A l’aube du temps: il y avait des Hommes

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Les difficultés affrontées par l’Etat algérien naissant étaient essentiellement d’ordre juridique et technique et il ne pouvait compter que sur l’engagement de ses hommes pour négocier les conflits commerciaux apparus dès son indépendance lesquels ont concerné le secteur des hydrocarbures en premier lieu.

La législation encadrant l’activité des quinze compagnies qui exploitaient les trente concessions pétro-gazières existantes à l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962 se résumait à quelques clauses des accords d’Evian. C’est tout ce dont disposait l’Etat algérien naissant pour gérer ses relations avec les puissantes compagnies pétro-gazières –essentiellement françaises–,  et qui jouissait d’une forte protection diplomatique.

Le premier gouvernement s’était, en effet, trouvé face à des compagnies mieux structurées que l’Etat algérien lui-même à l’image de la SN Repal, la Compagnie française des pétroles Algérie (CFP-A), la Compagnie de recherches et d’exploitation pétrolières au Sahara (CREPS)  et la Compagnie des pétroles d’Algérie (CPA).


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Ainsi, la CREPS, associant SN Repal au CFP(A), qui a découvert le champ de Hassi Messaoud en juin 1956, était mieux outillée que l’administration algérienne représentée alors par la Direction Energie et Carburants (DEC), relevant du ministère de l’énergie, et par les services fiscaux du ministère des finances. Or, l’ambiguïté des textes des accords d’Evian ont vite donné lieu à une multitude d’interprétations juridiques et provoqué les premiers conflits commerciaux impliquant l’Etat algérien. Et, les divergences ont été telles que les affrontements ont débordé sur le terrain diplomatique, convaincant Alger et Paris plutôt à reconsidérer les clauses relatives à l’activité pétrolière contenues dans les accords d’Evian.


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Le tout premier litige

Ce faisant, c’est le champ de Zarzaïtine va marquer l’histoire de l’Algérie comme le premier conflit commercial ayant amené le jeune Etat algérien à se démener dans les dédales de l’arbitrage international. Le pompage du pétrole de ce gisement, recelant une importante étendue aquifère en plus du pétrole et du gaz –découvert par la CREPS en 1958–, avait commencé en 1960. Mais, la mauvaise gestion du réservoir par les Français qui surexploitaient le gisement n’a pas échappé à la vigilance des jeunes cadres algériens. Ces derniers qui ont pu mettre la main sur d’anciens rapports élaborés pendant la colonisation par la Direction des carburants (DICA) du ministère français de l’Energie, qui alertaient sur l’exploitation abusive des gisements par la CREPS et prévenaient contre les conséquences d’une chute de pression dans le réservoir piégeant une partie de l’huile dans le sous-sol. Les jeunes cadres algériens ont attiré l’attention sur les risques de cette surexploitation et l’irréversibilité des dommages qu’elle pouvait causer au gisement en question. Et, une bataille a été engagée contre les compagnies françaises en 1964, menée essentiellement par deux ingénieurs émérites à savoir,  Aboubakr Mellouk, mort dans le crash d’un avion se dirigeant vers Moscou en 1972, et Athmane Khouani.

. Mellouk a trouvé la mort en 1972 lors du crash de l’avion qui transportait une délégation de Sonatrach vers Moscou. Son fils Ahmed, un docteur en énergétique, était il y a une année à peine, le directeur central des filiales et participations à Sonatrach. Cette direction a été dissoute par Ould Kaddour dès son installation à la tête de l’entreprise.

Bref, les deux ingénieurs ont alors exigé une expertise américaine au frais des exploitants français. Cette étude avait conclu qu’il était nécessaire d’injecter immédiatement de l’eau et du gaz pour éviter un imminent déclin du gisement de Zarzaïtine. Faisant fi de la recommandation de l’étude américaine, la CREPS a continué l’exploitation du gisement à un rythme effréné. Pire, la Direction Energie et Carburants (DEC), avait découvert que la CREPS trichait  sur le programme d’injection de l’eau et du gaz et falsifiait ses rapports rendant compte des opérations d’entretien du réservoir. C’est la raison pour laquelle l’Etat algérien a engagé sa première procédure d’arbitrage devant les instances internationales.


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Le politique prime sur le technique

Mais, les discussions entamées en mars 1964 entre les deux antagonistes n’ont abouti 16 mois après (29 juillet 1965) qu’à un semblant d’accord à l’amiable, paraphé, côté algérien, au nom du Conseil de la Révolution constitué au lendemain du coup d’état du 19 juin 1965, par Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des affaires étrangères et Belaid Abdessalam.

Le tiers de l’activité de Bouteflika, en sa qualité de ministre de affaires étrangères, était consacré au secteur des hydrocarbure, autant pour régler les litiges en cours que pour trouver de nouveaux partenaires.

Cet accord portant plutôt sur les questions liées à la fiscalité et aux droits aux concessions a négligé le problème technique qui a provoqué le conflit, amenant les politiques à revenir à la table des négociations à chaque friction entre techniciens. L’affaire a traîné jusqu’à la fin de l’année 1971, puisqu’il a fallu attendre la nationalisation des hydrocarbures décidée par le président Boumediene le 24 février 1971, et la reconsidération de la position des compagnies françaises. Le tout premier litige mettant aux prises le jeune Etat algérien aux compagnies pétrolières a ainsi été résolu dans le sillage de l’accord conclu avec le groupe Elf-Erap.

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