de 3 millions $, cette coupe dans l’activité forage va « épargner » un montant de 350 millions $. Mais à quel prix ? Oui, contrairement à une réduction de coûts qui épargne un montant «M», sans toucher au programme et dégageant un résultat de valeur «V», une coupe budgétaire peut « épargner » un montant «M» mais en perdant en valeur, en l’occurrence ce qu’auraient ramené, en data et en réserves, les 56 puits sacrifiés.

En somme, s’agissant de forage conventionnel onshore, il ne suffit pas de raisonner en simple réduction des dépenses pour réaliser des économies bénéfiques. Les 350 millions $ ne ramènent, en fait, rien comme contribution aux réserves de change dont ils ne représentent que 0.6 % même s’il s’agit là que des coûts techniques de forage auxquels s’ajouteraient les Capex (700 à 800 millions $ par gisement) des éventuelles découvertes bien que cette comptabilité est différée dans le temps.

Tout compte fait, la coupe budgétaire arrêtée pour 2020 (7 milliards $ sur les 14 Mds du budget initial), est largement supérieure à l’enveloppe budgétaire des forages suspendus. C’est dire que forer tous les puits initialement programmés n’aurait pas trop pesé sur l’entreprise. Les 350 millions $ ne représentent que 5% du nouveau budget et 2.5% de l’initial.

Hiérarchiser les dépenses

Revoir le budget global initial 2020, ligne par ligne, et hiérarchiser les dépenses en fonction du rapport «coût/valeur ajoutée espérée», va certainement permettre à l’entreprise de mieux détecter les éléments dont elle peut se passer, à la faveur du core business (forage en particulier) générateur d’une valeur ajoutée. Il est certain que les cadres de SH en ont tenu compte mais un effort de ranking de centres de coût mérite d’être entrepris pour, peut-être, écourter la liste des puits suspendus par une optimisation financière afin d’éviter à l’entreprise tout éventuel effet pervers qui pourrait mettre en péril sa compétitivité sur son propre domaine minier demain.
C’est vrai que la pandémie Covid-19 a contraint les compagnies pétrolières, dont des opulentes majors, à réduire leurs budgets 2020 (Capex+Opex) à l’exemple d’Oxy (-50%), BP (-25%), TOTAL (-20%), ExxonMobil (- 30%), Shell (-9 Mds $), sauf que pour ces majors, la coupe budgétaire concerne souvent un désinvestissement en termes d’acquisition de nouvelles opportunités overseas tout en cedant les assets à faible cash..

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