Cital : un faire-valoir pour mettre Alstom à l’abri de la concurrence

Malgré l’importance des commandes publiques en trains et tramways, la joint-venture Cital, associant le français Alstom (49%) aux entreprises algériennes Ferrovial (31%), l’Entreprise du métro d’Alger (10%) et la SNTF (10%), créée en 2011 pour l’assemblage et la maintenance des tramways, peine à s’intégrer dans la chaîne de valeur du spécialiste français des solutions de transport.

En effet, l’usine de Cital, inaugurée en mai 2015 à Annaba, n’a livré le premier tramway qu’en décembre 2016. Le site, qui devait être intégré dans la chaîne de valeur de Alstom lequel fabrique des rames de type Citadis pour l’ensemble des tramways d’Algérie (Alger, Oran, Constantine, Ouargla, Sétif, Sidi Bel Abbes qui sont déjà fonctionnels, Annaba, Sétif, Batna, Ouargla et Mostaganem qui sont en travaux) ne crée pratiquement aucune valeur ajoutée. L’importance des commandes venant de l’Entreprise du métro d’Alger (EMA)  et désormais de la SNTF dont le plan de développement prévoit des acquisitions de dizaines de nouveaux trains ainsi que de la réhabilitation de dizaines d’autres, n’a pas amené Alstom à s’investir sérieusement pour booster Cital. Le taux de profitabilité de cette dernière est quasi-nul (il n’a pas dépassé 5% depuis sa création) quand elle ne perd pas de l’argent. Et, ce en dépit de la main d’œuvre bon marché dont elle bénéficie comparativement aux usines européennes.

Bref, avant que Cital ne livre sa première rame, destinée, rappelons-le, au tramway de Ouargla, les rames venaient directement des usines européennes de Alstom.  L’entreprise a mis à profit les quatre années écoulées pour mettre la chaîne de montage en place, afin de livrer 120 tramways pour les villes d’Alger, Oran, Constantine et Sidi Bel Abbes. Or, l’entrée en production de l’usine n’a pas changé grand-chose à l’affaire puisque des kits complets sont importés des usines européennes de Alstom pour être assemblés à Annaba sans générer de bénéfice pour l’entreprise locale qui a réalisé en 2016 à peine un résultat net d’un peu plus de 900 millions DZD (6,6 millions d’euros)  sur un chiffre d’affaires de l’ordre de 18 milliards DZD (132 millions d’euros). Un exercice qui a vu Cital commander à Alstom  26 kits de tramway Citadis pour 85 millions d’euros. Si elle quadruplé ses bénéfices comparativement à l’exercice 2015, cela reste infime vu l’importance du volume de production réalisé : un résultat net de près de 280 millions DZD sur un chiffre d’affaires de 12,25 milliards DZD.

En tout cas, tout est importé et cette joint-venture n’a été jusque-là qu’un faire-valoir pour mettre Alstom à l’abri de la concurrence puisque l’usine algérienne ne dispose pas d’un réseau de sous-traitants locaux qui lui permettent de créer de la valeur ajoutée. Et ce n’est pas uniquement pour les tramways puisque elle devrait assembler les trains de type Coradia pour le compte de la SNTF. Dix-sept trains achetés à Alstom en vertu d’un contrat signé en 2016 pour un montant de 200 millions d’euros commencent déjà à être livrés à partir des usines françaises –le premier train arrivera au port d’Alger le 29 janvier prochain–. Ces commandes de trains font partie d’un plan d’investissement de près de 900 millions (2015-2025) et bénéficiera en grande partie à l’associé Alstom, qui a réussi à faire entrer la SNTF dans le tour de table de Cital en amenant Ferrovial à céder 10% de son capital dans la joint-venture à sa maison mère laquelle n’a intégré le capital de la joint-venture qu’en 2016 dans l’espoir de voir les trains Coradia montés à Annaba dans un scénario similaire à celui des tramways Citadis.

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