Carnet de bord de la campagne électorale/J+2 : le dur apprentissage de la démocratie

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Il faut trouver des points positifs en toute chose. Pour cette campagne électorale, qui ne se joue certainement pas à guichets fermés, il faut pointer le curseur sur l’apprentissage que tout le monde est en train de faire de la démocratie. Candidats, peuple, partisans, opposants, armée, gouvernants et gouvernés, tout le monde trouve de quoi s’alimenter en matière de gestion du temps, d’espace et de discours.

C’est par le biais de cet apprentissage que tous les candidats, sans exception, ont crânement défendu le principe du libre choix de ceux  qui sont contre l’organisation du scrutin du 12 décembre prochain. Certains ont été chahutés, mais ont bien réagi. C’est déjà des comportements civiques corrects et élégants de gagné. Et ce n’est pas rien, à un moment où l’Algérie menaçait de plonger, tête la première, dans la violence, tant physique que verbale.

Attendu au tournant à Adrar, Tebboune s’en est sorti grandi par un discours au ton juste, mesuré, qui tranchait avec le système Bouteflika, et qui surtout le présentait comme étant une de ses victimes politiques. Son discours a été rigoureux, pas mielleux du tout, austère et finalement réaliste : « Les Algériens sont conscients du danger qui menace un pays resté sans président pendant neuf mois et craignent, en même temps, un retour du scénario de la période de transition de l’année 1992 ». Quand il faut secouer l’électeur, il le faut ; les autres candidats ont aussi compris que le discours doucereux est contreproductif.

Tebboune sait défendre le choix des autres, dussent-ils être ses opposants et des opposants aux élections. Il se met dans l’habit d’un présidentiable, appelant au respect de la conviction du citoyen qui rejette la Présidentielle, mais soulignant que « nul n’a le droit d’empêcher un autre citoyen d’aller voter et exprimer son choix le jour du scrutin », car « la décision finale reviendra à la majorité ».

Le candidat Ali Benflis, lors d’un meeting à Souk Ahras, a tenu un discours presque similaire : « Le prochain Président élu doit rassembler tous les Algériens, sans exclusion, marginalisation ou népotisme et doit être à l’écoute de toutes les parties, qu’elles fassent partie des soutiens ou des opposants ».

Le leader de Talaie el Hourriyet a de nouveau défendu l’option de l’élection présidentielle, soutenant qu’elle représente « la voie la plus sûre pour sauvegarder le pays et assurer sa stabilité », appelant à respecter cette option.

A Blida, fief par excellence de son ancien parti, le candidat Bengrina n’a pas eu la partie facile et dû battre en retraite pour placer ses mots les uns à côtés des autres. Lui aussi, qui s’autoproclamait futur président de tous les Algériens, fait le pénible et bénéfique apprentissage de la démocratie, et a été à l’écoute de ceux qui lui apportait la contradiction. Lui qui accusait les autres candidats de faire du copié-collé sur ses discours, n’a pas dérogé à la règle qu’il s’est lui-même tracée et a copié mot par mot le discours du duo Tebboune-Benflis, en s’attardant sur « la nécessité de respecter les personnes qui refusent d’aller voter, et de respecter aussi l’avis des personnes convaincues de l’importance de l’organisation des élections présidentielles, car le dernier mort reviendrait à la majorité ».

A partir de Aïn Defla, Abdelaziz Belaid a appelé à s’éloigner de tout genre de violence, et à se respecter les uns les autres afin de pouvoir aller de l’avant et, par conséquent, édifier le pays, soulignant qu’il s’est porté candidat à la Présidentielle avec la foi de servir l’Algérie, pas à titre individuel, mais avec l’ensemble du peuple.

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