Chemico: sur fond de corruption

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Le scandale Chemico était le prétexte pour interdire l’intermédiation internationale comme activité légalement établie en Algérie et certains observateurs estiment que c’était un coup fomenté pour neutraliser Messaoud Zeggar, l’incontournable intermédiaire et la clé qui ouvrait toutes les portes du secteur des hydrocarbures en Algérie. Sonatrach avait, en tout cas, eu gain de cause…

Tout a commencé en 1974. La filiale du groupe américain General Tire and Rubber, Chemico, attributaire du contrat de construction de l’usine de liquéfaction de gaz à Arzew (GNL1), a décidé unilatéralement d’arrêter les travaux. C’était tellement osé que la compagnie américaine, qui cumulait douze mois de retards sur les délais contractuels, avait réclamé une rallonge de 70 millions de dollars au contrat signé le 26 avril 1971 pour un montant de 327,27 millions de dollars, avant d’arrêter les travaux.  Et d’engager une procédure d’arbitrage international à l’encontre de Sonatrach après que cette dernière a résilié son contrat et confié l’achèvement des travaux à une autre compagnie américaine, Bechtel.

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En effet, Chemico a saisi la Cour d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale le 14 novembre 1975 pour réclamer à Sonatrach 647 millions de dollars, soit le double du montant de son contrat. Mais, la riposte de la compagnie algérienne a été aussi violente qu’inattendue. En ce sens que l’avocat franco-suisse Jacques Buhart allait jouer un rôle important dans le dossier. Parallèlement à la procédure d’arbitrage  engagée par Chemico, Sonatrach a déposé une plainte près du tribunal de New York pour dénoncer  les malversations qui ont émaillé l’adjudication du contrat  obtenu par Chemico.

Ainsi, Sonatrach a informé le juge en charge de l’affaire à savoir, Kevin Thomas Duffy, que Chemico aurait versé 15,5 millions de dollars de pots-de-vin pour pouvoir décrocher le marché. Le seul intermédiaire identifié par les enquêteurs était Messaoud Zeggar, homme de réseaux qui jouissait de la confiance du président Houari Boumediene et élément central dans son dispositif de diplomatie parallèle, lequel a perçu 2,75 millions de dollars dans le cadre de ladite transaction. L’affaire a été jugée en 1979 et Chemico a été condamnée de verser 70 millions de dollars de dommages et intérêts à Sonatrach. Mais, ce qu’il faut retenir est que cette affaire a servi de prétexte à la purge opérée dans le secteur des hydrocarbures au début des années 1980 par Belkacem Nabi, ministre de l’énergie sous le président Chadli Bendjedid, connu plutôt pour ses affinités avec les compagnies françaises.

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Conflits en masse avec les sociétés d’engineering

Ce bras de fer avec Chemico a donné le la à une série de conflits avec les sociétés d’engineering lors de la décennie suivante. Et ce, pour des raisons essentiellement politiques.

En effet, l’entêtement et l’arrogance de certains responsables du secteur des hydrocarbures en Algérie ont valu plusieurs procédures d’arbitrage à Sonatrach. Le conflit l’ayant mis aux prises avec Technip au sujet des usines d’Asmidal est un cas d’école en la matière. Ces trois usines ont été partiellement construites par la compagnie française avant d’être abandonnées à leur sort dans la foulée des procédures d’arbitrage.

Aussi, les études FEED pour la réalisation des installations gazières d’Alrar et Rhourde Ennous, confiées à Foster Wheeler vers la fin de l’ère Boumediene, ont-elles subi le même sort que les usines d’Asmidal après que Belkacem Nabi, encore lui, a décidé de résilier les contrats avec la société italienne. C’était une décision politique n’ayant aucune justification technique et qui a fait perdre beaucoup de temps à Sonatrach. Il convient également de citer le projet mort-né de la raffinerie de Bejaia. Il a été lancé vers la fin des années 1970 et a vu Sonatrach signer plusieurs contrats pour sa réalisation avant que l’organisme en charge de l’étude du sol ne jette un cheveu dans la soupe, concluant à ce que le terrain affecté à la construction de la raffinerie ne supportait pas une telle installation. Le projet est ainsi annulé. Or, avant l’annulation du projet, la filiale londonienne de CB&I ayant décroché le contrat de fourniture de bacs de stockage, avait presque achevé leur construction. Et, Sonatrach a refusé de les réceptionner, contraignant CB &I à engager une procédure d’arbitrage. Une procédure au bout de laquelle la compagnie algérienne a été condamnée à les payer. Elle les a payés sans pour autant les utiliser. Les 9000 tonnes d’acier, sont restés entreposés à Arzew pendant de longues années et une partie d’entre eux a fini comme ferraille.

Mais, si cette histoire de bacs de stockage a résulté d’un mauvais management du projet, c’est surtout le comportement prédateur des sociétés d’engineering qui est à l’origine des procédures d’arbitrage qui se sont accumulées à partir de 2009. Ainsi, Saipem, SNC Lavalin et KBR ont été en conflit avec Sonatrach pour les malversations ayant émaillé l’adjudication de certains des contrats qu’ils ont pu décrocher en Algérie, notamment à travers BRC pour le cas de KBR. Quant à la compagnie française Technip, elle s’est plutôt distinguée par son comportement néo-colonialiste. La résiliation de son contrat de réhabilitation de la raffinerie de Sidi Rezine suite aux énormes retards accusés dans la livraison de l’installation ne lui ont en tout cas pas valu des pénalités de retard. Abdelmoumen Ould Kaddour a abandonné la procédure d’arbitrage que Sonatrach allait gagner avec à la clé une indemnisation de près d’un milliard de dollars.

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