BP: Les caprices d’un enfant gâté

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Il fallait gérer les caprices de cet enfant gâté qui est British Petroleum. Si les responsables du secteur des hydrocarbures en Algérie ont évité les conflits dans les années 1990, Chakib Khelil a empoisonné la relation de Sonatrach avec cette compagnie et Abdelhamid Zerguine et Said Sahnoune ont cédé à ses caprices. Amine Mazouzi, lui, s’était complètement passé de ses services…

La compagnie britannique British Petroleum (BP) n’a pas forcément cherché à investir en Algérie. Elle s’est retrouvée dans le secteur des hydrocarbures du pays à la faveur de fusions-acquisitions avec des compagnies américaines. Mais, elle n’a jamais hésité à se montrer hostile à chaque fois qu’elle sent ses intérêts  menacés, notamment quand il s’agit des réseaux français. C’est souvent exagéré et il fallait gérer les caprices de cet enfant gâté.

En effet, BP est entrée en Algérie en 1996 suite à sa fusion avec l’Américain Atlantic Richfield Company (ARCO). C’est ainsi que le gisement pétrolier de Rhourde El Baguel, dans le bassin de Berkine, est tombé dans son escarcelle. En plus de cet actif, la fusion-acquisition opérée avec l’autre américain Amoco a encore grossi son portefeuille en Algérie, puisque Amoco exploitait les champs gaziers de Tiguentourine en partenariat avec Sonatrach. Ce faisant, l’arrivée d’Amoco déjà et, plus tard, celle de BP, troisième compagnie pétro-gazière au monde, était considérée comme une victoire par les responsables du secteur des hydrocarbures en Algérie qui subissait l’embargo français. Et, a priori, la situation ne prêtait pas à des conflits avec le géant britannique, notamment de la part des Algériens.

Il y avait, cependant, un point de discorde avec Amoco : le plan de développement du gisement de Rhoude El Baguel. Vu la situation financière du pays dans les années 1990, la partie algérienne voulait aller très vite en besogne et extraire le maximum de pétrole brut. Mais, Amoco voulait optimiser l’exploitation du gisement avec tout ce que cela suppose comme réalisation de pilotes, de campagnes sismiques  et d’élaboration d’un modèle d’exploitation pour définir le meilleur moyen d’optimiser le traitement de la structure du réservoir. Amoco avait, en tout cas, cédé aux demandes pressantes de la partie algérienne qui avait besoin d’argent, en dépit de la dangerosité de la démarche pour la vie du gisement. Une démarche qui n’a pas tardé à l’endommager, puisque la production, qui a augmenté à partir de 1996, a commencé à s’essouffler dès 1998. Le réservoir de Rhoude El Baguel étant complexe et hétérogène, réagissant de manière aléatoire aux méthodes d’injection, était vraiment souffrant. D’autant que les investissements attendus de la part des repreneurs du gisement, à savoir la compagnie BP, n’étaient pas bien définis.

Ainsi, ce partenariat a commencé à battre sérieusement de l’aile et Sonatrach, se sachant fautive au sujet de l’exploitation abusive du gisement, n’a pas osé affronter la compagnie britannique. L’arrivée de Chakib Khelil à la tête du secteur de l’énergie au début de la décennie 2000 a changé la donne. Le puissant ministre de l’énergie, qui ne portait pas la compagnie britannique dans son cœur –en témoignent les rares rencontres entre le ministre de l’énergie et le top management de BP–, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour les rappeler à l’ordre, pressant Sonatrach plutôt à leur demander des comptes.  Comme si c’était BP qui était responsable de la dégradation du gisement due à son exploitation abusive. Le flegme britannique ayant absorbé le choc, cet affrontement s’est traduit ensuite par deux procédures d’arbitrage international. Deux procédures onéreuses d’arbitrage qui n’auront servi à rien puisqu’à chaque fois les antagonistes sont renvoyés dos à dos, aux clauses du contrat initial, et aucune des juridictions saisies n’a tranché le litige en question. L’attitude de Khelil face à BP qui, sur un autre plan, a respecté ses engagements en finançant la construction de l’usine de GPL incluse dans le contrat de partenariat, a empoisonné ses relations avec Sonatrach et les responsables de cette dernière ont veillé plutôt à ce que ce conflit ne soit pas médiatisé. A l’époque, la réussite scientifique de BP à In Salah, industrialisant la séquestration du CO2 dans le sous-sol, renvoyait une belle image de la compagnie britannique, celle d’un opérateur respectueux de l’environnement. Le projet, financé en partie par des institutions européennes et qui a vu défiler des étudiants et chercheurs dans le laboratoire géant qui était devenue le gisement d’In Salah, avait paré BP d’une nouvelle aura. C’était une première mondiale à l’échelle industrielle et la médiatisation du conflit aurait plutôt montré la mauvaise foi de la compagnie algérienne.


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Départ forcé de BP

BP a, en tout cas, fini par quitter l’association de Rhoude El Baguel en 2011. Le gisement, repris par Sonatrach en effort propre, a été réparé selon un nouveau plan de développement, reprenant son niveau de production avec 20.000 barils/jour avant que Abdelmoumen Ould Kaddour n’ordonne le prélèvement d’importantes quantités de gaz qui étaient réinjectées pour maintenir la pression de son réservoir, pour le massacrer encore une fois. Irréversiblement cette fois-ci.

Bref, l’expérience de Rhourde El Baguel a complètement changé l’attitude de BP envers Sonatrach. Puisqu’en janvier 2013, au lendemain de l’attaque terroriste qui a ciblé les installations de Tiguentourine, la compagnie britannique a tout bloqué. Elle était pourtant responsable du choix de la société de sécurité qui devait protéger le site à savoir, Stirling qui avait pour interface algérienne, le groupe Red-Med. Elle a ainsi évacué tous ses personnels, poussant les autres compagnies ainsi que leurs sous-traitants à faire de même, abandonnant les travaux de réalisation du troisième train du site de Tiguentourine pendant des mois. A cause de l’attitude de BP, cette attaque terroriste que l’armée algérienne avait repoussée avec professionnalisme, préservant le gros des installations, a paralysé le site qui représente 15% des exportations gazières algériennes. Il convient de noter que les deux PDG de la compagnie qui ont eu à gérer cette période, Abdelhamid Zerguine et Said Sahnoune, ainsi que leur tuteur de ministre Youcef Yousfi, se sont  distingués par une indignité à toute épreuve face à BP. Pire, BP a fait signer à l’association qui l’exploitait (BP-Sonatrach-Statoil) un contrat de mobilisation des personnels avec Petrofac qui avait coûté 500 millions de dollars à Sonatrach.  Aucun des trois responsables n’a levé le petit doigt face à ce caractère capricieux.

Or, après le retour à la normale de l’exploitation du champ de Tiguentourine  et la mobilisation massive, sur site, des expatriés de BP, une autre attaque terroriste est venue le 18 mars 2016 perturber la sérénité retrouvée de cette association de Sonatrach. Les terroristes ont ciblé cette fois l’usine de Kerchba exploitée par l’association In Salah Gas, une joint-venture associant comme à Tiguentourine, Sonatrach à BP et Statoil. L’obus lancé par les assaillants n’a heureusement pas fait de dégâts humains.

Les lignes rouges franchies

 D’autant que les autorités du pays ont immédiatement dépêché un officier général pour prendre les commandes du sous-secteur militaire de Kerchba et déployer les mesures de sécurité qui se sont imposées dans cette zone jusque-là épargnée par les activités terroristes. Kerchba était l’un des rares sous-secteurs militaire dirigés par un officier général. Les instructions du commandement militaire, qui a répercuté celles de la présidence de la République, étaient de faire en sorte que les travailleurs des compagnies pétrolières opérant dans la région ne se sentent pas seuls dans cette épreuve. Non seulement BP a fait fi de cette présence censée être réconfortante puisque, le personnel militaire a joint ses efforts à ceux du top management de Sonatrach et du ministère de l’énergie qui n’ont ménagé aucun effort afin de rassurer les partenaires étrangers, elle a surtout tâché à montrer ses caprices. BP a décidé de fermer l’usine et de rapatrier ses personnels étrangers.

Ceci dit, la fermeture de cette usine, une décision exagérée de l’avis de tous les observateurs de la situation sécuritaire dans la région, était un coup dur pour l’Algérie, le site étant l’un des plus importants et produisait 19 millions de mètres cubes de gaz par jour, soit un volume annuel de l’ordre de 7 milliards de mètres cubes. Et, il fallait vite remédier à la situation. Ainsi, et dans un sursaut d’orgueil, Amine Mazouzi qui était aux commandes de Sonatrach aux moments des faits, a ordonné aux personnels algériens de redémarrer unilatéralement l’usine. Les personnels algériens, qui ont eu l’occasion grâce à cette décision souverainiste de prouver leur compétences, ont rapidement porté la production de l’usine à 20 millions de mètres cubes par jour, soit un million de mètres cubes de plus de ce qu’elle produisait en présence des étrangers. Une leçon que BP ne s’en est pas remise jusqu’au limogeage de Mazouzi et la nomination de Abdelmoumen Ould Kaddour qui, pour récompenser les efforts des équipes algériennes, a accordé à BP un avenant de cinq ans, qui prévoit une campagne de forage d’un montant de 500 millions de dollars, sur le contrat de Tiguentourine.

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