Assurance: nouvelle crise dans le secteur?

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Le mouvement populaire en Algérie qui dure depuis plus de quatre mois commence à faire ressentir son impact
sur l’économie nationale. Des analystes avancent que bien que le pays ne soit pas en récession, il est, avec
certitude, en ralentissement inquiétant.

Cependant, les avis d’experts divergent sur le sujet. Certains rassurent, affirmant que les manifestations n’ont atténué, en rien, l’intérêt des investisseurs étrangers pour le marché algérien, tandis que d’autres disent le contraire. Certains estiment, à contrario, que le caractère pacifique des marches populaires contribue à attirer tous les regards sur notre pays, y compris ceux des investisseurs. Il ne faut pas paniquer, rassurent des experts, cette situation est tout à fait normale. Mais qu’en est-il du secteur des assurances ? Sachant que ce secteur a été secoué par la crise financière, qui s’est installée dans le pays depuis la baisse des prix du pétrole, dès le milieu de la décennie finissante. Les choses se ressentent, dans les dernières notes de conjonctures en date du Conseil national des assurances (CNA), relevant une baisse de la cadence du règlement des sinistres et l’augmentation du stock des sinistres.
Quel est donc l’impact sur le marché national des assurances, de la situation économique actuelle et des événements qui se déroulent
dans notre pays, notamment depuis le 22 février 2019 ? Cette question nous l’avons posée, à titre d’illustration, à M. Naouri Mokhtar, ex-Président-directeur général de la Compagnie d’assurance des hydrocarbures (CASH). Pour lui, les événements liés à la révolution démocratique qui a lieu depuis le 22 février 2019, notamment les marches populaires du vendredi et les marches des étudiants chaque mardi, engendrent nécessairement un ralentissement du rythme de l’économie.
« En France, les gilets jaunes ont impacté davantage les services qui ont subi une baisse de l’indice d’activité de 55,1 à 49,6 entre novembre et décembre 2018. En Algérie, les services (commerce et boutiques des lieux investis par le mouvement populaire) étant
faiblement assurés, cela nous permet de penser que l’impact direct sur la production du secteur des assurances est
très limité. En revanche, pour ce qui est
du secteur industriel et de la construction, les événements (marches conjuguées à des grèves) peuvent lui causer, indirectement, un ralentissement», estime M. Naouri.
Selon lui, cela pourrait découler du report des investissements (nouveaux ou d’extension d’activités), prévus en Algérie à la période post-élection présidentielle. Sur un autre plan, dit-il, le caractère pacifique des manifestations a été remarquable et a permis au secteur des assurances de ne pas enregistrer de sinistres de son fait. C’est, ainsi, que les perturbations ,causées aux entreprises du fait de grèves ou de manifestations empêchant l’accès des travailleurs à leurs lieux de travail (les événements nés du 22 février dernier ayant exacerbé les revendications de certaines populations exposées au chômage, notamment dans le sud du pays), peuvent engendrer, selon lui, des manques à gagner aux entreprises concernées, mais pas au secteur des assurances puisque non suivis de dommages matériels.
« Les rares assureurs qui pourraient être concernés sont ceux ayant donné la couverture ‘‘Empêchement d’accès’’ pour les installations financées en Project finance. Néanmoins, l’exemple de ce qui s’est passé avec les travailleurs de l’ENGCB, dans la wilaya d’Adrar,
montre que des évènements de contestation peuvent dégénérer et provoquer  des sinistres enregistrant des dommages matériels, comme ce fut le cas à Adrar, avec l’incendie du bâtiment abritant la daïra de Tinerkouk le 14 mai 2019. Si de tels évènements devaient se renouveler cela pourrait mettre à mal le secteur des assurances qui pâtit depuis 2015 d’un ralentissement de l’activité économique, en général, et de l’importation des véhicules, en particulier », ajoute M. Naouri.
Les branches qui sont touchées par le ralentissement économique, sont, selon lui, l’assurance Automobile, l’assurance Construction et
l’assurance Transport.
« Les rapports du ministère des Finances et ceux du CNA relatent parfaitement cela. En revanche, celles qui pourraient être affectées par
la sinistralité enregistrées au titre de la garantie ‘‘Grèves, émeutes et mouvements populaires’’, ce sont toutes les branches qui  comprennent la couverture suscitée, c’est-à-dire principalement l’assurance incendie et l’assurance dommages à la construction », précise M. Naouri, à ce sujet.
Pour faire face à cette nouvelle crise, M. Naouri estime que ce n’est pas aux assureurs de trouver des solutions pour sortir de la crise.
Pour lui, il est évident que cela doit se faire dans les meilleurs délais, à l’effet d’assurer une reprise économique, notamment en matière d’investissement et d’importation parce qu’ils constituent la matière assurable.
En revanche, il fait constater que ces situations de crise peuvent générer une prise de conscience des opérateurs économiques sur la nécessité de souscrire des polices d’assurance, à l’effet de couvrir des risques potentiels réels.
« Je pense, principalement, à l’extension de couverture ‘’Grève, émeutes et mouvements populaires’’ qui n’est pas insérée dans tous les contrats d’assurance, à la couverture ‘’Empêchement d’accès (à l’exploitation ou au chantier)’’ à même de permettre une indemnisation du préjudice subi, du fait de dommages matériels et immatériels, consécutifs ou non consécutifs, ainsi qu’à l’assurance des pertes  d’exploitation qui couvre la perte de marge brute, c’est-à-dire les frais fixes et le bénéfice découlant d’un arrêt d’activité, suite à un sinistre garanti », conclut-il.

Source: Revue de l’Assurance

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