Ait Ouabane : un joyau au cœur du Djurdjura (Reportage)

Ait Ouabane

Méhana.B

Ait-Ouabane, un village atypique  au cœur du Djurdjura séduit, emballe les cœurs en cette  saison printanière.   Niché dans la montagne a quelques 1200 mètres d’altitude, il trône au sein   des 13  autres villages relevants de la commune d’Akbil, Aïn El Hammam ex Michelet.  Le bout du monde pour tout étranger à la région et tout  visiteur s’y rendant   pour la 1ere fois, car c’est  aussi un village construit sur le flan abrupt du col de Tizi N At Ouabane, col situé à quelques  1700 mètres d’altitude.

 La population d’Ait Ouabane est actuellement estimée a quelques  4000 habitants qui regrettent que leur   village ait été victime du  découpage administratif qui l’a rattaché à Ain-El-Hammam car étant  géographiquement et historiquement proche des  communes relevant de la daïra de Béni-Yenni.

Ce beau village est entouré   d’une  forêt qui porte son nom, Forêt des Aït Ouabane  de  1100ha,  réputée  pour sa diversité.   On y trouve des érables regroupés ça et là,  des cèdres,   des chêne verts ainsi que de la pelouse  pseudo alpine et des ifs. Cette forêt primitive, est une source inestimable de richesse et de biodiversité. Même à petite échelle, elle joue un rôle écologique très important et constitue un habitat idéal pour les nombreuses espèces animales et végétales.  Elle  sert  aussi de bouclier de protection au village le protégeant des éboulements, avalanches et glissements de terrain. Les racines des très nombreux arbres stockent et ralentissent l’eau souterraine dont une partie est libérée en aval. Cette forêt est un climatiseur naturel. Comme dans les contes d’autrefois, ses habitants espèrent   que la route nationale N 33 reste impraticable  dans l’intérêt du village, de la forêt et de ses riches et nombreuses flore et faune.

Une forteresse historique

Aït Ouabane a durement souffert durant la guerre d’indépendance. C’est le village qui a abrité le 1er PC (Poste de Commandement) des valeureux moudjahidines de la wilaya III. Ce PC était installé dans la maison du défunt Da Belaid AT  MHEND (Ibrahim Bélaid) un homme très estimé et respecté par tous. Da Belaid AT MHAND , était aussi respecté et cité pour sa justesse et sa justice , il était très aimé par les grand chefs comme le colonel Amirouche Aït Hamouda, le négociateur des accords d’Evian Krim Belkacem , le père de la révolution Abane Ramdane témoigne l’ancienne génération.  Da Belaid comme les habitant du village ou tous ceux qui l’ont connu ont l’habitude de l’appeler à ce jour, a été arrêté, torturé par les militaires français  qui l’ont d’ailleurs assassiné sur la place du village et devant les habitants. Le village a été l’un des premiers   à faire l’objet de bombardements multiples et intenses au napalm par les forces coloniales françaises.

Le village des Aït Ouabane, un village qui pousse allégrement, défiant la montagne qui se dresse au dessus de lui tel un colosse. Un village ou l’homme et la roche ont pactisé pour vivre ensemble. Aït Ouabane est bel et bien sorti du tréfonds d’une roche. Ici, dans ce minuscule espace de vie ceinturé par la chaine du Djurdjura, les arts créés par l’humain sont venus mettre des couleurs.

Ici la vie associative de ses habitants  est bercée par les activités de trois (03) associations Tiddukla tadelsant Timuzgha (Association Culturelle Timuzgha), Asirem (Espoir) Une association sportive ( Etoile sportive d’Aït Ouabane) et l’association Vers le vert qui est comme son nom le dit une association écologique.

Avec le comité du village, Aït Ouabane organise chaque année deux fêtes, l’une au mois d’Avril , l’autre à la fin du mois de mai. La 1ere est connue sous le nom de « Ulzuz n Tlawin » (le marché des femmes). Cette année la neuvième  édition  a été cependant  annulée en raison de l’épidémie du Coronavirus.  Cette manifestation qui ne dure qu’une seule journée  a  pour thème  «l’émancipation de nos femmes, la valorisation de leur travail artisanal et traditionnel… ».

Un climat de fête

La 2eme fête qui est en une , a toujours lieu le dernier vendredi du mois de Mai , elle est dénommé «  Tiririt n tregwa »   un lâcher de cours d’eau dans un système d’irrigation semblable aux foggaras du Sud. Plus d’une quarantaine de sillons des tiregwa (rigoles) sont tracés pour irriguer les parcelles cultivées majoritairement par les femmes. Durant ce rite , est organisé « timechredt » , un sacrifice ou des  taurillons et moutons  sont égorgés et soigneusement partagés selon le nombre de personnes dans chaque famille. Durant cette  journée les bébés font leur première sortie  dans un mausolée du village portant le nom de Sidi Mhend Amrane, du nom du saint local, où la grand-mère ou la maman les expose pour la première fois au monde extérieur, sous « sa bénédiction ». Une troupe d’idhebbalen sillonne le village pour égayer tous les quartiers à l’occasion.     année à l’autre pour permettre à la flore de se régénérer.    Visiter ce village exceptionnel, ne peut être une perte de temps …

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