CASTEEL: 1.200 milliards DZD évaporés

mendjel

L’affaire CASTEEL, l’aciérie de M’sila, qui a défrayé la chronique pendant l’été 2019, n’a pas dévoilé tous ses secrets et elle est en voie de remonter sur la scène en raison du préjudice causé au trésor public.

Sa genèse remonte au mois de mars 2017, quand l’énigmatique homme d’affaires Ayoub Aissiou acquit une vieille usine de rond béton à M’sila, dénommée ACIÉRIES DE L’OUEST. Comme son nom ne l’indique pas, l’infrastructure n’est pas une véritable usine d’acier, mais plutôt quelques vétustes laminoirs,ayant appartenu à l’homme d’affaires, Abdelali Blikaz, depuis l’année 2003, date du lancement du projet.

Malgré plusieurs rééchelonnements des crédits bancaires contractés auprès de la BADR, le projet n’arrive pas à démarrer. C’est alors que Aissiou décide de reprendre le projet, mais beaucoup de zones d’ombres entourent la transaction. Le montant de l’acquisition est déclaré à 960 milliards de centimes, un chiffre exagérément démesuré mais qui -curieusement- n’inquiète pas pour autant les banques BADR, AGB et TRUST, qui ont financé l’opération de rachat.
Le nouvel acquéreur contracte d’autres crédits exploitations alors que l’usine ne produit aucune barre  de rond à béton et se permet même le luxe de financer la campagne législative du FLN en novembre 2017,  à hauteur de 5 milliards de centimes sur un crédit débloqué par la TRUST BANK.
Même si l’usine est à l’arrêt, Ayoub Aissiou procède à une extension de l’activité  pour effectuer des transferts sur des marchandises et équipements importés.
Pire encore, comme les autorisations CNI pour le ciment et l’acier, sont gelées depuis avril 2016, il trouve un subterfuge inédit, il divise le montant en deux parties: 493 milliards de centimes pour la première et 70 milliards de centimes pour la deuxième partie afin de ne pas dépasser le seuil de 500 milliards de centimes du CNI. Ainsi, il obtient de la direction de l’ANDI, deux décisions pour le même projet, ce qui est une grave violation de les lois 2017/28/0098 et 2018/28/0080.
Les deux décisions sont annulées au mois d’avril 2019 par la direction générale de l’ANDI, suite à une inspection des autorités.  Le dossier est alors  transmis aux douanes et aux impôts pour récupérer le montant détourné mais l’administration fiscale ne réagi pas …
En 2018, Ayoub Aissiou se retire complètement des statuts et renomme la société CASTEEL. Il effectue plusieurs modifications, en opérant plusieurs dévaluations successives du capital social qui dégringole de 70% et l’action sociale passe de 10.000 à 3.000 DA.
La direction du contrôle à posteriori des douanes a établi qu’entre janvier et juin 2018, un montant de 29 millions d’euros est transféré  principalement en Italie, en Turquie et en France, où les transferts passent par une mystérieuse société intermédiaire dénommée EPI, qui est sous la loupe des services fiscaux français
Après que l’ancien wali de M’sila Brahim Ouchen ait alerté la justice, le procureur général de la cour de M’sila établit des ISTN à l’encontre des deux gérants de CASTEEL, en date du 1er août 2019 et leurs passeports sont confisqués. C’est alors qu’une terrible campagne de dénigrement à l’encontre du Wali de M’sila est orchestrée sur les médias et sites inféodés au clan Aissiou. Il fait la une du JT d’El Djazairia One pendant deux mois, sans aucun répis, Al Bilad TV se met aussi de la partie.
Salah Eddine Dahmoune, l’ancien ministre de l’intérieur est actionné par ce puissant lobby et il provoque un mini mouvement de walis juste pour limoger Brahim Ouchen qui ne voulait pas signer l’acte de cession de terrains à la société CASTEEL, en cessation de payement  malgré toutes les pressions et les menaces.
Le nouveau Wali est plus conciliant et les CASTEEL obtient tous les documents dont elle avait besoin pour transférer la propriété au nom d’un jeune homme, originaire de la wilaya de Constantine. La transaction se fait chez une notaire de Bouzareah, qui fait signer à un analphabète le rachat d’une usine à zéro dinars, alors que l’expertise établie par les Aissiou, au mois d’avril 2019, a estimé l’usine à 1200 milliards de centimes. Les anciens propriétaires laissent l’usine pratiquement vide au grand malheur de la centaine d’employés, jetés à la rue et abandonnés par les pouvoirs publics.
En fait, le projet n’est qu’un leurre. 1200 milliards sont partis en fumée ainsi que les espoirs de tous les habitants de M’sila qui voyaient en cette Aciérie, un rêve qui ne se concrétisera probablement jamais …

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